Inadmissible : Une
apprentie du rail jetée à la rue !
Reçu en grande pompe à l’Élysée le 15 juillet dernier, Guillaume Pepy, le PDG de la SNCF, se félicitait de l’essor de l’apprentissage au sein de son entreprise. Mais de plus en plus de jeunes
embauchés en alternance peinent à se loger. Le cas d’Elsa (*) en est l’illustration concrète : jeune apprentie de dix-sept ans en bac pro commerce et services, elle partage son temps entre
le lycée et la SNCF comme agent commercial à la gare de l’Est à Paris.
MOTIVEE PLUS QUE JAMAIS
L’histoire de cette petite brune ressemblerait presque à une image d’Épinal : celle de la jeune fille montant de sa province, Perpignan en l’occurrence, pour dénicher un travail. Sur le
point de rentrer en deuxième année, l’étudiante est plus que jamais motivée.
« Ce boulot, c’est une vraie chance. Cette année, ma priorité, c’est le bac », assure-t-elle. Sauf que l’obtention de ce précieux sésame est sérieusement compromise à cause d’un simple problème de logement. Jusqu’à alors hébergée par sa tante qui déménage, Elsa se retrouvera à la rue le 29 août prochain, faute de pouvoir trouver un toit à la hauteur de ses maigres revenus, soit 330,26 euros ! Certes, la SNCF dispose de foyers, mais les loyers ont là aussi flambé, devenant inaccessibles à la stagiaire.
« C’est un vrai drame humain », s’indigne Grégorien Guittier, animateur du syndicat SUD rail du secteur
Paris-Est. « Entre les ressources humaines, le responsable régional emploi formation de la SNCF et l’assistante sociale, tout le monde se renvoie la balle, sans rien faire. »
« Il y a longtemps, se souvient son collègue Bouabdellah Frahlia, la SNCF disposait de foyers logements pour faire face aux besoins sociaux de ses employés. » Mais cette ère est
révolue, rentabilité oblige.
Le problème reste entier
En 2005, la SNCF a concédé la gestion de son parc de logements à une filiale, l’association Parme. Au passage, les loyers ont été majorés de 100 euros. Pour le syndicat SUD, il est primordial
que la SNCF prenne la question des apprentis à bras-le-corps. « Quand on prend des jeunes en alternance, on s’engage à les accompagner, sinon, on n’en prend pas », ponctue Grégorien
Guittiez. La solution ? Pour SUD rail, il faut que le logement des apprentis soit pris en charge par la SNCF. « L’entreprise a les moyens de mener une politique en ce sens, si elle le
veut », estime le syndicaliste.
Aujourd’hui, Elsa devait tout de même déposer un dossier auprès de l’association Parme. Sans illusion. « Même
si on m’acceptait, comment ferais-je pour payer une chambre à 400 euros ? » s’angoisse-t-elle. Dans deux mois, elle fêtera ses dix-huit ans et verra son salaire passer à 500 euros.
Mais le problème restera entier. La semaine prochaine, SUD rail compte interpeller la directrice de région de la SNCF sur le problème en comité d’entreprise. Et n’exclut pas d’organiser un
rassemblement de soutien en faveur de la jeune fille.
(*) Le prénom a été modifié par respect de l’anonymat.
Alexandra Chaignon
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