Le grand absent du 8 Mai, la résistance et la victoire sur le nazisme !
Sainte-Maxime (Var), correspondant régional
« Nous voici réunis en ce 8 Mai pour commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale ! » Le discours du président de la République sur la plage de la Nartelle non loin du cap
Nègre où, le 15 août 1944, débarqua victorieusement la « force Delta » de la 45 division d’infanterie américaine, a commencé par cette bévue. Moins grave cependant que le communiqué
du service de presse de la présidence parlant de la « commémoration de l’armistice du 8 mai 1945 », alors que ce jour-là, à Berlin, l’Allemagne nazie capitulait sans condition, après
l’avoir fait à Reims le 7 mai. Ce qui mettait fin, en Europe, à une guerre qui se poursuivait en Extrême-Orient et notamment en Indochine, alors colonie française.
« Nazisme » : le mot n’apparaît pas dans l’intitulé officiel de cette commémoration. Nicolas Sarkozy, pour ce « 64e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945 », après avoir passé en revue divers détachements d’infanterie et de marine, ne l’a prononcé qu’une fois, sur un mode négatif (« nous ne célébrons pas seulement la victoire sur le nazisme ») en l’assortissant aussitôt d’une étrange phrase à la Guaino : « Le 8 Mai, nous célébrons aussi une victoire sur nous-mêmes. »
De même, le chef de l’État, tout en rendant un hommage appuyé aux « troupes coloniales » françaises ainsi qu’aux « soldats américains tombés à leurs côtés sur ces plages », a décrit en détail les opérations militaires des Alliés, résumant en quelques mots seulement l’action de la Résistance intérieure qui fut pourtant essentielle pour la libération de Marseille ou de Nice. Résistance communiste, socialiste et gaulliste sans laquelle « notre mission aurait été impossible », avait reconnu le général américain Butler.
Ainsi, d’Ouistreham l’an dernier à Sainte-Maxime hier, la signification historique du 8 Mai s’affadit d’année en
année. L’absence du porte-avions Charles-de-Gaulle, navire amiral de la revue du 50 anniversaire du débarquement en Provence, présidé par Jacques Chirac, était comme symbolique de cette perte
de sens historique, à l’heure où la France réintègre le commandement militaire de l’OTAN. La revue navale au large des côtes varoises était d’ailleurs axée non sur la « défense de la
patrie » ou « la haine de la guerre » vantées par le président Sarkozy, mais sur les « missions de projection extérieure » au prétexte de « lutte contre le
terrorisme ». Quant au malheureux Charles-de-Gaulle, resté en rade à Toulon, le chef des armées a annoncé qu’il reprendrait la mer en septembre, « après qu’on lui aura changé quelques
pièces ».
Philippe Jérôme
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