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En France chaque jour 3000 emplois sont supprimés !

Le directeur général du Pôle emploi avouait début février que
:75000 dossiers de demandeurs d'emploi étaient en souffrance.

 

On nous a promis monts et merveilles au G20 de Londres, une sortie de crise imminente ...

Il faudra la chercher longtemps en 2009 :

les entreprises comptent recruter 24 % de personnes en moins cette année et le nombre d'offres collectées par le Pôle emploi (ex-ANPE) a diminué de 30% en un an. Pendant ce temps 90 000 chômeurs sont arrivés au Pôle emploi en janvier, 80 000 en février, et les prévisions sont sombres pour le reste de l'année 2009.

Qui sont ces nouveaux chômeurs? Quels sont les secteurs les plus touchés? Le chômage va-t-il anesthésier les luttes? Enquête et analyse.

 

LE MENSONGE DE LA REPRISE

Chaque jour, 3000 chômeurs de plus!

 

Tous sortent tête baissée du Pôle emploi Saint-Louis, dans le 1er arrondissement parisien. Aujourd'hui encore, le boulot n'était pas au rendez-vous. Sidi Mohamed Mouhssine est inscrit depuis janvier: « Avant, j'étais dans la communication, je ne suis pas un manuel. Mais, depuis plusieurs mois, je prends ce que je trouve : bagagiste à Roissy, livreur, magasinier. .. et je vis dans ma voiture. À 48 ans, je commence à me dire que ça va être très compliqué de retrouver quelque chose. J'envoie une cinquantaine de candidatures par mois depuis janvier, sans résultat. Avec la crise, on voit tant de monde dans les agences, et tellement de tensions ! C'est dur moralement. Mon conseiller essaie de m'aider, mais il n'a pas grand chose à me proposer. .. »

De fait, les offres d'emploi collectées par le Pôle emploi au niveau national ont diminué, en février 2009, de 29,3 % par rapport à l'année précédente. Et pendant ce temps, le chômage explose:

90 000 chômeurs de plus en janvier, 80 000 en février. Parmi eux, beaucoup de moins de 25 ans : le nombre de jeunes hommes inscrits au chômage a augmenté de 32,5 % en 1 an. Kevin, 18 ans, qui cherche un poste de tourneur ou de fraiseur, en fait partie: « J'ai suivi des études de productique en croyant qu'il y aurait des débouchés. Mais depuis 3 mois que je cherche, y a rien. Et c'est pareil pour pas mal de ceux qui étaient en classe avec moi. »Faute d'emploi, il cherche donc désormais un stage. « Cela fait 19 ans que je travaille et c'est la première fois que j'ai autant de mal à trouver du travail, soupire pour sa part Vasantharajah Kandiah. Chaque matin, j'appelle les boîtes de nettoyage, les agences d'intérim, je passe dans des restaurants ... Partout, on me dit que c'est complet. Et quand je trouve un poste, faut voir à quelles conditions! L'autre jour, j'ai fait un essai dans un restaurant italien, de 10 heures à 23 heures. À la fin de la journée, le patron m'a filé un billet de 20 euros. »

Issus de tous les secteurs, les « chômeurs de la crise» viennent gonfler les rangs du Pôle emploi. Sophie, la trentenaire, qui travaille dans la communication institutionnelle. Romain, le barman, qui vient d'apprendre son licenciement: « Dernier arrivé, premier viré! » Quant à N'Diaye, 26 ans, il a quitté Marseille où il travaillait dans le BTP pour trouver du boulot à Paris: « L'entreprise où j'étais m'a licencié parce que les chantiers prévus étaient bloqués. Mais à Paris, c'est pas bien mieux: en intérim, on m'appelle pour faire une seule journée! »

« On voit arriver des catégories de personnes qu'on ne voyait pas ou peu auparavant: des intérimaires du BTP ou de la restauration, des cadres du secteur bancaire, constate la conseillère d'un Pôle emploi parisien qui préfère conserver l'anonymat (1). Surtout, on voit des gens beaucoup plus perturbés psychologiquement par leur licenciement, très inquiets de ne pas retrouver un emploi. J'en vois désormais beaucoup se mettre à pleurer devant moi. Et nous, on est submergés, on n'a plus de temps pour les écouter. " Rien ne va plus au Pôle emploi.

Ou Pôle Lanta, Ras-le-Pôle, Pôle en bois ... À défaut d'offres d'emploi, ce ne sont pas les petits

noms qui manquent à cette entité née de la fusion, le 5 janvier dernier, de l'ANPE et des ASSEDIC. ' la raison ? Ses dysfonctionnements qui font de plus en plus figure de double peine pour les chômeurs. Beaucoup font état de retards d'indemnisation parfois très importants, et de situations

ubuesques. Le tout compliqué par le fait que les gens ne sont plus reçus en agence pour les questions d'indemnisation s'ils n'ont pas rendez-vous. Tout passe donc par le 39 49, la plate-forme téléphonique du Pôle, qui a elle seule concentre tant de griefs qu'on pourrait en remplir un bottin.

« Et quand on obtient enfin un rendez-vous, ce n'est pas encore gagné, précise la conseillère indemnisation. Dans mon agence par exemple, on pratique le surbooking : on convoque 5 personnes à une heure donnée alors qu'il n'y a que trois conseillers pour les recevoir. .. en espérant que certaines ne puissent pas venir. Du coup, les demandeurs d'emploi sont exaspérés, nous insultent. L'autre jour, une collègue qui revenait de congé maternité a même reçu deux baffes. » Surchargés de dossiers, confrontés à la colère de demandeurs d'emploi qui eux-mêmes craignent de plus en plus pour leur avenir, les agents du Pôle emploi vivent des conditions de travail très pénibles. Alors que Christine Lagarde s'était engagée à ce qu'aucun conseiller n'ait plus de 60 dossiers à gérer, «j'en vois dans ma région qui en ont 200, voire 400, dénonce Franck Lelong. de la CGT Pôle emploi en Picardie. Du coup, il y a beaucoup d'agents sous tranquillisants, des dépressions... Et le suicide début mars d'un agent à Saint-Quentin, dans l'Aisne, était lié à ses conditions de travail lamentables. »

Partout, les agents du Pôle sont au bord de la crise de nerf. Christian Charpy, le directeur général du Pôle emploi, avouait début février que 75000 dossiers de demandeurs d'emploi étaient en souffrance. Et déjà en juin 2008, avant même le début de la crise, le sénateur UMP Serge Dassault (qui n'a rien du fervent défenseur du service public) reconnaissait dans un rapport sénatorial « la nécessité d'embaucher des personnels supplémentaires. (...) Il faudrait doter le nouvel organisme de 60 000 employés au contact avec le public alors que la fusion de l'ANPE et de ASSEDIC ne réunit actuellement que 42000 emplois à temps plein ... » Et que moins des deux tiers d'entre eux sont affectés à l'accueil des chômeurs, Autant dire que le recrutement de 1840 agents supplémentaires annoncé le 31 mars par Nicolas Sarkozy tient de la provocation: c'est plus de 20 000 embauches qu'il faudrait. De quoi contribuer à relancer l' emploi.

 

FRED GARGAUD

(1) Les agents du Pôle emploi ont reçu pour instructions de ne pas parler aux journalistes sous peine de sanctions a-t-on appris de sources syndicales.

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Tag(s) : #Economie
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