Enquête
« L’enseignement des lettres, c’est de l’éducation
à la citoyenneté ! »
Entretien.
Votre projet pédagogique visait à mettre en rapport des poètes classiques avec des textes de hip-hop. Quelle était votre
intention ?
Michel Gautier. Ma démarche consiste à prendre pour point de départ une culture proche des élèves pour les amener à des textes plus difficiles et dont ils pensent, a priori, qu’ils les concernent moins. J’essaie aussi de leur faire comprendre que cette culture qui leur semble proche n’est intéressante et fructueuse qu’à condition de la creuser et de ne pas se contenter du vernis médiatique ou de quelques pseudo-artistes de surface. Le but est de les amener à approfondir systématiquement toute démarche artistique, esthétique et culturelle, scolaire ou extrascolaire. En somme, susciter leur curiosité culturelle.
Ce projet les a-t-il surpris ?
Michel Gautier. Oui certainement… L’univers du hip-hop se réduit pour eux à quelques représentations caricaturales. Ils se demandaient où ce projet allait les mener. Articuler le travail des lettres avec un concert ne va pas de soi, d’autant que la matière est surtout envisagée dans la perspective du bac. Mais, à chaque fois que j’ai organisé ce genre de rencontres, la force du concert, la présence et l’implication de l’artiste soulèvent l’enthousiasme des élèves. Avec Hamé et Casey, ils ont tous été stupéfiés. Ils ont bougé leur ligne et ont pris conscience de l’existence de ces musiques. Ils élargissent leurs horizons. Ils se sont aperçus que la réussite du spectacle dépend de l’implication du public. Mon objectif consiste à semer quelques graines qui germeront dans plusieurs années. L’enseignement des lettres, c’est de l’éducation à la citoyenneté, à la démocratie, à l’ouverture aux autres.
Comment avez-vous préparé les élèves à la rencontre avec les deux chanteurs ?
Michel Gautier. Ils ont démarré sur un essai d’écriture poétique à partir de l’écoute de quelques titres des différents artistes. Ils ont essayé de mettre en mots une première émotion, accumuler de la matière sans contrainte formelle. Ils ont ensuite étoffé cela à partir d’exercices ludiques autour de figures de style, de jeux sonores et de jeux d’images. Un peu plus tard dans la séquence, les élèves ont composé leurs propres textes à vocation poétique.
Vous leur avez fait découvrir Césaire, Senghor, Kateb Yacine aux côtés des textes de l’album l’Angle mort, qui y font référence. Comment ont-ils perçu cette filiation ?
Michel Gautier. Dans les Mains noires, texte qui ouvre l’Angle mort, Hamé fait explicitement référence à Aimé Césaire et à d’autres écrivains de langue française d’origine arabe ou antillaise. La filiation se fait par ces références directes. La séquence poésie n’est pas uniquement centrée sur une littérature francophone d’origine étrangère mais aussi sur l’universalité. L’idée était de montrer comment la poésie peut donner une image de l’être humain sans en donner une vision communautariste et restrictive. Comment la langue poétique pouvait apporter à l’argumentation davantage de force qu’un texte narratif ou descriptif. C’est un petit vent de liberté, une respiration qui leur a permis d’aborder autrement le programme.
Entretien réalisé par Ixchel Delaporte
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