Les surveillants ne désarment pas !

Même les directeurs de prison en ont gros sur la patate ! « Ce qui nous exaspère, ce n’est pas tant l’absence de la ministre de la Justice le jour d’une mobilisation sans précédent
des personnels - ça faisait juste quinze ans qu’on n’avait pas vu d’intersyndicale - que ses gesticulations, explique-t-on à FO direction. Ce qui nous a fait bondir, ce sont ces annonces, jeudi
dernier, après avoir vu les syndicats de personnels ! Le plus stupéfiant étant le moratoire sur les règles pénitentiaires européennes. Ça ne tient pas deux secondes ! » Le
communiqué du principal syndicat des directeurs d’établissement est sans appel : « À la veille de son départ du ministère de la Justice, tant attendu, Mme Dati semble vouloir
conclure son bilan catastrophique concernant l’administration pénitentiaire dans un feu d’artifice de décisions inadaptées, contradictoires, surréalistes et surtout dangereuses pour l’avenir de
notre institution et de ses personnels. » Et de dénoncer le « travail de casse » de Dati.
« Ça gaze de partout »
Ambiance de fin de règne place Vendôme. C’est dans ces moments-là que le pire n’est plus à venir. Parce qu’il est déjà là. Ainsi, quelques heures avant d’entrer en négociation avec les
syndicats des personnels de l’administration pénitentiaire (UFAP, FO, CGT), la garde des Sceaux envoyait, comme la veille, les forces de l’ordre empêcher les surveillants de bloquer transferts
et extractions. « Ça gaze de partout », soupirait hier un syndicaliste. À Fleury, à Fresnes, aux Baumettes, mais aussi à la Santé (entrée dans la danse hier), le face-à-face était
tendu. D’ailleurs, hier, un surveillant à Sequedin (Nord), après avoir été gazé, a été légèrement blessé et hospitalisé. De quoi mettre de l’huile sur le feu. Comme les propos du ministre du
Budget, Éric Woerth, qui a exclu toute rallonge tandis qu’à gauche comme à droite de plus en plus d’hommes politiques apportent leur soutien aux personnels de l’AP. Autant dire que le climat,
hier place Vendôme, était des plus délétères. « Il faut que les copains restent mobilisés, disait Christophe Marquès (FO), à la pause. La pénitentiaire est à l’agonie et on ne va pas la
soigner en deux heures. »
Rien sur la table
Même son de cloche de la part de Céline Verzeletti, de la CGT : « Non seulement, en l’état, on ne signera rien. Et, de toute manière, ce sera aux personnels, en dernier ressort, de se
prononcer sur ce qui est avancé. Malheureusement, pour l’instant, la ministre ne met pas grand-chose sur la table. Certes, les circulaires - sur les rondes spéciales, par exemple - semblent bel
et bien suspendues. Ce qui ne règle d’ailleurs en rien la surveillance dont devront faire l’objet les détenus à risque. Mais si le gouvernement croit que c’est en disant qu’il n’y aura pas de
postes supplémentaires que le mouvement va se calmer, il se trompe lourdement. »
C’est pourtant peu ou prou ce qui se dessinait hier puisque, pendant que sa « patronne » pérorait à l’Assemblée nationale, le porte-parole de la ministre mettait en avant l’affectation dans les petits établissements (60 sur 194) de 177 des 1 264 créations d’emplois prévus pour cette année. Soit à peine trois postes en plus pour les « petites » prisons. Le reste devant être absorbé par… les nouveaux établissements - seule réponse du ministère à la surpopulation carcérale - où, de surcroît, dysfonctionnements et autres malfaçons le disputent, déplorent les syndicats, au manque de moyens. La mobilisation devrait se poursuivre aujourd’hui.
Sébastien Homer
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