Quand le MEDEF surfe sur la crise !
Un grand terrain vague tient lieu de parking. Des centaines de voitures y sont alignées et, de loin, ça ressemble à celui de la Fête de l’Huma. On est vite démenti : les Clio y font figure
d’intruses, les très grosses cylindrées sont légion. Noires surtout. Du pain bénit pour la taxe carbone. Quant aux participants à cette université d’été du MEDEF, ils sont environ 3 000,
masculins pour la plupart et en costume gris clair. Seyant mais un peu uniforme. Les patrons semblent s’ingénier à ressembler à l’idée qu’on s’en fait.
Leur patronne, Laurence Parisot, a beau dire sa très grande inquiétude pour 70 000 PME menacées par la crise, « cette crise spectaculaire et douloureuse pour beaucoup d’entre nous », cela ne semble guère affecter le climat de bonne humeur qui règne sur le campus HEC de Jouy-en-Josas. Tout juste entend-on au fil des conférences où très peu de temps est donné à la salle, quelques petits remous à l’encontre des banquiers, comme lorsque le président de BNP Paribas, Michel Pébereau, annonce que sa banque fait tout ce qu’il faut au service des entreprises. « La crise est une période bénie pour les entrepreneurs », risque-t-il.
Mais dans l’ensemble, pas de vague : les dirigeants d’entreprise semblent faire preuve d’un optimisme raisonné. Ont-ils perçu, comme Christine Lagarde, la ministre de l’Économie, des signes de sortie de crise ? Pas tous. Serge Dassault n’en voit aucun. « Je n’ai pas vendu un Falcon depuis le début de l’année », se plaint-il. Alors d’où vient que ces patrons, en général, se sentent si bien dans leurs escarpins en cette rentrée ? Peut-être s’estiment-ils gâtés par le gouvernement. Entre le travail du dimanche, la suppression de la taxe professionnelle, la remise en cause des 35 heures et les encouragements des politiques à tenir bon sur les salaires, ils seraient bien ingrats de faire la fine bouche. Aussi, comme toujours quand le patronat est satisfait, s’empresse-t-il de monter la barre de ses exigences, demandant d’urgence une « vraie réforme » des retraites qui s’attaque, ce coup-ci, non seulement à la durée des cotisations mais aussi à reculer l’âge de départ. Il demande également au gouvernement un chèque vert pour compenser la future taxe carbone.
Pourtant, certains des dirigeants patronaux, et surtout les cercles politiques proches de Nicolas Sarkozy, semblent
envoyer un signal d’alerte. Christine Lagarde elle-même, qui loue « l’audace du président de la République de transgresser » les idées établies, revendique plus de transparence, de
lumière sur les activités du marché. « Dans le monde, affirme-t-elle, les deux tiers des transactions se font dans l’ombre. Il y a le risque de mettre tout le système en risque. »
Elle indique qu’il faut réformer le système « pour permettre au capitalisme de prospérer ». Il y a deux camps, indique pour sa part Henri Guaino, le conseiller spécial du
président.
La crainte des cercles dirigeants
Ceux qui pensent que plus rien ne sera comme avant et ceux qui s’apprêtent à repartir comme si rien ne s’était passé. Ces cercles dirigeants semblent craindre que la crise vienne rompre le
consensus autour du système capitaliste, que l’opinion doute du bien-fondé des logiques libérales. Il y aurait donc, de leur point de vue, urgence à « refonder le système ».Aux
réactions de la salle, on peut sentir que les patrons réunis à Jouy-en-Josas se trouvent plus d’affinités avec les sorties réactionnaires classiques d’un Serge Dassault ou d’un Michel Godet
contre l’État, les acquis sociaux, le système éducatif, responsables de tous les malheurs, qu’à la conjuration d’un Henri Guaino de rechercher les voies d’un nouveau mode de développement du
capitalisme. On penche plus volontiers vers un capitalisme décomplexé qu’un capitalisme reformé et la
« recherche des temps nouveaux » chère à Laurence Parisot risque d’être un peu longue. Malgré « les
250 intervenants prestigieux », chefs d’entreprises, chefs d’État et de gouvernement, ministres, chercheurs, sportifs rassemblés par le MEDEF, on n’en est qu’à ébaucher quelques recettes
nouvelles. Moins de finances et plus de production, un marché mieux surveillé, les bonus scandaleux (eux seuls) et les paradis fiscaux (quelques-uns) montrés du doigt, la recherche d’un modèle
de croissance moins gourmand en énergies… Pas de quoi, à cette heure, révolutionner le système, ressouder une opinion publique autour du capitalisme. Mais il est certain que du côté des
dirigeants patronaux et du pouvoir politique, on va s’y employer.
Olivier Mayer
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