
Attachées sur les marches du Palais de Justice à Nice et à l’appel de plusieurs associations, de nombreuses personnes sont venues mercredi dernier protester contre la politique d’immigration menée par le gouvernement.
C’était un moment plein d’émotion. Une de ces actions militantes qui redonnent le souffle et qui montrent que la solidarité citoyenne est au-delà des lois et des volontés politiques. Ils étaient donc très nombreux venus se constituer « prisonniers volontaires ». Ce qui les fait bondir ? L’amalgame entre « passeurs » et « aidants ».
Ces derniers mois le gouvernement amplifie les pressions sur les citoyens et membres des associations qui aideraient les personnes en situation irrégulière, se basant sur l’article L. 622-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA). En effet, il prévoit cinq ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende pour « toute personne qui aura, par aide, directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France ».
Les dernières informations ministérielles font état de 28 000 sans papiers à renvoyer chez eux et de 5.500 nationaux qui se seraient rendus complices de leur séjour irrégulier en France. Coté association on est persuadé que ces 5.500 personnes ne peuvent pas être uniquement des passeurs et autres délinquants. « Les citoyens qui, par pure solidarité, viennent au secours des gens démunis sont visés et on veut nous faire peur », explique Anne Julie marraine d’une famille d’origine tchétchène.
Des invités surprise
« Si la solidarité devient un délit nous demandons à être poursuivis pour ce délit », pouvait-on lire sur la grande banderole qui traversait d’un coté à l’autre les marches du Palais. La visite soudaine d’une poignée de contremanifestants a fait monter l’adrénaline des CRS qui se sont pressés de s’interposer. Ils criaient « Clandestins délinquants, RESF complice », de l’autre coté la réponse ne s’est pas faite attendre « Nous sommes tous des enfants des immigrés, première, deuxième, troisième génération ». On reconnaissait, parmi les contremanifestants, certains identitaires, munis de pancartes qui affichaient : « RESF nouveaux négriers » et d’autres insultes.
« Ca existe de fascistes sur la Côte d’Azur ? », demandait une touriste qui avait rejoint la manifestation. « Oui, ma fille, ils ont oublié de grandir », lui a répondu une dame qui regardait la scène, perplexe. « C’est un devoir pour tous les citoyens et pour tous les républicains de considérer que cette loi n’a pas à être appliquée et qu’elle ne nous concerne pas », a souligné devant la foule Joseph Ciccolini, avocat au barreau de Nice. « Bien sûr que nous avons hébergé des étrangers en situation irrégulière et en tant que citoyen c’est un devoir », a-t-il ajouté. De son coté Jacques Chevalier, président d’Emmaüs Côte d’Azur a profité de l’occasion pour rappeler leur détermination de continuer à porter assistance à toutes les personnes quelle que soit leur origine et la couleur de leur peaux.
Parmi les personnes présentes, des élus, des artistes, des militants ordinaires mais surtout, beaucoup de citoyens qu’ont aidé de sans papiers. « J’ai toujours agi en connaissance de cause. J’aide une famille en payant l’inscription au football du petit dernier et en payant le médecin, les fournitures scolaires, etc. », témoigne Aline G.
Des aides presque inaccessibles
Certains étrangers vivent des situations extrêmement dramatiques. Selon l’expérience du cancérologue Régis Kaphan, beaucoup de ses immigrés viennent non pas pour profiter du système mais pour sauver leurs vies. Il y a peu de temps un de ses patients en face terminale a fait la demande d’un visa pour que sa mère puisse venir en France. « Le visa lui a été refusé et cette personne est décédée toute seule à l’hôpital », raconte-t-il en ajoutant « Cela fait partie des choses inacceptables ».
D’après le constat de Régis Kaphan aujourd’hui sur 100 étrangers qui pourraient bénéficier d’une aide médicale de l’Etat, seulement 10 en bénéficient vraiment. Car les conditions d’obtention sont très difficiles. Entre autres, il faut prouver plus de trois mois de vie sur le territoire français et présenter un justificatif de domicile. « Ces personnes ont même peur de solliciter l’aide d’une assistante sociale donc parfois ils ne se manifestent même pas ».
Certes les lois se durcissent et menacent fortement les « aidants ». Malgré cela, ils sont de plus en plus nombreux à franchir la barrière. Comme le docteur Régis Kaphan qui souligne : « Nous n’avons pas le droit de céder à la peur ».
Lidice MOZES-BUSOT
Romain, 20 ans. Etudiant à la Faculté de Sciences de Valrose. « C’est ma grand-mère qui m’a averti du rassemblement. Je ne suis pas arrivé à temps pour monter sur les marches mais je me sens très concerné, dans la mesure où si j’étais dans la merde j’aimerais bien que l’on m’aide. Il est tout à fait normal que l’on se montre solidaire envers ces personnes. C’est plus de la moralité que de la politique. Par contre, c’est dommage qu’il n’y ait pas plus de jeunes que ça. »
Lucile et Julia, étudiantes à la faculté de Lettres. « On devrait avoir le droit de vivre où on veut. Il vaut mieux accueillir ces étrangers que de les refouler. Ces personnes ont beaucoup à nous apprendre et s’ils viennent c’est parce qu’ils ont de la famille ici qui est venue depuis des années quand nous avions besoin d’eux. On les a bien exploités donc aujourd’hui il est normal qu’on leur laisse en contrepartie venir vivre ici s’ils le souhaitent. »
Coline, étudiante à la Faculté de Lettres. « Ca me dégoute de voir le comportement de ce groupe de
contremanifestants qui agitent un drapeau occitan. Ils n’ont rien compris. Le drapeau occitan n’a rien à avoir avec leur attitude fasciste. Et puis, pourquoi faire l’amalgame avec les immigrés.
Je n’étais pas inscrite pour monter sur les marches mais j’aurais bien voulu en témoigner de notre solidarité. C’est normal. »
http://www.le-patriote.info/spip.php?article2763
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