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Idées - Tribune libre - Histoire - Article paru le 5 octobre 2009 dans l'Humanité

 

Marek Edelman, héros du ghetto de Varsovie



Dirigeant de l’organisation juive de combat qui résista trois semaines, en 1943, aux troupes nazies de la Waffen SS, il s’est éteint vendredi.


Il était l’un des tout derniers survivants de l’insurrection du ghetto de Varsovie, d’avril et mai 1943, contre l’occupant nazi. Pendant trois semaines, Marek Edelman et les quelque deux cents acteurs de cet épisode héroïque de la Seconde Guerre mondiale s’opposèrent, avec des moyens dérisoires, à plus de deux mille Waffen SS venus liquider toute trace de vie humaine dans le ghetto (soixante-dix mille personnes y survivaient encore, après que plus des trois quarts de sa population avaient déjà été déportés ou assassinés). Edelman est mort vendredi, à Varsovie, à l’âge de quatre-vingt-neuf ans, dans cette capitale dont il a partagé l’histoire tragique du XXe siècle et dont il était citoyen d’honneur depuis 2001.

Né à Homl - une ville maintenant située en Biélorussie -, à l’époque polonaise, il grandit dans une famille engagée dans le mouvement socialiste juif, Bund, parti ouvrier et révolutionnaire laïque de Russie et de la diaspora d’Europe de l’Est qui combattait tant l’antisémitisme que les formes réactionnaires de la vie traditionaliste juive, et qui s’opposait également à l’idéologie sioniste de la terre promise. Sa famille s’installe à Varsovie alors que le jeune Marek est encore tout petit. Lorsque les Allemands cernent le ghetto, Marek est brancardier dans un hôpital et cheville ouvrière de la ZOB, l’organisation juive de combat (qui regroupait principalement l’Hachomer hatzaïr, les bundistes et le Paole Zion de gauche, syndicalistes). Dans le ghetto, la ZOB est le fer de lance de la résistance contre les Allemands, et milite et agit aussi contre la collaboration (de la police du ghetto, notamment) avec l’occupant. Après la chute et l’incendie du ghetto, qui sera totalement détruit, Marek rejoindra, comme soldat, les rangs de l’Armia Ludowa et participera au soulèvement de Varsovie, en 1944, qui coûtera la vie à deux cent mille personnes, insurgées et civiles. Après guerre, il entreprend des études de médecine et se marie avec Alina Margolis, une bundiste comme lui. Il deviendra un cardiologue réputé, s’installant à l’hôpital de Lodz, ville historique de la culture juive ouvrière polonaise, où sa femme est également pédiatre.

Alors que la Pologne ouvre ses frontières à l’émigration juive en 1956, et en dépit de campagnes antisémites, Edelman refuse d’émigrer, alors que sa femme part s’installer en France avec leurs enfants. Tout au long de sa vie, il redira par ailleurs, souvent en des termes virulents, son opposition aux choix politiques des dirigeants israéliens - de droite comme de gauche -, qu’il jugeait racistes. Il considérait que la création de l’État d’Israël en Palestine était une faute. C’était un patriote ardent. Un temps membre du POUP, Parti communiste polonais, il se retrouvera, dans les années 1970, dans l’opposition au général Jaruzelski, lui reprochant sa soumission aux Soviétiques. Durant l’état de siège, il sera emprisonné quelques jours. Membre de Solidarnosc, qui regroupait plusieurs sensibilités dont des courants autogestionnaires, il ne renonce pas pour autant à ses convictions laïques et de gauche, certes minoritaires. Après la chute du régime, en 1989, il fut élu sénateur sur les listes de Solidarité puis de l’Union démocratique, parti fondé par le premier ministre catholique Tadeusz Mazowiecki (le premier à ne pas être membre du POUP), le fondateur des Clubs d’intellectuels catholiques (KIK), un proche de Jean-Paul II.

Lucien Degoy

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Tag(s) : #Histoire
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