France Télécom : Une délocalisation à haut risque mise en échec !
France Télécom a renoncé, vendredi dernier, à fermer le site de Morlaix (Finistère). Il aura fallu pour cela deux
ans de lutte acharnée, dix CHSCT (comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), sept comités d’établissement, trois droits det, surtout, une catastrophe évitée de justesse. Dans
les dix-sept derniers mois, 19 employés de l’entreprise de télécommunication se sont suicidés. Pour Patrick Le Bras, salarié à Morlaix, pas de doute : il aurait pu y en avoir un vingtième
le 4 juin. Il était dans la même salle que son collègue, quand celui-ci a lu le rapport de la CAP (commission administrative paritaire) individuelle concernant sa « mutation ».
« Par chance, nous sommes une toute petite structure, très solidaire, et on a tous vu qu’il était vraiment mal psychologiquement. Le soir, il a eu la présence d’esprit d’aller de lui-même
à l’hôpital avant de commettre l’irréparable », raconte Patrick Le Bras. Depuis, les représentants du personnel siégeant à la CAP ont dénoncé le fait que le procès-verbal - faisait état
d’éléments qui n’avaient pas été évoqués en réunion, et dont les managers de Morlaix n’avaient même jamais parlé avant. « Ses compétences et son caractère soi-disant irascible étaient mis
en cause. La direction laissait clairement sous-entendre qu’il n’était pas capable d’assurer son travail et elle ne lui proposait aucune nouvelle affectation », détaille Patrick Le
Bras.
Fermeture des petits sites
Depuis mai 2007, France Télécom tente de transférer, à Brest, l’activité de l’unité d’assistance téléphonique (services 10.13 et 10.15) de Morlaix. Cette structure, qui comptait alors 28
salariés, est un grain de sable dans la vaste politique de fermeture des petits sites. « France Télécom sous-traite progressivement ses activités techniques dans les zones rurales,
explique Patrick Ackermann, représentant syndical SUD-PTT. En parallèle, pour des raisons immobilières, l’entreprise concentre progressivement ses activités pour créer d’énormes centres
d’appel. Au début, la norme était de 250 postes au minimum. Maintenant, on est passé à 1 500. » Ainsi, dans le Sud, les petites unités de Castres et d’Alès ont récemment fermé leurs
portes. C’est aussi le cas de Châteaubriant et Saumur dans la région Ouest. Mais les « 28 de Morlaix » ont résisté bec et ongles, à coups de blogs et de manifestations. « Ils
étaient emmenés par une équipe CGT très soudée. Leur ténacité a été remarquable, leur victoire aussi, mais à quel prix ? », s’interroge Patrick Ackermann.
Deux ans de bataille
Marc Le Poupon, délégué CGT chez France Télécom, évoque « deux ans de bataille très difficiles » : « Il y a eu des pétages de plomb, de longs arrêts maladie », sur fond
de « pression managériale ». « Et puisqu’elle n’arrivait pas à ses fins, la direction a saucissonné son projet de transfert unique à Brest en une série de mutations sur
différents sites », poursuit le cégétiste « Nous recevions chaque mois des lettres nous annonçant notre mutation dans les quinze jours. Ils appelaient même ceux qui étaient en arrêt
maladie. C’était une technique pour nous diviser et ça a marché : six personnes sont parties », analyse Patrick Le Bras, agent à Morlaix. Les 22 qui sont restés n’ont rien lâché, mais
cela n’a pas suffi. Il a fallu l’hospitalisation pour « trouble psychique » du salarié de Morlaix pour que France Télécom recule. Cette victoire, au goût amer, pourrait néanmoins
donner des idées aux autres unités menacées de fermeture ou de délocalisation. Le projet de Morlaix a été abandonné mais le mastodonte de la téléphonie, privatisé en 2004, reste sur la
sellette. En Bretagne, la direction du travail a été saisie par le CHSCT pour demander l’enquête d’un médecin inspecteur du travail sur le site de Morlaix. Et au niveau national, six syndicats
ont envoyé mardi une lettre au président du groupe, lui demandant de « prendre en considération » le problème de la souffrance au travail et des suicides des salariés, et d’entamer
des négociations sur le stress dès la rentrée.
Mehdi Fikri
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