Environnement : Inquiétante marée verte sur le littoral breton !
Le tracas des élus bretons devient chaque jour plus important. La cause de leur tourment s’explique par cette forte prolifération d’algues vertes sur leurs plages. Le problème est ancien et a
peut-être été minoré trop longtemps, les communes du littoral ne considérant le phénomène que sous l’angle du frein qu’il constituait au développement du tourisme par son désagrément visuel et
olfactif. L’accident récent, vécu fin juillet par un cavalier aux environs de la plage de Saint-Michel-en-Grève (baie de Lannion, côte d’Armor), a relancé les inquiétudes quant à la dangerosité
de ces algues. Pris au piège dans une zone mouvante, le cheval de ce dernier est en effet mort d’un oedème pulmonaire selon les premiers résultats de l’autopsie, sans que ni eau ni vase n’aient
été retrouvées dans les poumons. Les algues vertes peuvent-elles donc tuer ?
La fertilisation des sols pointée
Les algues vertes sont un type d’algue coriace, dont la présence en Bretagne remonte à environ quarante ans, et qui se développe le plus souvent dans des zones peu profondes du fait d’un besoin
de lumière. Leur prolifération tient essentiellement aux activités agricoles, la fertilisation excessive des sols générant l’azote nécessaire à leur développement. Vivantes, les algues vertes
ne sont pas dangereuses pour l’homme. À l’inverse, arrivées au stade de décomposition, elles deviennent toxiques. En se desséchant, elles forment alors un dépôt imperméable à l’air qui émet un
gaz hautement toxique (sulfure d’hydrogène).
« La prolifération des algues vertes est un très grave problème qui progresse véritablement depuis 1997 »,
explique René Ropartz, le maire de Saint-Michel-en-Grève. Cette commune bretonne a connu d’importants pics d’algues ces dernières années, atteignant jusqu’à 21 tonnes d’algues en un an. De quoi
considérer la saison dernière comme clémente malgré, tout de même, 10 tonnes d’algues ramassées. Un ramassage qui revient vite cher pour les communes, même si les subventions diverses ont
largement augmenté au fil des années.
Une double peine pour les communes
D’autant que ces communes accusent aussi un important manque à gagner au niveau touristique. Ce qu’on appelle la double peine. « Saint-Michel-en-Grève est une commune dont l’économie est
axée sur le tourisme. Nous comptions cinq hôtels, les algues vertes font fuir les touristes et nous n’avons plus qu’un hôtel. Nous avons aussi perdu plusieurs commerces », déplore René
Ropartz. Ce dernier préconise donc qu’un plan efficace et concerté se substitue au plus vite aux différentes études réalisées sur les algues vertes.
« C’est un problème qui nous empoisonne. Je fais tout pour qu’on s’en sorte, mais le rapport de forces n’est
pas en notre faveur. On a fait des propositions à tout le monde et il y a toujours un verrouillage quelque part », se désole-t-il. Le maire de Saint-Michel-en-Gréve reste pendant ce temps
sous la menace d’une plainte du cavalier qui a perdu son cheval. La seule solution viable au problème des algues vertes passe par une utilisation fortement réduite des fertilisants par les
agriculteurs afin qu’ils rejettent un minimum de nitrates (qui contiennent l’azote). Pas facile.
Julien Dayssiols
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