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Société - Article paru le 14 août 2009 dans l'Humanité

 

La chasse aux sans-papiers bat son plein à Nice !

Sans-papiers . Contrairement à ses engagements, le préfet Lamy veut faire expulser vers le Maroc une femme mariée religieusement et membre d’un collectif CGT de travailleurs sans papiers.


Alpes-Maritimes,
correspondant régional.


Plus le maître est infâme et plus l’esclave est vil. Ce qui se passe entre Nice et Marseille, où une partie de la France et son président paressent sous le soleil accablant de ce début août, illustre cette maxime philosophique. À l’image de son patron, Éric Besson, qui a déserté son camp politique pour un maroquin, actuellement celui de l’immigration, le préfet Francis Lamy trahit ses engagements pour mieux faire expulser une Marocaine, de surcroît adhérente à la CGT. En effet, le 16 juillet dernier, ce représentant local du gouvernement, recevant en personne une délégation syndicale emmenée par le secrétaire général de l’UD-CGT, Didier Turrini, s’était engagé à réexaminer tous les dossiers déposés par le collectif syndical des sans-papiers à l’aune de nouveaux critères concernant principalement la situation professionnelle des candidats à la régularisation (circulaire de janvier 2008) mais aussi, en regard, notamment, de la convention européenne des droits de l’homme, par rapport à leur situation familiale.

De plus, en cas de décision défavorable, selon la même circulaire, « le refus de séjour était à notifier, sans OQTF (obligation de quitter le territoire français) ». Depuis début août, c’est tout le contraire qui se passe. « Trois membres du collectif ont été interpellés, l’un, sur dénonciation, au guichet de son bureau de poste, et deux autres sur leur lieu de travail », précise Samira Rassif, porte-parole du collectif CGT, inquiète de savoir que, « sur 400 dossiers de travailleurs sans papiers déposés en préfecture, près de 70 feraient l’objet d’une OQTF ».


Conditions déplorables


C’est ainsi que, depuis jeudi dernier, Mina Mounan, quarante-sept ans, contribuable et assurée sociale travaillant dans la restauration depuis neuf ans sur la Côte d’Azur, mariée religieusement avec un Tunisien en situation régulière et en passe d’officialiser cette union, ayant à ses côtés, son père, son frère (de nationalité française), ses neveux et nièces, se trouve enfermée au centre de rétention de Nice. Dans des conditions déplorables : étant la seule femme présente au centre et suivant un traitement médical, elle est bouclée dans une chambre d’où il lui est interdit de sortir !


Expulsion imminente


Musulmane, elle ne reçoit pas de nourriture hallal, son mari venu lui porter de la viande cuite ayant été refoulé. Emmenée, menottée, au tribunal, elle s’est vu signifier une OQTF. Hier matin, elle devait être présentée au consulat du Maroc pour confirmation de sa nationalité, prélude à une expulsion imminente. « On marche sur la tête, s’indigne Samira Rassif. Alors qu’une directive européenne sur la régularisation des travailleurs sans papiers a déterminé une liste de 150 métiers, la préfecture des Alpes-Maritimes n’en a retenu que 25, sans rapport avec la réalité économique de la Côte d’Azur. De plus, on brise une famille en violation de l’article 8 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen portant sur le droit à la vie privée. »

Faire expulser en pleine saison touristique une employée de restaurant en la séparant de son conjoint, c’était le moins que pouvait faire ce zélé préfet après avoir réussi l’exploit (l’Humanité du 13 août) de coller en rétention une gamine philippine de cinq ans.


Philippe Jérôme

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Tag(s) : #Société
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