Le secteur construction subit un effondrement des prévisions de recrutement de 26 points. Mais
dans le Sud, le secteur TP progresse de 18%. Photo archives RT
Les offres d’emploi à
destination des jeunes diplômés ont chuté de 18% dans le Sud. Les intentions de recrutement en France auraient diminué de 308000 postes. Des poches de résistance existent en Paca
où le déclassement n’est que de 10%.
Courant février 2009, les internautes ont découvert un nouveau genre d’annonces, destiné à trouver
du travail. Un jeune bac+5 de 23 ans, lassé d’une vingtaine d’entretiens d’embauche, de quelque trois cents candidatures et après avoir effectué onze mois dans une banque en
contrat d’apprentissage, se vendait aux enchères sur Internet. Premier prix : 1 euro. Info ou intox ? L’offre avait le visage d’un signal d’alarme.
Dans le même temps l’Apec annonçait un repli de 27% du volume des offres que les entreprises lui confiaient par rapport à l’an dernier. Et l’association pour faciliter
l’insertion professionnelle des jeunes diplômés (Afij) publiait une enquête dans laquelle seulement 38% des jeunes diplômés de 2008 avaient trouvé un travail, contre 60% l’année
précédente.
Ceux qui souffrent le plus sont issus
des milieux populaires
Depuis, les informations pleuvent. Les jeunes diplômés seraient touchés de plein fouet par le chômage et contraints au déclassement dès l’embauche. Concrètement, les
ex-étudiants sont deux fois plus nombreux à rechercher un emploi, trois mois après leur sortie de l’école. Mais ceux qui souffrent le plus sont issus des milieux populaires :
notamment des 700 zones urbaines sensibles (ZUS) de France, où le taux de chômage s’est envolé à 57,2%, pour atteindre 104% chez les Bac+3. Du coup quand les mieux lotis (bac+3
à bac+5) se déclassent pour accéder à l’emploi -dont 50% occupent un poste sans lien avec leur projet professionnel- les autres, victimes des disparités géographiques et d’accès
à l’emploi sur le territoire, sont marginalisés. Mais quel que soit le milieu d’origine, l’écart reste important entre le diplôme et la position occupée dans l’emploi.
Selon l’enquête de l’AFIJ, « 47% des diplômés au chômage vivent grâce à la famille, 17% sont bénéficiaires de l’allocation chômage et 14% sont allocataires du RMI ». Une
situation qui va durer, selon les analystes, d’autant que depuis le début du semestre 2009, les entreprises subissent un manque de visibilité et reportent leurs intentions
d’embauche.
Si l’on en croit, les résultats de l’enquête menée conjointement par le Pôle emploi et le CREDOC sur les besoins en main d’œuvre en 2009 ; seulement 16% des établissements du
secteur privé envisagent de recruter et le total des projets atteindrait 989 000, soit 308 800 de moins qu’en 2008. Le plus bas niveau depuis 2002.
A cette enquête, qui repose sur un large échantillon de 1.554 350 établissements sondés dans les 26 régions françaises (dont 15 857 en Languedoc-Roussillon et 32 093 en Paca),
376 421 ont répondu au questionnaire et apportent de nouveaux éclairages. Ainsi, les profils recherchés dans les 26 régions, seraient en tête, « la vente, le tourisme et les
services » (396 081 projets d’embauche) ; suivi de « l’encadrement » avec 131 736 intentions, concernant par ordre du nombre de projets d’embauche, les ingénieurs et cadres de
l’informatique, cadres technico-commerciaux, cadres d’études et de recherche, cadres administratifs, comptable et finance et professionnels des spectacles ; puis viendraient les
124 065 intentions dans le secteur « social et médico-social ».
Le recul est particulièrement important dans les secteurs de l’industrie
manufacturière et de la construction où le nombre de projets d’embauche chute respectivement de 47,9% et de 46,8%. Parmi les sept métiers qui enregistrent les plus fortes
variations à la hausse en terme de projets de recrutement : les employés de maisons et assistantes maternelles (+3822), les professeurs et directeurs d’établissements
d’enseignement privé salarié (+360). Dans le même ordre d’idée, la part des projets d’embauche augmente dans le secteur saisonnier de 3,6 points pour aboutir à 284 700
intentions d’embauches. Il est à noter, parmi les quinze métiers qui enregistrent les plus fortes variations à la baisse en terme d’intention d’embauche en 2009, que le métier
de maçon qualifié se place en tête avec -19 297 intentions d’embauche, suivi des conducteurs routiers et grands routiers (-15716) et représentants VRP avec
-11388.
Destruction annoncée de 330 000 postes
au premier semestre 2009
Pour l’Apec, « la récession se poursuit » avec la destruction annoncée de 330 000 postes au premier semestre 2009, touchant tous les secteurs, à l’exception des services non
marchands. La recherche de cadres serait motivée en priorité par la nécessité de remplacer les partants, ce qui n’est pas le cas dans le sud de la France. Corroborant les
chiffres Pôle emploi et Credoc, l’Apec, dans sa note de conjoncture du 2eme trimestre 2009, observe que les offres d’emploi cadres ont chuté de plus de 50% dans les secteurs de
l’industrie, la construction, le commerce - transports, l’immobilier et de -35% pour les activités informatiques. Le secteur bancaire et le médico-social, parviennent à tirer
leur épingle du jeu.
L’Apec du Sud-est constate globalement les mêmes faits qu’au plan national, mais on est loin d’un repli à 27% concernant les jeunes diplômés. Dans la région, le volume des
offres traitées par l’Apec atteindrait -18%. Jacques Triponel, responsable à l’APEC Sud-Est estime que « Paca résiste plutôt bien ». En effet, selon le spécialiste, deux
phénomènes permettent de le constater : « Une croissance des offres dans le domaine R&D et l’innovation. Elles traduisent le choix de poursuivre dans la voie de
l’investissement. Cela montre également un tissu en pleine mutation et très dynamique à Marseille et dans le département des Bouches-du-Rhône, grâce par exemple aux Pôles
régionaux d’innovation et de développement économique et solidaire (PRIDES). Par ailleurs, si le bâtiment accuse la récession, nous notons une forte progression du secteur
Travaux Publics qui est passé de 8% d’intentions d’embauches à 18% cette année, dont là encore une partie des offres concerne les jeunes diplômés ». Jacques Triponel, estime
qu’en matière de déclassement, le phénomène n’est ni nouveau ni marquant dans le Sud. « Tous les jeunes diplômés qui ont suivi des formations professionnalisantes intègrent le
marché du travail assez facilement et connaissent les référentiels de salaires, en revanche, l’insertion après cursus universitaire reste en dent de scie : tout dépend aussi de
la capacité des jeunes diplômés à évoluer dans leur environnement professionnel, de leur embauche à un poste quelconque jusqu’à se rapprocher complètement de leur formation
initiale ». Globalement, plus le niveau après le bac est haut, plus l’insertion est rapide et en lien avec son cursus. Mais le déclassement dont on parle n’atteint pas plus de
10%, selon lui. Et les métiers qui ont le vent en poupe restent, comme au niveau national, le service à l’entreprise (conseil en commerce, spécialiste finance, chargé de
clientèle) où la demande est constante.
A condition que les entreprises privilégient l’emploi et non les stages. Hier, sur le site de l’APEC, ils étaient presque deux fois plus nombreux que les CDD et
CDI.
Enquête Nathalie Fredon
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