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Politique - Article paru le 6 mai 2009 dans l'Humanité

 

Une France ultralibérale se dessine sous nos yeux !



En deux ans de présidence, Nicolas Sarkozy a, de réforme en réforme, mis à mal les valeurs démocratiques et de solidarités.


Elle symbolise, à elle seule, la présidence de Nicolas Sarkozy. En juillet 2007, quelques mois après son élection, le président de la République faisait voter une loi instituant le « bouclier fiscal ». Mis en place prétendument pour éviter la fuite des capitaux et favoriser les investissements et l’emploi, on voit ce qu’il en est aujourd’hui, celui-ci a seulement permis à 10 % des familles les plus riches d’empocher 83 % des sommes manquant ainsi au budget de l’État. Dès août 2007, c’est le vote de la loi sur l’autonomie des universités qui instaure la concurrence entre les établissements. Sa mise en oeuvre entraîne aujourd’hui la lutte des étudiants, des enseignants chercheurs. À l’automne, c’est la fin des régimes spéciaux de retraite et le passage de tous aux quarante ans, le détricotage des 35 heures. C’est, au nom du « travailler plus pour gagner plus », dont chacun peut mesurer l’inefficacité sur son bulletin de paye, la généralisation des heures supplémentaires défiscalisées en lieu et place des augmentations de salaire et des coups de pouce au SMIC.

C’est aussi le lancement de la révision générale des politiques publiques (RGPP) avec pour objectif le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Cela se traduit, par exemple, par la suppression prévue de dizaines de milliers d’enseignants dans l’Éducation nationale à la rentrée 2009-2010 mais aussi, la réforme de la carte judiciaire avec la disparition, entre autres, de 178 tribunaux d’instance de proximité, de 36 conseils de prud’hommes. Plus généralement, les services publics et les entreprises publiques, à l’image des projets de privation partielle de La Poste, sont dans le collimateur. Cette même année, ce sont les lois sur l’immigration, la mise en place des tests ADN sur le regroupement familial, l’instauration de quota annuel d’expulsion de clandestins.

L’année 2008 n’est pas en reste. Outre la ratification par le seul Parlement du traité de Lisbonne, copie conforme du très libéral traité constitutionnel pourtant rejeté majoritairement par les Français, le président de la République fait modifier la Constitution en juillet 2008 au prétexte de moderniser les relations entre l’exécutif et le législatif et de développer le rôle du Parlement. Dans les faits, comme le montrent les premiers pas de cette réforme à l’Assemblée nationale, le droit d’expression des élus est corseté, en particulier sur leur droit de défendre leurs amendements. Dans le domaine social c’est la loi dite « démocratie sociale et temps de travail » qui ouvre la voie au prolongement légal de la durée hebdomadaire de travail jusqu’à 48 heures, c’est le regroupement dans un Pôle emploi de l’ANPE et des Assédic qui se traduit, depuis janvier 2009, par l’impossibilité, au risque d’être radié, pour un chômeur de refuser plus de deux propositions, c’est l’institution du revenu de solidarité active (RSA) qui sera mis en place en juin 2009 et qui risque fort de tirer les rémunérations de tout le salariat vers le bas.

En 2009, la loi sur l’audiovisuel permet à Nicolas Sarkozy de nommer et de révoquer le président des chaînes publiques soulevant, parmi ceux qui sont attachés à l’indépendance de l’information, un véritable tollé. C’est aussi la loi Boutin, sur le logement, qui marque un véritable recul sur le logement social risquant même, dans ses dispositions particulières, de favoriser la création de ghettos. C’est la loi Bachelot sur l’hôpital qui mobilise contre elle, pour la première fois, infirmières et professeurs, accusant la ministre d’introduire « des critères de rentabilités » au détriment de la santé publique. Cette année, c’est aussi le retour de la France dans l’OTAN, marquant une rupture dans le positionnement original et bénéfique que tenait notre pays dans le concert des nations, mais aussi dans quelques mois la fin programmée de la taxe professionnelle fragilisant les possibilités d’interventions des collectivités territoriales. Ces mêmes collectivités qui sont sous la menace, dans leurs formes et prérogatives actuelles, des propositions du comité Balladur, commanditées par Nicolas Sarkozy.

Un inventaire, certes largement incomplet, mais qui donne à voir du volontarisme présidentiel pour avancer coûte que coûte dans sa politique ultralibérale, au moins tant que les conditions politiques et sociales le lui permettront.

Max Staat

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Tag(s) : #Politique
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