Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Article paru le 26 août 2009 dans l'Humanité

 

Le travail forcé, plaie purulente de la mondialisation libérale

Exploitation . Enfants, migrants, prisonniers, ils sont au moins 12 millions à subir une forme d’esclavage moderne, selon un rapport de l’Organisation internationale du travail.


Genève,
correspondance particulière.


Les ballons de foot d’un Mondial fabriqués pour une grande marque européenne d’articles de sport par des enfants pakistanais vendus ou prêtés par leurs parents, des biens de consommation produits par des dizaines de milliers de prisonniers chinois sous contrainte, ou encore les centaines de milliers de femmes travaillant dans les ateliers plus ou moins clandestins de textile à travers les continents ou poussées et maintenues dans l’industrie du sexe…

Dans ses différentes et hideuses formes, le travail forcé, auquel sont soumises des millions de personnes, est devenu une véritable plaie du monde moderne. À l’occasion de la Journée mondiale contre l’esclavage (le 23 août), l’Organisation internationale du travail (OIT) et son Bureau (le BIT) viennent de nouveau de donner un coup de projecteur sur le problème. Dans un nouvel état des lieux - publié sous forme de livre pour le grand public - qui fait suite à un premier travail d’évaluation en 2005, l’Organisation tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme et espère pousser les États pour qu’ils s’engagent davantage encore dans la lutte contre les aspects modernes du phénomène.


Un fort développement


En effet si, selon les experts de l’OIT, les formes « nationales » (à l’intérieur de chaque pays comme le travail imposé à des groupes sociaux, des castes inférieures ou des ethnies opprimées…) de cet esclavage moderne peuvent paraître parfois en recul, les formes internationalisées et transfrontalières du travail forcé semblent, elles, connaître un fort développement. Reste qu’aussi bien pour les experts que pour les législations, les problèmes sont rendus plus épineux du fait que l’exploitation ou même le travail au noir ne signifient pas directement travail forcé.

« La définition du travail forcé par le BIT implique la coercition par les deux éléments fondamentaux que sont l’extorsion d’un travail ou d’un service sous la menace d’une peine quelconque et contre la volonté de la personne. Mais il existe de nombreuses manières de dénier la liberté : bien des personnes s’engagent dans le travail forcé à leur insu, au moyen de fraude et/ou de tromperie, pour découvrir ensuite qu’ils ne sont pas libres de quitter leur emploi », explique Roger Plant, chef du programme d’action du BIT contre le travail forcé.

Pour l’ampleur du phénomène, en attendant de nouvelles données, le BIT reprend son estimation de base de 2005 (que ses propres experts considèrent comme largement sous-évaluée), indiquant qu’au moins 12,3 millions de personnes dans le monde sont victimes d’une forme quelconque de travail forcé ou de servitude. Parmi elles, plus de 80 % sont évidemment exploitées par l’économie privée (et 11 % par l’industrie du sexe). Et on s’en doute, cet enfer du travail forcé rapporte de gros profits à des réseaux de recruteurs, d’intermédiaires et d’employeurs. Ces revenus illicites se monteraient à près de 25 milliards d’euros (dont les deux tiers seraient générés dans la seule industrie forcée du sexe).


Une action coordonnée


En donnant ce coup de projecteur, le BIT dit viser en fait deux objectifs : « présenter les nouvelles problématiques du travail forcé contemporain, notamment celles qui résultent de la traite des êtres humains », et aussi avancer « un agenda pour une action coordonnée au niveau national et international, en mettant en exergue le rôle que peuvent jouer aussi bien la protection des migrants que les ministères, les inspections - mais aussi les organisations d’employeurs ainsi que les syndicats - et les interventions pour faire respecter le droit du travail ».


Ramine Abadie

Publicité
Tag(s) : #GEOGRAPHIE
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :