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Politique - Article paru le 15 juin 2009 dans l'humanité

 

Les partis sociaux démocrates sont allés très loin dans l’acceptation du libéralisme !

PS . Rémi Lefebvre, professeur en sciences politiques, répond à nos questions sur la signification des résultats électoraux pour les partis sociaux-démocrates européens.


Selon vous, les résultats du 7 juin, confirment-ils une crise de la social-démocratie en Europe ?


Rémi Lefebvre. C’est une défaite sans appel pour les partis sociaux-démocrates. Les partis danois et grecs sont les seuls à résister. Une fenêtre d’opportunité historique s’ouvre à elle avec la crise économique qui ébranle le capitalisme et semble lézarder l’hégémonie idéologique libérale : la social-démocratie essuie pourtant une de ses plus lourdes défaites. Certes, pour la première fois, le Parti socialiste européen (PSE) a joué un rôle de coordination politique. On a même senti une inflexion à gauche du discours. Mais la remise en cause est timide, les sociaux-démocrates sont allés très loin dans l’acceptation du libéralisme. Ils ont contribué à la mise en place d’outils au niveau européen qui empêchent tout retour à des politiques plus volontaristes. Et il faudra du temps pour reconstruire un discours, le porter, retrouver une crédibilité. La crise est multiforme : organisationnelle, avec le déclin des partis de masse qui irriguaient la société, idéologique et programmatique, stratégique, aussi, avec une montée des gauches radicales. C’est enfin une crise sociologique : la social-démocratie n’a pas redéfini sa base électorale, alors même qu’elle est confrontée à une droite qui brouille la sociologie électorale. Partout en Europe, la social-démocratie a perdu ses bases populaires. La bataille des valeurs est aujourd’hui davantage portée par la droite que par la gauche. La défaite des partis sociaux-démocrates aux européennes sanctionne leur incapacité à mobiliser les catégories populaires.


Y a-t-il des spécificités françaises à cette crise ?


Rémi Lefebvre. Les responsables socialistes français ont invoqué cette crise générale de la social-démocratie pour minorer leur échec électoral, qui est pourtant cuisant et qui obéit à des logiques propres au socialisme français. Le PS ne s’est jamais remis du 21 avril 2002, qui n’était à l’évidence pas un « accident » comme certains le prétendaient à l’époque. Il s’est enfoncé dans une situation inextricable, que le congrès de Reims a exacerbée : crise permanente de leadership, incapacité à réguler ses divisions, affaiblissement de l’autorité partisane, démobilisation générale des militants… Plus rien ne sort du PS : ni idées ni dynamique. Les victoires aux élections locales n’ont rien arrangé : les notables se replient sur leurs bastions, gèrent et se désolidarisent du Parti sur le plan national. La nécrose est totale.


Certains vont jusqu’à évoquer la « mort » du Parti socialiste, qu’en est-il selon vous ?


Rémi Lefebvre. C’est le dernier gadget politico-médiatique lancé notamment par Manuel Valls, dont le fonds de commerce est la crise du PS et qui, à lui seul, est le symbole du rapport toxique que les socialistes ont aux médias. La querelle du nom est accessoire. La question aujourd’hui est celle de la mise en oeuvre d’une vraie « rénovation » ou « refondation », peu importe le terme. Mais comment accorder encore un quelconque crédit à ce mot d’ordre ? La « rénovation » est chez les socialistes un rituel maîtrisé aux effets savamment domestiqués qui suit généralement les défaites. Le mot est usé et démonétisé au PS à force d’avoir été instumentalisé et détourné. Les socialistes parviendront-ils à lui redonner sens et crédit ?


L’échec électoral du 7 juin peut-il remettre en cause la capacité du PS à s’imposer dans les élections locales ? Existe-t-il en ce sens un réel danger pour les régionales de 2010 ?


Rémi Lefebvre. La vraie nouveauté de ces élections européennes est que ce sont les premières élections intermédiaires que le PS perd depuis 2002. Jusque-là, il se « refaisait » toujours lors de ces élections. Ce n’est plus mécanique désormais. Il y aura sans doute des effets d’entraînement sur les régionales, qui sont à haut risque pour les socialistes. D’abord, parce les écologistes seront tentés de partir seuls partout au premier tour. Ensuite, parce que les socialistes sont condamnés à perdre, dans la mesure où ils ne garderont pas les 20 régions sur 22 qu’ils dirigent. Enfin, parce que, dans un an, les régionales pour la première fois ne seront pas couplées avec des cantonales, ce qui risque de limiter l’effet « implantation locale » très favorable au PS. Je crains que cette élection ne soit guère propice à la recomposition et à l’union à gauche…


Entretien réalisé par Frédéric Durand

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Tag(s) : #Politique
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