Rentrée pas très sport pour les profs d’EPS !
Éducation . Oubliés les discours présidentiels sur l’importance du sport à l’école : ces enseignants sont les premières victimes des suppressions de poste.
La rentrée à peine digérée, les professeurs d’éducation physique et sportive (EPS) tirent déjà la sonnette d’alarme. Cours de natation supprimés, encadrement des enfants insuffisant,
remplacements inexistants… La discipline est touchée de plein fouet par les suppressions de postes dans l’éducation nationale. « Lors de son élection, Nicolas Sarkozy avait pourtant fait
de grands discours sur la nécessité de développer le sport à l’école, rappelle Serge Chabrol, le secrétaire général du SNEP-FSU, premier syndicat de la profession. Deux ans plus tard, on
s’aperçoit qu’il n’en est rien. »
Alors que 40 % des adultes avouent ne pas pratiquer d’activités physiques régulières - un chiffre en aggravation - l’EPS est devenue le parent pauvre des disciplines au collège et en lycée. Désormais, le recrutement des profs de sport se fait au compte-gouttes : depuis quatre ans, le compteur est bloqué chaque année sur 415 embauches pour en moyenne 1 250 départs à la retraite. Soit le non-remplacement annuel d’un fonctionnaire sur trois ! « Nous sommes parmi les plus touchés du monde enseignant avec les CPE », peste Serge Chabrol. En l’espace de six ans, ce sont près de 4 000 postes de profs d’EPS qui ont été supprimés (voir infographie). Et il n’est plus rare de voir un enseignant affecté sur deux, voire trois établissements à la fois.
La situation est particulièrement dramatique concernant les remplaçants titulaires (TZR). Sur les 3 000 suppressions
de TZR dans l’éducation nationale, 550 concernent l’EPS. Soit 20 % de l’ensemble, alors que les profs de sport ne représentent que 10 % de l’effectif global des enseignants. « Le
gouvernement sait bien qu’un prof d’EPS absent, ça mobilise moins les parents qu’un prof de maths ou de français, alors on paie plus cher », constate Martine Le Ferrand, la secrétaire
générale adjointe du syndicat. Au final, les remplaçants ne représentent plus aujourd’hui que 4 % des effectifs d’enseignants d’EPS, alors que le ministère reconnaît lui-même que, compte
tenu de la dimension physique du métier (blessures, maternité difficile), ce chiffre devrait tourner autour de 10 %. D’ores et déjà, dans certains départements (Dordogne, Morbihan, Drôme,
Allier), plus un seul remplaçant titulaire n’est disponible, laissant la place au développement de l’emploi précaire. « Les chefs d’établissements vont chercher
à prendre des vacataires, souvent des étudiants en sport embauchés pour juste 200 heures, mais ils ne seront pas faciles à trouver dans des régions excentrées, loin des universités », prévient
Martine Le Ferrand.
La piscine, un luxe
Dans les stades et piscines, les conséquences de ce désengagement de l’Etat se font cruellement sentir. Alors que les accidents de noyade se sont multipliés cet été, une enquête menée par le
SNEP-FSU auprès de quelque 1 100 établissements révèle que 15 % des collèges n’enseignent plus la natation à leurs élèves et 60 % ne proposent ce sport qu’aux classes de 6e.
« Comme il manque des postes, on ne peut plus respecter certaines normes de sécurité en piscine, poursuit Martine Le Ferrand, comme la présence de deux enseignants pour une classe. »À
en croire beaucoup de profs, enseigner le javelot à des classes approchant les 35 élèves n’a rien, non plus, d’une synécure…
« Cela fait des années qu’il y a un recul sur la pratique du sport à l’école, déplore Serge Chabrol. Elle est
aujourd’hui limitée à 2 heures en lycée et à 3 heures de la cinquième à la troisième. Je rappelle que dans les années soixante-dix, c’était 5 heures. » Le syndicat a prévu de réunir son
conseil national la semaine prochaine pour mettre sur pied des initiatives.
Laurent Mouloud
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