Le manuel technique des
tortures de la CIA dévoilé !
En rupture avec les traditions d’opacité qui prévalent d’administration en administration autour des opérations de la CIA, Barack Obama a décidé de rendre publique une version des mémos secrets
de l’Agence, décrivant par le menu les méthodes de tortures qu’elle a utilisées ces dernières années en violation des droits de l’homme, sous couvert d’actions antiterroristes. Cependant au
même moment, et cette fois dans la continuité d’une tradition « couvrant » systématiquement les agents de l’État et leurs prédécesseurs, le nouveau président a assuré qu’il n’y aurait
aucune poursuite contre les auteurs de ces tortures. Barack Obama confirme ainsi une stratégie mariant subtilement le chaud et le froid : ne lésinant pas sur les efforts de séduction
vis-à-vis du reste de la planète pour tenter de restaurer vaille que vaille « l’autorité morale » des États-Unis, il se montre en même temps intraitable sur la préservation des
privilèges de l’hyperpuissance, dont ce maintien de la garantie d’impunité pour ses agents.
Côté chaud : l’éventail des méthodes d’interrogatoire utilisées durant l’ère Bush pour interroger des présumés terroristes est révélé par la publication de quatre mémos secrets. Les techniques d’interrogatoire sont détaillées et rédigées dans l’esprit d’un véritable mode d’emploi graduant les différents types d’intervention avec une précision quasi scientifique.
Cela va, selon une sinistre hiérarchie de la torture, de la frappe au visage « avec les doigts légèrement écartés », recommande le texte pour « provoquer la surprise et/ou l’humiliation » à la simulation de noyade (waterboarding). Là, le document conseille d’attacher « l’individu à un banc incliné », en plaçant un linge « sur son front et ses yeux » avant de verser de l’eau sur le linge et de le tirer vers le nez et la bouche pour faire suffoquer la personne, comme elle le ferait en sombrant sous les eaux.
Cela passe par la « privation de sommeil » qui aurait été utilisée, selon l’un des « mémos »,
jusqu’à quatre-vingt-seize heures d’affilée, sachant que cent quatre-vingts heures constituent « la durée maximale autorisée » par la sinistre notice. Des insectes peuvent être
appelés à la rescousse, la menace étant brandie sur le sujet interrogé de les lâcher et de le livrer à leur venin. Sans surprise après les révélations faites sur les tortures pratiquées dans la
prison d’Abou Ghraib en Irak en 2004, on découvre également que le recours à la nudité est recommandé pour « provoquer un inconfort psychologique », et aussi parce que « cela
permet à l’enquêteur de récompenser immédiatement le détenu en lui rendant ses vêtements en cas de coopération ».
Un catalogue d’exactions
Côté froid : en même temps qu’est publié ce catalogue d’exactions de la CIA, on apprend que l’administration va assurer à tous ceux qui les ont pratiquées et fait pratiquer qu’ils ne
seront pas inquiétés. « Ceux, souligne Obama, qui ont fait leur devoir en se basant avec bonne foi sur les conseils légaux du département de la Justice ne seront pas poursuivis », et
d’ajouter même : « Nous devons protéger leur identité de façon aussi vigilante qu’ils protègent notre sécurité. »
Il est vrai que de véritables poursuites devraient d’abord s’adresser aux donneurs d’ordre politiques. Mais il
paraît sans doute bien difficile à l’actuel locataire de la Maison-Blanche de s’en prendre à son prédécesseur, compte tenu aussi que son ministre de la Défense, Robert Gates, était déjà en
poste sous George W. Bush et qu’il fut lui-même… patron de la CIA.
Bruno Odent
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