Rencontre Sarkozy - syndicats : un sommet d’intoxication !
CRISE . Hier à l’Élysée, le chef de l’État a tenté, sans convaincre, de faire croire que le gros de la crise serait derrière nous. Les syndicats ont réclamé de nouvelles mesures.
Le télescopage est redoutable. Hier démarrait la période des congés, les premières « vacances de la crise », au goût amer : un plus grand nombre de salariés ne partiront pas
cette année. Et, vacances ou pas, beaucoup s’inquiètent pour leur avenir, celui de leurs enfants. Selon un sondage RTL-Harris publié hier, six Français sur dix estiment que la situation
économique continue à se dégrader, et un sur deux se déclare personnellement « très » ou « assez » touché par la crise. Et pourtant, hier également, du haut de la tribune
d’un énième « sommet social », le chef de l’État (re)lançait une chanson dont il aimerait sans doute faire le tube de l’été : grâce à ma politique, tout va de mieux en mieux, en
tout cas mieux que chez nos voisins ! Comme on pouvait le présager, cette réunion, à laquelle pas moins de huit ministres ont pris part, a tourné à l’opération de propagande. Une vaste
tentative de mystification, dont on comprend la motivation au vu d’un autre enseignement du sondage précité : invités à juger l’action du gouvernement vis-à-vis de la crise, les Français
lui attribuent la note sévère de 3,9 sur 10…
« Ça ne saute pas aux yeux »
Pour baliser le terrain de la rencontre, le gouvernement avait adressé, le matin, aux « partenaires sociaux », un document d’une cinquantaine de pages dressant un bilan des mesures
prises depuis six mois, censé démontrer que la France « résiste mieux » que ses principaux partenaires européens. Ce qui, pourtant, « ne saute pas aux yeux », comme l’a
d’emblée relevé le leader de la CGT, Bernard Thibault. L’équipe Sarkozy-Fillon se targue de la stabilisation du système financier, grâce au soutien apporté aux banques (68 milliards d’euros
prêtés par l’État à 13 établissements, auxquels s’ajoutent 17 milliards pour le renforcement des fonds propres de 6 autres). Pas vraiment de quoi pavoiser, en réalité, puisque, contrairement
aux engagements pris par les banquiers, le crédit ne repart toujours pas (voir nos repères).
Le « plan de relance » lancé au printemps s’est soldé, lui, par le remboursement anticipé par l’État aux entreprises de leur crédit de TVA, ainsi que par le démarrage de 490 des 1 000 chantiers publics annoncés. À ce jour, cependant, seuls 610 millions d’euros, sur un total de 4,1 milliards d’investissements publics programmés, ont été consommés. En matière industrielle, le gouvernement prétend avoir « sauvé » la filière automobile en accordant une enveloppe de 6 milliards d’euros aux constructeurs et grâce à la prime à la casse (voir article ci-contre). Le fonds stratégique d’investissement, prévu pour soutenir des entreprises en difficulté, présente un bilan modeste (535 millions investis, 30 dossiers en cours d’instruction) au regard de la cascade quotidienne de fermetures d’entreprises.
Du côté de l’emploi, le gouvernement constate un faible recours par les entreprises au chômage partiel, en dépit de
l’amélioration de l’indemnisation (24 % du volume d’heures autorisé ont été utilisés). Du coup, face à la montée en puissance des licenciements, Nicolas Sarkozy voudrait voir se développer
le recours au contrat de transition professionnelle (CTP), dispositif réservé aux licenciés économiques (leur garantissant le maintien du salaire pendant un an), et plaide pour un rapprochement
de la convention de reclassement personnalisé, dont le nombre de bénéficiaires progresse sensiblement, avec ce CTP. Mais le chef de l’État se garde de préciser comment cela serait financé et il
feint d’ignorer, comme l’a fait observer hier François Chérèque (CFDT), que le CTP laisse de côté les victimes de « fin de contrat » en CDD ou intérim, lesquelles forment, aujourd’hui
encore, le gros des entrées à Pôle emploi. Le gouvernement assure enfin que ses mesurettes sociales (Prime de solidarité active, Prime exceptionnelle aux familles modestes) ont soutenu
l’activité, sans parvenir à en masquer l’indigence au regard des urgences.
L’emprunt n’enthousiasme pas
À l’image d’un François Chérèque notant que « la crise sociale n’a pas vu son apogée, les problèmes sociaux sont encore devant nous », ou d’un Bernard Thibault (CGT) refusant de
« s’entendre dire que l’on s’approche de la sortie de la crise alors que le chômage et la précarité augmentent », les leaders syndicaux ont dénoncé l’autosatisfaction du chef de
l’État et réclamé de nouvelles réponses à la crise. Ils ont réaffirmé leur opposition à l’extension du travail du dimanche et mis en garde sur le risque de précipiter, et, pire, de décider à
l’avance du contenu d’une nouvelle réforme des retraites. Quant à l’idée d’un emprunt, elle n’a pas suscité d’enthousiasme, Bernard Thibault, par exemple, exprimant « de fortes
réserves » et réclamant au préalable « une évaluation critique de baisses d’impôts des dix dernières années » (60 milliards d’euros pour le seul impôt sur le revenu). En lieu et
place, il lui a proposé, dossier à l’appui, de mettre en place un pôle financier public pour réorienter le crédit au service d’actions d’intérêt général.
Yves Housson
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