Jusqu’à présent, les bénéficiaires de l’allocation parent isolé profitaient d’un accompagnement
spécifique à un projet familial. Désormais, avec le RSA, on bascule dans l’injonction à travailler.Photos : Laurent Saccomano
Pas de boulot, pas de
mode de garde, pas
de crédit pour les formations mais une injonction à se remettre au travail. Les bénéficiaires, essentiellement des femmes, de l’allocation parent isolé sont désormais sous
RSA.
« Il y a désormais une épée de Damoclès au-dessus de ces femmes qui n’existait pas jusque-là ».
Anne-Marie Meynard est assistante sociale à la Caf mais elle a aussi la casquette de déléguée Ugict-CGT lui permettant de prendre officiellement la parole dans un milieu où les
témoignages sont souvent anonymes. Elle peut donc dire les craintes des travailleurs sociaux face au passage des bénéficiaires de l’allocation parent isolé (API) dans le giron
du nouveau Revenu de solidarité active (RSA) depuis le 1er juin dernier.
Créée en 1976, cette aide d’une durée de trois ans était destinée aux parents isolés sans revenu. « Il s’agissait d’une allocation généraliste, sans
contrepartie, relevant d’un principe de solidarité dans le droit fil de la sécurité sociale », développe Anne-Marie Meynard. « C’est très différent du RMI mais on va désormais
chapeauter les deux sous une même logique qui est la problématique du travail », confirme Valérie Marque, déléguée CGT en charge de l’action sociale au Conseil général des
Bouches-du-Rhône, « là où nous étions dans un accompagnement spécifique à un projet familial on va se retrouver dans l’injonction à travailler. Et les premières à morfler vont
bien évidemment être les femmes ».
Si les 9 600 bénéficiaires de l’ex-API ne sont pas exclusivement des femmes, elles restent en effet les premières concernées. « Les cas de figure sont très nombreux mais ces
femmes sont souvent issues de l’immigration, la plupart sans qualification professionnelle » expose une travailleuse sociale œuvrant dans les quartiers Nord. « Et si
problématique d’insertion il doit y avoir, elle est d’abord sociale car ces femmes ont souvent eu des trajectoires de vie difficile, des relations conflictuelles avec le père
des enfants, et pour les plus jeunes des questions d’immaturité ».
Outre l’intitulé, le passage API-RSA s’accompagne de modifications dans le
travail qui nourrissent les inquiétudes des travailleurs sociaux. « Tous les décrets ne sont pas sortis et il y a encore beaucoup de zones de flou. Mais il semblerait que le RSA
poursuive le principe de subsidiarité », note Anne-Marie Meynard en introduction. Depuis un an, l’API est en effet soumise à une déclaration de la pension du père ou, à défaut,
d’une requête auprès du tribunal sauf en cas de violences conjugales avérées graves. « Non seulement elles sont dans l’obligation d’aborder la confidentialité de leur relation,
mais c’est elles qui sont sanctionnées en cas de problème », dénonce la syndicaliste qui voit dans le RSA une poursuite du système. « Il semblerait que l’on cherche avant tout à
faire jouer la solidarité familiale y compris auprès des ascendants. Des grands-parents salariés pourraient se retrouver dans l’obligation d’aider le parent isolé et son enfant,
c’est en tout cas ce qui semble ressortir des questionnaires pré-établis ».
Le RSA est surtout un engagement à se mettre au travail. « Nous allons devoir signer un contrat d’orientation réciproque où les personnes vont devoir s’engager » décline ainsi
une autre assistante sociale. « Cela va peut-être permettre de "booster" celles qui ont déjà eu un travail, connaissent ce milieu, mais se reposaient un peu sur leurs lauriers.
Le problème n’est pas là, mais pour toutes les autres, pour celles qui n’ont jamais travaillé, pour ces mères de famille à qui ont a toujours dit que leur place était à la
maison. Cela suppose un changement de mentalité que l’on ne pourra pas réaliser en un claquement de doigt ». « Certes les dérives existaient avant », pointe une
conseillère économique et sociale de Marseille : « Certaines s’installaient dans l’API avant de rebasculer dans le RMI au bout de trois ans. Mais ce n’était pas la majorité. On
pourrait aussi arguer du fait que dans les autres cas de figure, celui d’une femme salariée ou en recherche d’emploi, le répit officiel est de trois mois, après on retravaille
ou on se remet à chercher. Dès lors pourquoi n’accorder ce "privilège" du temps – trois ans – qu’à certaines ? Mais tout remettre à plat fait intervenir beaucoup d’éléments et
je ne suis pas sûre que tout ait été pensé et envisagé ».
Premier obstacle, l’emploi. « C’est une finalité pour tout le monde, d’accord. Mais pas au point de
prendre n’importe quoi, pour n’importe quel salaire et avec n’importe quel temps partiel. Sans compter qu’on est dans une période où les annonces sont plutôt aux licenciements
et que tous les budgets voués aux formations se réduisent comme peau de chagrin », pointe Anne-Marie Meynard avant d’aborder le sujet d’un point de vue plus concret. « Le RSA
démarre à une heure de travail. On va demander à ces femmes d’accepter du ménage pour 8 euros de l’heure à l’autre bout de la ville, sachant qu’aujourd’hui c’est en plus un
secteur où l’on demande des CAP de techniciens de surface et un véhicule personnel qu’elles n’ont pas. De plus, que font-elles des enfants ? »
Reportage
Angélique Schalle
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