mercredi 25 mars 2009 / "le Patriote"
Le « G20 » est cette réunion internationale qui réunit les principaux pays capitalistes, dont les USA,
l’Union Européenne et onze pays dit « émergents » dont le Brésil, la Chine et l’Inde. « Nouvelle régulation », « refondation du capitalisme », « remise à plat
du système financier et monétaire mondial », les expressions se multiplient pour qualifier les travaux de ce G20. Une question n’est toutefois jamais posée : la crise du capitalisme
demande t-elle de sauver le système ou bien de changer de système ?
Une question de légitimité
L’ancien G8 était illégitime à prétendre se comporter en directoire du monde. Ce nouveau G20, si il s’est élargit à quelques nouveaux géants qui s’en satisfont tels l’Inde et le Brésil, n’est
pourtant pas plus légitime à définir à lui seul les règles de l’économie mondiale. D’autant que dans ses interventions Barack Obama prévient « Au G20, les Etats-Unis assumeront leur
leadership ». Avec dans un long texte rendu public ce 24 mars, une contradiction. D’un côté, la reconnaissance de la profondeur de la crise : « nous vivons une période de défis
économiques mondiaux auxquels on ne peut répondre par des demi-mesures », « pour la première fois depuis une génération l’économie mondiale se contracte et le commerce
ralentit », il s’agit de « « stimuler la croissance », « restaurer le crédit », et de répondre à « l’obligation de tendre la main aux pays et aux populations
les plus menacés ». De l’autre une limitation de l’ambition à l’intérieur des règles du système dont il s’agit seulement de « réformer en profondeur les dispositifs de régulation et
de supervision », et cette affirmation sans fard « nous sommes résolus à agir avec détermination pour sortir l’économie américaine de la crise (…) et nos actions seront renforcées par
les mesures complémentaires prises à l’étranger ».
L’image et le réel
Côté FMI, Dominique Strauss-Kahn indique « Pour dire les choses crûment, la situation est très grave », mais le FMI se contente d’appeler à
une augmentation du volume des plans de relance et reste d’un classicisme libéral dur vis-à-vis des peuples, imposant comme « remèdes » aux pays européens de l’Est, la diète des
services publics et la baisse des salaires des fonctionnaires. Côté européen c’est Gordon Brown qui dans une interview à La Tribune indique déjà que « le G20 n’est qu’une étape »,
l’essentiel étant que « il faut que les journalistes écrivent que c’est un succès ! » (sic)
Enfin un grand tapage est fait autour des « bonus » de rémunération de certains dirigeants et des « paradis fiscaux » dont Sarkozy a déjà dit que « ce qu’on leur
reproche ce n’est pas d’avoir des impôts très bas ». Autrement dit aucune action sérieuse en vue contre le « dumping fiscal ». Lequel est une des plaies de ce monde capitaliste
avec le « dumping social » qui cherche à mettre en concurrence les travailleurs du monde entier en tirant vers les bas salaires et protections sociales. De même que préparant le G20,
l’Union Européenne aura indiqué que « Un marché unique efficace et ouvert est l’un des outils les plus précieux dont dispose l’UE pour soutenir la croissance » (déclaration de la
Commission du 18 février 2009), évoquant seulement « soit une supervision adaptée, soit une régulation » des fonds spéculatifs et confirmant la nécessité de « maîtriser les
salaires dans le secteur public ».
On ne peut véritablement pas dire que l’imagination soit au pouvoir !!! Faire face à la crise
Crise financière et crise du mode de production capitaliste ont partie liée. La crise n’est pas seulement celles
d’excroissances ou de dérapages financiers. Ainsi toutes les entreprises du CAC 40 ont des filiales dans les paradis fiscaux. Dire comme on l’entend parfois « on n’aidera pas les banques
qui sont implantées dans les paradis fiscaux » voudrait dire n’en aider aucune ! Les plans de licenciements actuels touchent des firmes, soit sous traitantes rançonnées par des grands
groupes, soit ces mêmes grands groupes qui pour redresser la rentabilité taillent dans leurs dépenses liées au travail. Et la plus grande dîme prélevée sur « l’économie réelle »,
c’est-à-dire le travail source de toute création de richesse, reste les dividendes et les frais financiers prélevés par le capital. L’ensemble des formes et mécanismes de spéculations
financières relevant pour l’essentiel des milles et une façon de gonfler un taux de profit moyen de capitaux suraccumulés. La récession en cours est la répartition inégale d’une purge de ces
capitaux suraccumulés : les capitaux les plus puissants faisant payer la crise par les capitaux dominés, ainsi que par les fonds publics (la socialisation des pertes) et le monde du
travail. Et le G20 est l’outil d’une tentative de rationalisation-coordination conflictuelle de ce processus. La faillite d’un « modèle » qui a tout misé sur la baisse des coûts
salariaux et des dépenses publiques utiles.
Du local au global, d’autres choix
Favoriser tout ce qui peut affranchir le mouvement du monde et les activités humaines de la dictature des marchés financiers et de leurs prélèvements est, du local au global, le critère
économique d’une véritable démarche anti-crise.
Cela vaut au niveau national lorsque les groupes communistes et républicains à l’Assemblée Nationale proposent des dispositions pour abolir le bouclier fiscal et interdire les licenciements boursiers. Cela vaut au niveau national et européen où la politique du crédit, et notamment l’action et le contrôle de la BCE, peuvent être revus en lien avec une nouvelle sélectivité du crédit et la mise en place de pôle public du crédit favorisant l’emploi, les services publics et des choix non productivistes de croissance. Cela vaut au niveau mondial où de l’annulation de la dette des pays les plus pauvres à la mise en place de coopérations monétaires permettant de s’émanciper de la domination du dollar (voir la création de la Banque du Sud en Amérique Latine), des propositions alternatives sérieuses existent.
On peut également rappeler l’actualité et la pertinence d’un texte, « l’Appel de Bamako » (1), né lors du
Forum Social Mondial de 2006. Ce texte ambitionnait de « définir d’autres objectifs du développement, de créer un équilibre des sociétés abolissant l’exploitation de classe, de genre, de
race et de caste et de tracer la voie d’un nouveau rapport de forces entre le Sud et le Nord ». C’est peu de dire que l’accélération des crises financière, productive et écologique du
capitalisme rend cet Appel plus actuel encore.
Jean Paul Duparc
(1) http://www.suisse.attac.org/Appel-de-Bamako
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