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International - Article paru le 9 septembre 2009 dans l'Humanité

 

Afghanistan, la guerre illégitime !



Kaboul . Une ONG confirme la mort de 60 à 70 civils dans le raid aérien de l’OTAN à Kunduz. L’état-major atlantiste ne nie plus le bilan. En France, un débat au Parlement s’impose.


Quel espoir pour l’Afghanistan ? Chaque jour livre son lot de morts civils, victimes de raids menés par l’OTAN ou par les talibans. À Kaboul, hier, un attentat suicide à la voiture piégée, devant une base militaire de l’aéroport,
a tué trois passants et en a blessé six autres. Cette attaque, la plus spectaculaire commise dans la capitale et sa périphérie depuis l’élection présidentielle du 20 août, fait suite à un tir de roquettes qui, la veille, visait un quartier résidentiel de Kaboul : un couple d’Afghans et leur enfant y ont perdu la vie.


Une nouvelle « bavure » des forces atlantiques


Quelques jours plus tôt, le pays connaissait une nouvelle « bavure » des forces atlantiques perpétrée dans un village de la province de Kunduz par des avions américains, à la demande des forces allemandes. Après avoir nié l’ampleur de la tragédie, l’OTAN a reconnu, mardi, que des civils avaient été tués et blessés. Des dizaines de personnes, affirme un mouvement afghan de défense des droits de l’homme, l’ONG Afghanistan Rights Monitora, estimant que 60 à 70 civils avaient trouvé la mort dans le raid.

Ce dérapage des Occidentaux a contraint le général Stanley McChrystal, aux commandes de l’ISAF depuis juin et partisan d’un renforcement militaire, à une intervention télévisée pour tenter d’apaiser les Afghans. Mais le massacre de Kunduz, ajouté à l’insécurité croissante sur le terrain, alimente aussi l’hostilité de l’opinion dans les pays engagés militairement en Afghanistan. Les capitales concernées ont de plus en plus de peine à justifier leur « légitimité » de la guerre. En Allemagne, où la participation de la Bundeswehr à la guerre afghane suscitait déjà une forte opposition, l’affaire de Kunduz relance les polémiques, à moins de trois semaines des élections législatives. Le discours devant le Parlement de la chancelière, Angela Merkel, exprimant ses « regrets » pour « la perte des victimes innocentes », tout en défendant cette mission militaire, n’est guère de nature à convaincre les deux tiers des Allemands qui exigent le retrait des 4 200 soldats engagés en Afghanistan.

L’embarras est de plus en plus grand, et deux discours officiels tendent à se superposer. D’un côté, les inconditionnels du maintien et de l’augmentation des troupes pour contrer l’insurrection islamiste, au nom de la « sécurité de l’Occident », de l’autre, un début de réflexion sur le moyen de sortir du bourbier afghan. D’où la proposition faite par Berlin, Londres et Paris d’organiser, d’ici à la fin de l’année, une conférence des Nations unies, qui rassemblerait le gouvernement afghan, l’OTAN et les principaux pays contribuant à la force internationale sur place. En faisant valoir que les « nouvelles autorités afghanes », issues des élections, « devront assumer progressivement davantage de responsabilités dans la stabilisation et le développement du pays », les Européens marquent une timide volonté de désengagement.


Des voix s’élèvent
à l’Assemblée nationale


En France, après l’attaque de la semaine dernière, dans la province de Kapisa, d’une unité de soldats français qui a fait deux morts - dont les corps ont été rapatriés hier à Paris - et huit blessés, des voix s’élèvent pour réclamer un débat à l’Assemblée nationale. La présidente du groupe communiste et du Front de gauche au Sénat, Nicole Borvo Cohen-Seat, l’a réclamé lundi, dans une lettre au premier ministre. Il faut « à nouveau s’interroger sur le sens et la finalité de l’engagement de nos troupes sous commandement de l’OTAN en Afghanistan », écrit l’élue. La France est le quatrième contributeur de l’OTAN en troupes, avec 3 000 hommes. Le débat s’impose d’autant plus rapidement qu’un général français, Stéphane Abrial, prend aujourd’hui ses fonctions à un poste de commandement suprême allié, « transformation » (SACT) de l’OTAN. Créé en 2003, le SACT doit repenser les missions de l’Alliance et programmer les équipements militaires liés aux guerres de demain.


Dominique Bari

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Tag(s) : #Relations internationales
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