La taxe carbone embarrasse Europe Écologie !
Feutré ou à couteaux tirés ? Avec les Verts, rien n’est jamais écrit d’avance. Mais le débat promet d’avoir lieu lors des journées d’été qui débutent, aujourd’hui, à Nîmes, à propos des
modalités de la taxe carbone projetée par Nicolas Sarkozy. Boostés par le score des listes d’Europe Écologie rassemblant diverses sensibilités environnementales aux européennes (16,28 %),
les militants du parti écologiste se divisent sur les modalités de la contribution climat-énergie envisagée par la droite. Non sur le principe d’un impôt qui, selon Daniel Cohn- Bendit,
s’exprimant, hier, sur France Inter, « détaxe le travail » (comprendre, allège les impôts des entreprises) pour « taxer la circulation et la consommation d’énergie », qui
pèsera en dernier recours sur les ménages. Mais la perspective de voir ouvertement transférer sur ces derniers la charge de la suppression de la taxe professionnelle (TP) des entreprises gêne
aux entournures les militants. Lesquels sont inquiets de l’impopularité d’une mesure prise au nom de l’écologie à quelques mois d’élections régionales où les Verts envisagent de présenter des
listes d’Europe Écologie autonomes du reste de la gauche. Le coût de la taxe carbone est estimé à 300 euros par foyer et par an.
Pour Daniel Cohn-Bendit, pas question de revenir sur la contribution climaténergie, qui est « l’une des plus vieilles revendications de tout le mouvement écologiste européen ». Du coup, le leader d’Europe Écologie monte au créneau pour désamorcer la fronde dans ses rangs, en tentant de donner un coup de peinture « sociale » à la taxe carbone. Pour le député européen, si « on taxe la consommation d’énergie, il faut réduire les impôts d’un autre côté », c’est-à-dire « redistribuer socialement un peu les sommes engrangées », par exemple sous la forme de « chèques verts ». En clair, pas question, selon lui, de « renflouer les caisses de l’État » par ce biais, et notamment de compenser ainsi la perte de recettes due à la suppression de la TP.
Reste qu’au-delà de ces aménagements, le fond demeure (« détaxer » les entreprises et pénaliser la
consommation), qui s’inscrit bel et bien dans la philosophie sarkozyste de déresponsabilisation sociale et environnementale des entreprises et de culpabilisation du citoyen, au nom d’une idée
soi-disant « moderne » de la gauche. Daniel Cohn-Bendit entend sortir « plus fort » des élections de mars pour peser sur ses choix dans les majorités
régionales.
Sébastien Crépel
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