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Pas de trafic de diplômes avéré selon l’université  de Toulon ! 


Article paru dans La Marseillaise du mercrdi 5 août 2009

 

Depuis le printemps dernier et la venue de la brigade financière sur le campus de La Garde, tous les objectifs sont braqués sur les étudiants chinois. (Photo BRUNO ISOLDA)
Depuis le printemps dernier et la venue de la brigade financière sur le campus de La Garde, tous les objectifs sont braqués sur les étudiants chinois. (Photo BRUNO ISOLDA)
Etudiants chinois. La Marseillaise s’est procuré le contenu de l’enquête menée en interne au printemps dernier. Elle ne met pas en cause le fonctionnement des services administratifs.

 





Dans le rapport administratif commandé par le ministère de l’Enseignement supérieur sur un trafic présumé de diplômes au bénéfice d’étudiants chinois à l’université de Toulon, dont Le Monde a publié de larges extraits la semaine dernière, les inspecteurs généraux n’évoquent pas l’existence d’un trafic institutionnalisé à but lucratif de places ou de diplômes.
Des conclusions qui rejoignent celles de l’enquête administrative diligentée par la présidence de l’université au printemps dernier. Une enquête transmise depuis au Procureur de la République que La Marseillaise s’est procurée. Elle constate « pour un diplôme un taux assez important de réussite des étudiants chinois » mais précise que cela n’a pas permis « de trouver des éléments positifs pouvant mettre en cause le fonctionnement des services administratifs ».
L’affaire débute en décembre 2008 par le dépôt d’une plainte auprès du Procureur de la République d’un enseignant-chercheur de l’Institut d’Administration des Entreprises (IAE) de l’université de Toulon, Jacques Grimaldi, pour « un éventuel et récurrent trafic de diplômes à l’IAE au profit d’étudiants chinois de la filière anciennement dénommée "Redressement d’entreprise" » (NDLR : devenue depuis « Création et Redressement d’Entreprise »). Selon l’enseignant cet « éventuel trafic » porterait sur les années 2005-2006, 2006-2007 et 2007-2008.
Une plainte qui donnera lieu le 26 mars dernier à l’ouverture par le parquet de Marseille d’une instruction judiciaire pour « corruption passive et active et escroquerie ». Le 9 avril, la brigade financière saisira les procès verbaux de jury et les copies d’examen de l’IAE.


100 000 euros pour aider une soixantaine d’étudiants


Quelques semaines plus tard, à la mi-février, Pierre Gensse, directeur de l’IAE, fait l’objet d’une tentative de corruption par un étudiant chinois. Ce dernier lui propose 100 000 euros s’il favorise la réussite d’une soixantaine d’étudiants chinois.
Des faits qui viennent alors corroborer le contenu d’un e-mail qu’a reçu le 19 janvier Nathalie Hector, professeur associé à l’IAE. Dans ce message électronique, qui ne cite aucun montant, c’est un montage beaucoup plus vaste qui est proposé à l’enseignante. « Pourquoi les autres font la même chose chaque année et gagnent des sous, on fait pas ? Ce sont des gens à la même place que toi, ils ont le même pouvoir que toi ; ils font cette affaire chaque année ! (…) On va gagner des sous facilement ! Je te jure qu’il n’y a pas de problème ; y’a pas mal de profs ou de responsables qui font ça, y’a aucun souci ! »
Ces différents éléments conduisent la secrétaire générale de l’université à comparer les procès-verbaux d’examens et les copies des étudiants depuis quatre ans afin d’établir une statistique des taux de réussite des étudiants chinois. « Cet examen ne m’a permis de constater d’irrégularité, écrit la secrétaire générale dans une note adressée au président de l’université, Laroussi Oueslati. En effet, les notes portées sur les procès verbaux de délibérations du jury correspondent bien aux notes portées par les enseignants sur les copies d’examen. Si j’ai pu constater quelques petites différences, elles résultent vraisemblablement uniquement de décisions du jury lors de sa délibération (+0,5 ou +1). »


Des interrogations sur des petits nombres d’étudiants


Elle relève toutefois que le taux de réussite des étudiants chinois dans certaines filières semble anormalement élevé. « Il me paraît pour le moins surprenant de constater que pour certaines mentions de Master 2ème année et en particulier pour la mention "entreprenariat", les taux de réussite de ces étudiants sont plus élevés que ceux des étudiants français », écrit-elle. En 2005-2006 et 2007-2008, le taux de réussite des étudiants chinois est de 100% quand il s’élève à 88,24% et 90% pour les étudiants français.
Et la secrétaire générale de préciser : « J’ai sollicité le directeur de l’IAE le 15 mars dernier, et il n’a pas été en mesure d’apporter des réponses précises à cette interrogation, arguant du fait que lors des délibérations du jury du diplôme, chaque responsable de mention apporte les éléments relatifs aux examens. »
Avant de conclure : « Je ne peux que vous garantir que le traitement administratif de la délivrance des diplômes incriminés a suivi la procédure normale, et ne semble entacher d’aucune irrégularité. A contrario, le taux de réussite ainsi que le niveau élevé des notes attribuées aux étudiants ressortissants chinois soulèvent quelques interrogations. »
Ces interrogations portent lors de chaque année universitaire sur un petit nombre d’étudiants chinois. En 2005-2006, les 100% de réussite correspondent à 9 étudiants répartis dans quatre formations. En revanche sur l’ensemble de l’IAE, le taux de réussite des chinois est de 50% (30 reçus sur 60) contre 79,42% pour l’ensemble des étudiants (328 diplômés sur 413 inscrits).
En 2006-2007, les 100% de réussite portent sur 3 étudiants répartis dans 3 formations. Le taux de réussite des chinois sur l’ensemble de l’IAE est de 64,94% (50 sur 77) contre 73,27% pour l’ensemble des étudiants (296 sur 404).
Enfin en 2007-2008, les 100% de réussite correspondent à 26 étudiants chinois répartis dans quatre formations. Mais sur l’ensemble de l’IAE leur taux de réussite (59,60%, 59 sur 99) reste inférieur à celui de l’ensemble des étudiants (76,52%, 303 sur 396).
Difficile dans ces conditions de conclure à l’existence d’un vaste trafic de diplômes au bénéfice des étudiants chinois.


