La gauche cherche sa riposte au « discours du trône » du chef de l'Etat

T rès contestée, la possibilité désormais constitutionnelle accordée au chef de l’État de s’exprimer devant le Parlement vient d’illustrer la confusion des pouvoirs qu’elle organise au coeur
des institutions. Pour le premier ministre, qui s’exprimait vendredi, le président de la République devrait évoquer, le 22 juin, devant le Parlement convoqué exprès en congrès à Versailles,
« ce que devrait être notre contrat social, notre contrat républicain, dans le cadre de la sortie de crise qui s’amorce ». Dimanche, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri
Guaino, a fermement démenti cette orientation : « Non, la crise n’est pas finie, nul ne sait jusqu’où elle s’aggravera et quand elle se terminera. » En convoquant pour la
première fois le congrès pour s’y exprimer, Nicolas Sarkozy entend tirer partie des résultats des élections européennes, qui ont placé les listes de la majorité présidentielle en tête, pour les
transformer en blanc-seing pour la poursuite de ses « réformes », au nom de la crise.
Toujours est-il que le cafouillage est total, et interroge sur la charge de conduire la politique de l’exécutif devant le Parlement. Jusqu’à la révision constitutionnelle de juillet 2008, en effet, celle-ci revenait au seul gouvernement qui a la faculté d’engager sa responsabilité devant le Parlement, l’Assemblée nationale disposant en retour le droit de le censurer. Avec la révision taillée sur mesure pour Nicolas Sarkozy, le président peut lui aussi venir prononcer un discours de politique générale devant le Parlement, mais sans aucune contrepartie, puisque ce dernier n’a ni le droit de voter sur sa déclaration, ni même de débattre en sa présence. Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, vient de confirmer cette interdiction, en indiquant que la déclaration présidentielle serait « suivie » d’un débat sans vote, une fois que Nicolas Sarkozy aura quitté l’Hémicycle.
Des élus de tous bords, dont les communistes, s’étaient opposés, lors du débat sur la révision, à ce retour du « discours du trône ». Cette réforme n’a d’ailleurs dû son salut qu’à l’abstention bienveillante de quelques socialistes et le vote positif de Jack Lang, permettant de dépasser d’une voix le seuil requis pour l’entériner. À gauche, les modalités d’action se cherchent pour répondre à la charge présidentielle. Les Verts évoquent l’éventualité d’un boycott qui ne fait pas consensus à gauche, Jean-Luc Mélenchon (PG) préférant la recherche d’une « attitude unique, cohérente, conséquente et durable » de la gauche devant cette situation.
Pour Roland Muzeau (PCF), porte-parole des députés communistes et du Parti de gauche, « Nicolas Sarkozy convoque les parlementaires en congrès pour leur asséner ses décisions. Aucune surprise n’est à attendre de ce rendez-vous qui, de toute évidence, marquera le franchissement d’une nouvelle étape dans l’ultralibéralisme ». Quant au PS, Stéphane le Foll a estimé que cette intervention « confirme (ses) craintes » d’une « concentration des pouvoirs entre les mains du président de la République ».
Sébastien Crépel
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