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Politique - Article paru le 11 avril 2009 dans l'Humanité

 

Guadeloupe : « L’État prend le risque d’allumer des feux !»



Guadeloupe . L’extension de l’accord Bino à environ 40 000 salariés était attendue, mais en écartant l’article 5 et le préambule, le gouvernement réduit cet accord à une prime sur trois ans.


Le déni d’écoute des travailleurs guadeloupéens que l’on pressentait déjà est aujourd’hui réalité. Le gouvernement a étendu à toutes les entreprises l’accord du 26 février relatif à l’augmentation de 200 euros sur les bas salaires. Mais avec des exceptions : l’article 5, qui mettait à la charge des employeurs l’augmentation au terme du délai des aides de l’État (trente-six mois) et des collectivités locales (douze mois) et prévoyait « une augmentation générale des salaires au terme des trois ans de l’accord », n’a pas été étendu. Ni d’ailleurs le préambule de l’accord, qui déclarait que « la situation économique et sociale actuelle résulte de la pérennisation du modèle de l’économie de plantation ». Paru au Journal officiel, l’arrêté d’extension a rejeté le préambule sous le motif qu’il est dépourvu « de tout lien avec l’objet d’un accord collectif au sens du Code de travail ». Déjà violemment contesté par le MEDEF, sous prétexte qu’il sonnait comme « une assi

milation des patrons aux descendants des colons esclavagistes ».


Une Guadeloupe
à deux vitesses


Une décision qui a très vite fait réagir le leader du LKP sur le site du collectif. Pour Élie Domota, « l’État entend maintenir et renforcer l’injustice sociale en créant une Guadeloupe à deux vitesses : celle des travailleurs percevant l’augmentation au-delà de trois années. Et une Guadeloupe où des travailleurs, voisins des premiers, verraient leurs salaires diminuer de 200 euros au terme des trois ans. C’est inacceptable ! ». Pour sa part, l’ancien secrétaire du Parti communiste guadeloupéen (PCG), Christian Celeste, observe que « le pouvoir a cédé à la pression du MEDEF qui ne voulait pas cette extension de l’accord ». Parce qu’une fois n’est pas coutume, le gouvernement, qui n’était pas d’accord avec cette démarche, agit avec une sorte de duplicité. Car l’accord Bino du 26 février a été signé en présence du préfet de Guadeloupe, Nicolas Desforges, et de quatre directeurs du travail dont deux missionnés par le premier ministre. En écartant de l’extension l’article 5 et le préambule de l’accord, le gouvernement montre son refus d’accepter sa défaite.

Après avoir, au début du mouvement, tout fait pour ne pas apporter de solution, l’État a préféré manigancer pour entraîner le mouvement dans une impasse. Une position que Christian Céleste interprète comme « une position de classe, de soutien au système de l’économie de plantation, au système colonial en Guadeloupe ». Selon l’ancien secrétaire général, tout cela « dénote la collusion jamais démentie entre le gouvernement français et les capitalistes. Et les békés en premier lieu ».


Les Etats Généraux boudés


Pour le LKP, comme pour tous les Guadeloupéens qui ont fait la grève, cette décision pose un très gros problème. « Il prend, délibérément, le risque d’allumer à nouveau des incendies », estime Christian Céleste. En agissant ainsi, le gouvernement renforce la résistance du MEDEF et des békés locaux. Les patrons, qui font de la résistance, vont se sentir requinqués. Réconfortés dans leur position et ainsi durcir leur position dans les entreprises. « Et ils ne vont pas attendre trois ans puisqu’ils ont le soutien et les encouragements de l’État. »

Par ailleurs, après le refus du LKP de participer aux états généraux de l’outre-mer, le Collectif du 5 février contre la vie chère et pour l’emploi (Martinique) vient de refuser à son tour de participer à ces états généraux qui doivent débuter le 18 avril. Selon Philippe Pierre-Charles, l’un des porte-parole du collectif, le mandat est de poursuivre les négociations qui ne sont pas terminées. « C’est ça qui nous préoccupe et nous n’allons pas nous laisser distraire par une opération dont le résultat sera simplement que le gouvernement, après avoir mené sa consultation, va décider tout seul de ce qu’il a peut-être déjà décidé », a-t-il dit.


Fernand Nouvet

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Tag(s) : #Politique
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