Le MEDEF déboule dans les élections européennes !

Campagne . Défendant une analyse à contre-courant de la victoire du « non » au référendum de 2005, le patronat joue la même petite musique néolibérale.
Dans la perspective des élections européennes, le MEDEF veut participer aux débats. Hier matin, à l’occasion de la
présentation à la presse de son petit opuscule d’intervention, le Réveil de l’Europe ! aux Éditions d’Organisation, Jérôme Bédier, président de la commission Europe de l’organisation
patronale, s’inquiète de la tournure de la « précampagne ». « On a toutes les raisons d’être préoccupés, avoue-t-il. On a le sentiment qu’il n’y a pas de projet pour
l’Europe.
C’est d’ailleurs pour cela, à nos yeux, que la Constitution européenne a été rejetée. On ne peut pas demander aux Européens et aux Français de voter pour de simples statuts. À l’époque, afin de
donner un sens à la Constitution, on avait rajouté la partie III au texte pour faire croire que c’était le projet, alors que ça n’était qu’un ramassis des politiques déjà mises en oeuvre.
C’était illisible et ça a été sanctionné. » Dans son livre, le dirigeant du MEDEF va même plus loin en admettant au sujet du référendum de 2005 : « Contrairement à ce qu’ont dit
et répété les commentateurs, les Français ne se sont pas trompés de débat, et l’omniprésence des thèmes de la mondialisation parmi les pourfendeurs du traité ne se réduit pas à l’éruption
d’angoisses irrationnelles. »
Partant de cette analyse, le MEDEF propose donc de tout changer… Mais seulement pour ne rien changer, bien sûr. Car, derrière la rhétorique du « projet » absent en Europe, le patronat
français encourage à des « grandes actions ambitieuses, un peu utopistes », comme la mise en place d’une « gouvernance économique européenne » ou la création d’une
« Communauté européenne de l’énergie ». En revanche, dans ses propos comme dans son livre, Jérôme Bédier se garde bien de dire spontanément quoi que ce soit sur la dimension sociale,
pourtant au coeur de la crise de l’Union européenne. « La question du libéralisme, c’est le type même de faux débat, parce que la France est dans l’économie de marché et qu’on ne risque
pas d’en sortir, évacue-t-il avec la morgue habituelle des néolibéraux. Pour nous, le social pourra avancer en Europe grâce à la libre circulation des personnes. C’est avec ça qu’on ira vers
l’harmonisation, vers un rapprochement social. Nous ne pensons pas que l’Europe doive s’occuper de tout et dépouiller les nations de leurs compétences en la
matière. »
Thomas Lemahieu
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