Rationnement budgétaire dans les maisons de retraite !

Personnes âgées . Au moment où le gouvernement baisse les crédits pour de nombreux établissements, la Fédération hospitalière lance une opération transparence.
« Nous voulons faire la transparence sur la qualité de la prise en charge des personnes âgées dans nos établissements », expliquait hier, devant la presse, le président de la
Fédération hospitalière de France, Claude Évin, en présentant l’opération lancée par l’institution. D’ici au mois de novembre, les responsables des établissements d’hébergement et de soins de
personnes dépendantes, gérés par la FHF (soit la majorité de l’offre en ce domaine), vont être invités à renseigner une grille d’indicateurs permettant d’établir le service pouvant être rendu
chez eux. Ces renseignements seront offerts au public, sur le site hôpital.fr. Établis en collaboration avec le Syndicat national de gérontologie clinique, les indicateurs portent sur
l’ensemble des conditions de fonctionnement de la maison de retraite, inclus les taux d’encadrement des résidants en personnels. Au final, « les responsables pourront dire aux
familles : voilà, selon le taux d’encadrement, la qualité de service que nous pouvons rendre ».
De plus en plus de besoins médicaux
Cette opération survient à la suite de la médiatisation d’affaires de maltraitance et dans le contexte d’une pénurie persistante de crédits pour les maisons de retraite. Pour améliorer la prise
en charge des personnes âgées, les pouvoirs publics multiplient les « recommandations de bonnes pratiques » à l’intention des professionnels, mais ces consignes sont
« décontextualisées », pointe la FHF. Les établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes (EHPAD) reçoivent des résidants à un âge de plus en plus avancé, où ils ont de
plus en plus besoin de soins médicaux. Or, on compte aujourd’hui, à peine 0,6 agent, tous personnels confondus, par résidant. Les pouvoirs publics eux-mêmes, dans le sillage de la catastrophe
de la canicule d’août 2003, avaient reconnu qu’avec un tel ratio, les EHPAD ne pouvaient offrir un accueil de qualité, et le plan solidarité grand âge, adopté en 2006, avait retenu l’objectif
d’une augmentation du ratio à un professionnel pour un résidant.
Un soignant pour un résidant, oublié
Le taux d’encadrement en personnels soignants (infirmiers, aides-soignants, aides médico-psychologiques) est encore plus faible : entre 0,25 et 0,30 par résidant. Avec un tel ratio, il
n’est tout simplement pas possible de suivre les recommandations officielles, dont le bien-fondé n’est pas contesté, a montré, hier, le docteur Anne-Marie Lussier, vice-présidente du Syndicat
national de la gérontologie clinique. Impossible de laisser un temps suffisant pour le repas, de donner des bains aussi fréquemment qu’il le faudrait, d’accompagner régulièrement la personne
aux toilettes… Au travers de ces tâches concrètes, quotidiennes, se jouent « l’autonomie, la citoyenneté des personnes âgées », rappelle Anne-Marie Lussier, relayant le ras-le-bol des
soignants qui « en ont assez d’être stigmatisés », de devoir « écoper en permanence pour que le bateau ne coule pas ».
En dépit de cet état des lieux, le gouvernement vient de réduire les moyens alloués en personnels soignants. Une circulaire budgétaire en date du 13 février prévoit en effet de bloquer, d’abord, puis de réduire progressivement jusqu’en 2016, la dotation de tous les EHPAD dépassant aujourd’hui un certain « plafond ». Près de 500 établissements, en majorité du secteur public, hébergeant 44 000 personnes, devraient ainsi voir leurs moyens diminuer. Huit millions d’euros d’économies sont attendues dès cette année. Valérie Letard, secrétaire d’État à la Solidarité, tente de justifier ce mauvais coup en arguant que ces « efforts » permettront de mieux doter les maisons de retraite les moins bien loties. Sans parvenir à faire oublier que le gouvernement a ainsi renoncé à son objectif d’augmenter, jusqu’à un soignant pour un résidant, le niveau de médicalisation des EHPAD. « D’accord, il y a la crise, mais est-ce sur les personnes âgées qu’il faut faire des économies ? » interrogeait hier une responsable de la FHF, en déplorant le « message très négatif » envoyé aux équipes soignantes, souvent déjà en état de « souffrance ».
Yves Housson
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