« Les vacances, ce luxe inaccessible !»
Les vacances… Tout le monde ne parle que de ça. Pourtant, ceux qui n’auront pas la chance d’en profiter sont nombreux. 51 % des Français, plus de la moitié de la population française, vont
rester chez eux. Parmi eux, il y a ceux qui ne partent pas du fait de la conjoncture économique et des difficultés économiques qui vont avec, et il y a les autres. Ceux qui ne partent jamais,
ceux qui, crise ou pas, ne peuvent pas se permettre un voyage, toujours trop coûteux. Face à cette situation, souvent, on se débrouille, on simule un semblant d’évasion en partant une journée à
la campagne, ou une semaine dans sa famille. Mais l’évasion, la vraie, celle qui permet de s’échapper de son cadre quotidien, de ses habitudes, est de plus en plus rare.
Yves a soixante-deux ans. Employé dans une agence immobilière des Alpes- Maritimes (à
Nice), il est très loin du cliché des séries américaines qui montrent
des agents immobiliers aussi prospères que malhonnêtes. En effet, son salaire de 1 250 euros ne constitue qu’une
avance sur commissions. Un emploi précaire donc, qui dépend en grande partie des résultats, alors que la profession souffre de la crise : « On a beaucoup de mal à faire des ventes en
ce moment, les banques ne veulent plus prêter, même si les gens ont des CDI. Pour moi, c’est dramatique parce que, si je ne vends rien, mon patron a le droit de me licencier »,
déplore-t-il. Chaque mois, il vit dans l’inquiétude de ne pas réussir à joindre les deux bouts. « Lorsque j’ai payé le loyer, l’électricité, le téléphone et les frais de transport pour
aller au boulot, il ne nous reste que trois cents euros pour manger à deux », explique-t-il. Alors cette année, il a tiré un trait sur d’éventuelles vacances avec sa fille de quatorze ans,
avec qui il vit seul depuis qu’il s’est séparé de sa femme il y a un an. « Pour moi, ce n’est pas grave, mais ma fille a été première de la classe, elle aurait mérité de partir. Et même
s’il existe des aides, elles ne sont pas suffisantes et je ne vois pas comment je pourrais lui offrir des vacances, même pour elle toute seule », regrette-t-il. Les dernières vacances
d’Yves datent d’il y a deux ans. « Un souvenir lointain », dit-il.
Pauline, vingt-trois ans, ne partira pas en vacances non plus cet été. Elle est conseillère accueil dans une banque. « C’est un poste qui n’est pas très bien payé. Je travaille trente-neuf
heures et je gagne 1 150 euros par mois, le SMIC. Avec la crise, je ne vois pas vraiment la différence avec ma situation habituelle », raconte-t-elle. Et même si elle habite dans un
logement social en banlieue parisienne, elle a parfois du mal à s’en sortir : « En comptant tous mes frais, il ne me reste même pas 300 euros par mois pour vivre, et du coup, il est
impossible pour moi de prévoir de partir. En plus, je dois économiser pour payer mes impôts en septembre. 900 euros. C’est presque un salaire entier ! », explique-t-elle. Pourtant,
l’année dernière, elle a réussi à partir au Canada, chez une amie, mais après un vrai parcours du combattant : « J’ai économisé sur mon salaire pendant six mois pour pouvoir y aller,
et j’ai pris un billet très longtemps à l’avance, parce qu’il y avait une superpromotion. Ensuite, pour financer mon séjour là-bas, j’ai fait un prêt en plus, que je viens à peine de finir de
rembourser. » Mais cette année, elle a trop de difficultés pour pouvoir économiser le moindre centime. Elle reste pourtant optimiste, et fait tout ce qu’elle peut pour accéder à une
meilleure situation : « Je suis une formation pour avoir mon brevet professionnel bancaire. Ensuite, j’accéderai à un meilleur poste et j’aurai peut-être un salaire un peu plus
élevé ». En attendant, ses vacances se dérouleront… dans son HLM de Gentilly.
Pierrette a trente-six ans. Mère de trois enfants de onze, huit et quatre ans, elle est en recherche active d’un emploi près de Toulouse. Il y a environ deux ans, la petite entreprise de
nettoyage, que son mari et elle avaient monté, a fait faillite, précipitant la famille dans la précarité. Depuis quelques mois, après une longue période de RMI, son compagnon a retrouvé un
emploi de technicien. Mais leur situation ne laisse toujours aucune place aux loisirs : « L’eau, le gaz, l’électricité, et la scolarité des enfants ; ce sont des charges
importantes… Alors on évite les sorties, et on ne part pas en vacances », explique-t-elle. « Les autres années, on essayait d’aller dans la famille ou chez des amis, histoire de
partir un peu pour les enfants… Mais cette année, ce n’est pas possible, il faut qu’on travaille. Moi, je cherche n’importe quel type
d’emploi, pour pouvoir survivre », ajoute-t-elle. Pourtant, Pierrette est soucieuse pour ses petits, et le
couple fait tout son possible pour qu’ils ne ressentent pas le manque, ou la différence avec les autres : « Ils sont inscrits pour un mois dans un centre de loisirs, pour qu’ils ne
s’ennuient trop… Et on essaiera de partir une ou deux journées pas loin, dans la région. Mais plus que ça, c’est pas possible. »
Depuis six mois, la situation de Franck s’est dégradée de manière spectaculaire : « Mon employeur me payait avec deux ou trois mois de retard. A la toute fin de l’année dernière, une
dispute a éclaté, et il a pris ce prétexte pour me virer, en prétendant que j’avais démissionné. Nous avons été l’un des premiers secteurs à être touché par la crise », raconte-t-il.
Depuis, il ne parvient pas retrouver un emploi fixe, à cause de la conjoncture. Il ne touche même pas les Assedic puisqu’il est considéré comme démissionnaire, et a été obligé d’attaquer son
patron aux prud’hommes. À trente ans, il était commercial à Paris, et gagnait très bien sa vie, à tel point qu’il avait pu s’offrir en août dernier un mois de vacances à l’étranger avec sa
femme. « Et maintenant, je dois emprunter de l’argent à mes amis pour pouvoir rattraper mes impayés de loyers… » Conséquence : le couple n’envisage même pas une seule seconde de
partir en vacances : « Concrètement, il faut qu’on choisisse : c’est le loyer ou les vacances. » Le choix est vite fait.
Marion Sevenier
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