Elus, habitants du quartier et salariés face aux CRS. (Photo ROBERT TERZIAN)
Legré-Mante. Deux
compagnies de CRS mobilisées pour déloger les salariés qui occupent leur entreprise depuis le 24 juillet, après sa mise en liquidation
judiciaire.
La déception et le dégoût. Les sentiments que l’on pouvait lire sur les visages des salariés de
l’entreprise après l’intervention au petit matin – précisément à 6h10 - de deux compagnies de CRS venues déloger « les terroristes que nous sommes », ironise Martial Eymard,
délégué CGT. Deux compagnies pour trois hommes « de permanence durant la nuit », Soit 50 fonctionnaires de police, accompagnés des marins-pompiers et d’un camion de déminage.
Trois hommes d’une cinquantaine d’années, qui n’avaient d’autres armes que leur seule conviction d’être dans leur droit et d’aller dans le sens des intérêts de tous. Celui de la
sauvegarde de l’emploi et encore de l’avenir industriel de la ville de Marseille.
La préfecture ne l’a pas entendu ainsi. Elle, si absente lorsque les salariés demandaient à être reçus pour discuter de la solution de la venue d’un
repreneur, n’a pas lésiné sur les moyens pour faire appliquer la décision de liquidation du tribunal de grande instance. Avec un souci écologique aussi spontané qu’une irruption
de boutons, la préfecture précise dans un communiqué que « l’intervention des forces de l’ordre a eu pour objectif de sécuriser le site et de limiter les riques d’atteinte à
l’environnement et à la population ».
Des chiens contre les
salariés
Un scrupule qui n’avait pas effleuré le préfet, pas plus que ses prédécesseurs,
depuis les plus de trois cents ans de fonctionnement de cette entreprise productrice d’acide tartrique. « Ils vont donc garder le site à notre place, s’insurge Martial Eymard.
Pour le compte d’une institution et celui de la famille Margnat qui n’ont eu pour nous que du mépris. Nous avions pourtant rencontré hier le mandataire du liquidateur, qui nous
a semblé décidé à nous entendre. Nous sommes sortis de cette réunion avec le sentiment que le dialogue était enfin entamé. Bien qu’il nous ait prévenus que la préfecture
montrait des signes de grande impatience. »
Ebranlées par la vague d’occupation d’entreprises à travers tout le pays, les autorités ont crié au loup. Et si les salariés décidaient d’employer la manière
forte ? Interrogé par Jacques Roger, ancien journalite et habitant du quartier, régulièrement présent sur les lieux depuis le début du conflit, un responsable des
marins-pompiers a précisé que ses hommes étaient intervenus à la demande d’un officier de police « pour effectuer une visite de sécurité, notamment en matière d’utilisation de
matières dangereuses. Nous n’avions rien constaté de particulier, affirme ce responsable. A l’exclusion de quelques leurres ». Comme ces bouteilles de gaz, mentionnées par le
communiqué de la préfecture. « Elles étaient vides », commente-t-il.
En début d’après-midi, les CRS qui avaient investi l’usine ont été remplacés par une dizaine de policiers et de vigiles qui appartiennent, ainsi que les
chiens qui les accompagnent, à la Société phocéenne d’inspection, propriété de la famille Margnat.
Tout au long de cette journée, habitants du quartier, retraités de l’entreprise sont venus apporter leur soutien aux salariés. Accompagnés des élus
communistes présents devant les portes de l’entreprise depuis le début du conflit. Marie-Françoise Palloix, également conseillère régionale, s’insurge : « Contrairement aux
beaux discours colportés par les médias, faisant grand tapage de la bataille gouvernementale contre le chômage, nous sommes toujours dans le tourbillon des scandales financiers,
des plans sociaux successifs et des pressions exercées sur les agriculteurs. C’est une honte de voir ainsi une usine, fleuron de l’industrie agroalimentaire et pharmaceutique,
placée sous la haute protection des CRS. Ce sont pourtant les salariés eux-mêmes qui ont protégé ce site en attendant un repreneur capable de le remettre à niveau en matière
d’hygiène, de sécurité et de qualité des conditions de travail. Nous n’avons eu de cesse d’interpeller toutes les autorités, du préfet jusqu’au ministre pour trouver une
solution à ce conflit. Toutes ces interventions sont restées lettre morte. Aujourd’hui, c’est la force qui prévaut, mais tout n’est pas perdu. Nous serons aux côtés des salariés
pour qu’ils sortent la tête haute de ce conflit. Rien n’est encore terminé. »
GERARD LANUX
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