SERGE PAYRAU


Tentative de corruption. Voici des extraits de la conversation enregistrée, le 24 février dernier, entre Pierre Gensse et un étudiant chinois.

« Je vous propose 100 000 euros »

Nous sommes le 24 février. Ce jour-là, à 15h, Pierre Gensse, directeur de l’Institut Administration des Entreprises (IAE) tend un piège à un étudiant chinois qui l’a déjà approché à deux reprises.
100 000 euros pour changer les notes finales d’une soixantaine d’étudiants chinois : c’est la somme qui a été proposée à Pierre Gensse.BRUNO ISOLDA
100 000 euros pour changer les notes finales d’une soixantaine d’étudiants chinois : c’est la somme qui a été proposée à Pierre Gensse.BRUNO ISOLDA

Huit jours auparavant, il s’est présenté à son bureau sans rendez-vous. Le directeur l’a tout de même reçu quelques minutes. Il disait alors « parler au nom d’étudiants chinois qui éprouvaient des difficultés en raison de leur mauvaise connaissance du français ». Sa question portait sur les épreuves de rattrapage en Licence 3.
La veille, il s’est à nouveau présenté au bureau de Pierre Gensse. Ce lundi-là, il lui a clairement expliqué qu’une soixantaine d’étudiants chinois étaient disposés à lui verser une somme de 100 000 euros s’il facilitait leur réussite.
Au lieu de se contenter d’alerter la présidence de l’université en vue de réunir un conseil de discipline, la procédure habituelle dans ce cas-là, le directeur de l’IAE lui donne un rendez-vous téléphonique ce 24 février afin d’organiser un enregistrement, à l’insu de l’étudiant, et de garder une preuve de la tentative de corruption.
L’étudiant chinois entre d’emblée dans le vif du sujet : « Chez moi, j’ai fait des calculs. Il y a dix personnes en Licence 3 qui veulent bien. Les autres attendent les notes finales (…). Dans le Master CRE, je crois qu’il y en a cinq qui vont rater. En Licence 3, il y en aura plus, une dizaine, à cause du Droit de l’entreprise. Après il y a les rattrapages. (…) Ils croyaient qu’ils pouvaient compenser leurs notes par le rattrapage et le stage. Mais, on ne sait jamais. Ce que je propose c’est de contrôler les notes… »
Cela s’est déjà fait « à Paris, l’Université 8 ».
Pierre Gensse réplique alors : « Ils se rendent compte qu’ils ont des difficultés, qu’ils vont rater leurs examens… Mais ils le savaient déjà, lorsqu’ils sont venus en France, qu’ils avaient des difficultés de langue… »
« De langue oui… », confirme l’étudiant chinois.
« Et ils n’ont pas préféré faire un diplôme de langue avant d’entrer à l’IAE ?, interroge Pierre Gensse. Là, ils sont directement dans un diplôme professionnel, et voilà, on est dans la situation actuelle… Alors qu’est-ce qu’ils comptent faire ? »
Et l’étudiant chinois, du tac au tac : « Je propose de changer les notes finales… Il faut contrôler les notes finales. »
Quand le directeur de l’IAE lui rétorque que « ce n’est pas possible », la réponse fuse aussitôt : « Oui, ce n’est pas possible, sauf avec le prof. Soit avec les secrétaires… »
Pierre Gensse lui demande alors pourquoi il est venu le trouver pour lui parler de tout ça. « Parce que vous êtes le chef de l’administration… vous avez du pouvoir… Ils croyaient que vous avez le pouvoir pour faire ça », explique l’étudiant. Et de préciser : « Ils veulent vous donner des sous pour ça… »
Plus tard dans l’entretien, il indiquera la provenance de ces fonds : « Pour la plupart, grâce aux parents. C’est dans la culture chinoise. Je ne crois pas que c’est comme ça ici. »
Et quand le directeur de l’IAE lui demande s’il pense que ces changements de notes peuvent passer inaperçus, l’étudiant chinois ne se démonte pas : « Oui, parce que les profs ne vont pas vérifier les notes qu’ils rendent… » Il précise alors son rôle : « Je vais m’occuper de tous les étudiants chinois pour collecter des sous et parler avec les secrétaires et tout ça parce que, vous, c’est mieux que vous restez dans le savoir, sans responsabilité, sans rien… »
Avant d’ajouter : « Je suis sûr qu’il y a un prix pour vous avec les étudiants -60- et un prix aussi pour les secrétaires. Parce qu’il faut être tranquille… Je vous propose 100 000 euros. »
Et à la question si ça s’est déjà fait, la réponse est sans équivoque : « Pas chez nous, mais à Paris, l’Université 8 ».


SERGE PAYRAU
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Tag(s) : #Société
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