Alan Fajardo, proche du président légitime, revient sur le putsch !
Honduras . Joint par téléphone, le ministre conseiller de Manuel Zelaya parle de « la résistance patriotique » et appelle à la solidarité internationale.
Des informations très contradictoires parviennent du Honduras. Que se passe-t-il
exactement ?
Alan Fajardo. Le peuple se mobilise, de manière croissante, contre les putschistes. Il y a également des manifestations organisées par des secteurs de droite favorables au coup d’État. Des
cortèges sont formés aux quatre coins du pays, sur les places publiques, les principales routes, les ports et les douanes. Des maires se prononcent contre le coup d’État. La puissante
fédération des organisations d’enseignants, qui regroupe 62 000 professeurs, a déclaré une grève générale. Les centrales syndicales et la coordination des organisations populaires aussi. Des
fonctionnaires sont à leur poste de travail mais avec la consigne « ni démission ni obéissance ». On parle d’unités de militaires qui se seraient soulevées contre Roberto Micheletti
(le « président intérimaire » - NDLR). Par ailleurs, soixante-six personnes auraient été blessées, lundi, par la police, l’une d’elles se trouverait dans un état grave. Des centaines
de personnes ont été arrêtées. La commission interaméricaine des droits de l’homme a été saisie pour des mesures de prévention pour le cabinet du gouvernement et les dirigeants d’organisations
populaires, menacées d’arrestations. Des médias ont été fermés d’autres « invités » à censurer les informations.
Pourquoi ce putsch ?
Alan Fajardo. C’est une version locale du concept de la guerre préventive de l’ex-président George W. Bush. L’ex-officier à la retraite, Roberto Micheletti, diplômé d’une école militaire des
États-Unis, a d’ailleurs tenu un discours au Congrès en parlant de risques possibles. Les groupes de droite, l’oligarchie, qui ont transformé cette nation en l’un des quatre pays les plus
pauvres d’Amérique et avec une distribution des richesses des plus inégalitaires, ont fomenté un coup d’État à partir de présupposés de l’évolution et de l’action du président
Zelaya.
On peut pourtant difficilement qualifier le président d’homme de gauche, radical…
Alan Fajardo. Sans aucun doute. Sa pensée politique repose sur deux identités. La première, est nationale, centre-américaine et latino-américaine. La seconde est sociale. Et rien de plus. Il
n’est pas issu d’une famille pauvre ou de gauche mais des couches élevées de la société. Comme conseiller, je l’ai vu prendre conscience que, si l’on ne changeait pas le système politique, le
problème de la pauvreté, qu’il a toujours déclaré vouloir résoudre, resterait sans réponse.
Est-ce le motif qui l’a conduit à organiser la consultation populaire à l’origine de son
renversement ?
Alan Fajardo. Il a profité d’une loi permettant d’organiser une consultation de l’opinion publique. Il s’agissait de lui demander si elle était d’accord ou non pour que soit installée, lors des
prochaines élections du 29 novembre (présidentielle, législatives et municipales), une quatrième urne afin que les électeurs se prononcent sur la convocation d’une assemblée constituante. Voilà
le péché du président Zelaya. Le coup d’État visait à empêcher l’instauration, dans le respect de l’ordre constitutionnel, d’une nouvelle modalité de démocratie de participation citoyenne. Ce
que le président avait déjà présenté comme son projet politique durant la campagne. Son gouvernement portait d’ailleurs le nom de pouvoir citoyen.
Pourquoi la Cour suprême s’est-elle opposée à cette consultation ?
Alan Fajardo. Ses membres ne veulent laisser aucun espace au changement politique, démocratique et progressiste. Nous n’avons pas assez porté attention au au caractère illégal des dispositifs
législatifs et constituionnels interdisant la réélection pour un deuxième mandat, et autres. Cet état de fait empêche toute modification. Le secrétaire général de l’Organisation des États
américains a d’ailleurs déclaré qu’il existait trois types de constitution dans le monde : « les flexibles, les dures (duras en espagnol) et celle du Honduras ». Notre
constitution a été rédigée par 28 constituants qui ont privé le peuple, pourtant souverain, du droit de pouvoir la changer.
Le rapprochement du président avec les gouvernements de gauche membres de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba) est-il
la véritable raison du coup - d’État ?
Alan Fajardo. À chaque fois qu’il y a eu un coup d’État en Amérique latine, le premier des protocoles a été de convaincre l’opinion nationale et internationale qu’il existait une menace
extérieure. On ne peut pas dire que le rapprochement avec l’Alba soit, au départ, idéologique. En revanche, le président Zelaya a été surpris par le type de relations, sans condition, de
coopération horizontale, qui existent en son sein. Il n’a pas pour autant rompu avec nos alliés d’hier : le Honduras négociait un traité d’association avec l’Union
européenne…
L’idée d’une intervention extérieure peut-elle être écartée ?
Alan Fajardo. La présidence des États-Unis et son département d’État se sont clairement prononcés contre le coup d’État. Le jeudi 25 juin, l’ambassade des États-Unis aurait conjuré un coup
d’État. D’ailleurs, les putschistes ont commis une erreur monumentale, car, sur la prétendue lettre de démission du président Zelaya, figure encore cette date alors qu’ils disent qu’il l’aurait
signée la veille. Or la vielle du coup d’État, nous étions le 27 ! Pour l’heure, rien n’indique qu’il y a eu une connexion internationale. Mais il ne faut pas oublier que de hauts chefs
militaires honduriens ont étudié dans l’École des Amériques où on leur a inculqué des doctrines antidémocratiques.
Le président Zelaya a annoncé son retour au Honduras. Que peut-il se passer ?
Alan Fajardo. En prenant cette décision, il fait appel à la résistance patriotique, constitutionnelle. Il en appelle au respect des normes légales, à la solidarité, et pour que prédomine au
sein des autorités qui se sont installées au pouvoir le sens du réalisme et de la sagesse. Sa décision est courageuse. Il sait les risques qu’il encourt. Permettez-moi de lancer un appel aux
journalistes et à la présence d’observateurs pour qu’ils rendent compte de ce qui se passe réellement au Honduras. Cette présence serait une contribution humanitaire à l’égard d’un peuple qui
ne se rend pas.
Rassemblement. De nombreuses organisations françaises, latino-américaines et partis politiques dont le PCF
appellent à une manifestation de solidarité avec le peuple hondurien et contre le coup d’État, ce soir, à Paris, à 18 h 30, place de la Fontaine Saint-Michel (métro Saint-Michel, ligne 4). Par
ailleurs le retour du président Zelaya au Honduras a été différé à samedi tandis que l’Organisation des Etats Américiains a entamé des pourparlers avec le pouvoir
illégitime.
Entretien réalisé par Cathy Ceïbe
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