Marwan Barghouti, l’espoir au présent !

Proche-orient . Un ministre israélien estime qu’il faut le libérer. L’élection du populaire leader palestinien au comité central du Fatah relance la campagne pour le sortir de prison.
Paradoxalement, Benyamin Ben Eliezer, actuel ministre israélien du Commerce et de l’Industrie mais, surtout, ancien ministre travailliste de la Défense lorsque Ehoud Barak dirigeait le
gouvernement, vient de relancer l’idée de la libération de Marwan Barghouti, leader palestinien emprisonné depuis avril 2002 et condamné à cinq fois la prison à vie. « Il faut le libérer
immédiatement et s’asseoir avec lui, personne d’autre que lui n’est capable de prendre des décisions difficiles », a affirmé, hier, Ben Eliezer. « On ne fait pas la paix avec des
beaux esprits, mais avec des dirigeants capables de prendre des décisions et d’imposer leur autorité à l’ensemble des factions palestiniennes ». Le même a affirmé à propos d’Ehoud Barak -
ministre de la Défense du gouvernement Netanyahou : « À ma connaissance, il ne fait pas partie des opposants à la libération de Barghouti. » Quel que soit le fond réel de la
pensée de Benyamin Ben Eliezer et le moment choisi pour cette déclaration (une lutte commence à sourdre entre les diverses factions gouvernementales israéliennes, lire ci-contre), la question
de la libération de Marwan Barghouti ne doit pas cesser d’être posée, exigée.
Une stratégie politique stable
Le congrès du Fatah, la principale organisation palestinienne, que Barghouti dirigeait en Cisjordanie avant son arrestation, a montré le poids politique de ce leader de cinquante ans. Formé
lors de la première Intifada, emprisonné à plusieurs reprises - ce qui a permis à cet ancien étudiant de l’université de Bir Zeit, près de Ramallah, d’étudier l’hébreu -, Marwan Barghouti
n’a jamais dévié de la stratégie politique qu’il a adoptée pour parvenir à la création d’un État palestinien, aux côtés d’Israël, dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale.
S’il a toujours déclaré vouloir privilégier le dialogue avec Israël pour y parvenir, il a également toujours affirmé que la légitimité de la résistance n’était, elle, pas négociable, entendue
comme un droit des peuples, reconnu par les Nations unies. Cette résistance - et contrairement aux accusations de la « justice » israélienne qui a agi en toute illégalité, puisque
Marwan Barghouti a été arrêté alors qu’en tant que député il bénéficiait d’une immunité et que son arrestation s’est déroulée à Ramallah, en territoire palestinien -, il n’a jamais voulu
qu’elle frappe les civils israéliens. En revanche, il estime totalement légitime le combat contre les colons, qui occupent la terre de Palestine, et l’armée israélienne, dont le rôle est celui
d’une armée coloniale, maintien de l’ordre, répression et bouclage des territoires palestiniens.
« Un droit à la résistance »
Au sein d’un Fatah vieilli, d’une direction figée et d’une montée en puissance des islamistes du Hamas incarnant de plus en plus la résistance palestinienne, les idées de Marwan Barghouti,
portées par ses proches comme Qadoura Fares, ont envahi le congrès de l’organisation, sous l’oeil du défunt Yasser Arafat. Dans le document final, le Fatah a rappelé « son attachement à
l’option d’une paix juste » avec Israël, tout en réitérant « le droit du peuple palestinien à la résistance contre l’occupation, conformément à la loi
internationale ».
Un important mandat populaire
Dans un éditorial, Hafez Al Barghouti, rédacteur en chef du journal Al Hayat Al Jadida, écrivait, hier : « Le grand vainqueur des élections est le président Abou Mazen (Mahmoud Abbas
- NDLR) qui a réussi à mener à bien le congrès, à régler de nombreux problèmes et à mettre en échec une scission qui menaçait. » Il ajoutait : « Le deuxième vainqueur est Marwan
Barghouti, qui a reçu un important mandat populaire en dépit de la campagne hostile dont il a fait l’objet avant et pendant le congrès. » Marwan fait partie des trois seules personnalités
qui ont recueilli plus de 1 000 voix (sur 2 000 délégués) lors de l’élection au comité central du mouvement. Ce qui, de fait, fait de lui l’un des dirigeants les plus populaires au sein du
Fatah et au-delà. Les nombreux sondages réalisés dans les territoires occupés, en Cisjordanie et à Gaza, montrent que, dans tous les cas de figure, en cas de présidentielle, il réalise un
meilleur score que Mahmoud Abbas ; surtout, ce dernier pourrait être battu par un candidat du Hamas, ce qui n’est pas le cas de Marwan Barghouti.
La force du mouvement national palestinien, c’est évidemment son unité. Une unité actuellement perdue, d’où son
affaiblissement. D’un côté le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza. De l’autre la Cisjordanie, où règne ce qui reste du Fatah. Malgré son emprisonnement, Marwan Barghouti n’a de cesse d’appeler
à l’unité et surtout à prendre des initiatives de caractère politique visant à recréer cette unité de toutes les organisations palestiniennes. Il est ainsi à l’origine de ce qu’on appelle le
« document des prisonniers », signés par les représentants incarcérés de toutes les parties palestiniens sans exception, à la base de la rencontre entre le Hamas et l’OLP à La Mecque,
à une période où tout dialogue était rompu. Limor Livnat, ministre israélien Likoud, le parti du chef du gouvernement Benyamin Netanyahou, ne s’y trompe pas. « Nous ne devons pas vérifier
l’état d’avancement des négociations avec les Palestiniens en libérant un tueur, cela ne nous amènera pas à la paix », avance-t-il.
Venant du représentant d’un parti qui poursuit la colonisation et cherche à différer tout accord de paix, c’est un appel au développement de la campagne internationale pour la libération de
Marwan Barghouti.
Pierre Barbancey
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