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Porquerolles : La perle varoise des « Iles d’Or » 
Article paru dans La Marseillaise du mercredi 25 mars 2009 



Porquerolles accepte tout : la rudesse des vents et des marées.. Et puis tous ceux qui l’aiment. (Photo DR)
Porquerolles accepte tout : la rudesse des vents et des marées.. Et puis tous ceux qui l’aiment. (Photo DR)
A Porquerolles, île protégée, on passe vite de la Côte d’Azur très « tout tourisme » au paradis sur terre. C’est tout de même la dernière impression qui reste : vraiment trop belle, la perle de l’archipel hyérois.

 

En ce matin de juillet, nous avons décidé de mettre à l’eau au port de plaisance de Hyères. Parce que le plan incliné y est large et pratique. Pour des raisons d’économie, aussi.
Depuis que la Route du Sel est fermée, sur le double tombolo de Giens, il n’est plus possible pour les plaisanciers de mouiller les embarcations à la Tour Fondue, tout au bout de la presqu’île, et terre du continent la plus proche de Porquerolles.
Sur les pannes, tout le monde cause de la même chose : le prix de l’essence. Même les propriétaires de bateaux des plus cossus y vont de la leur. En ce jour de léger mistral, seuls les « voileux » sont contents. Certes ils n’iront pas bien vite, mais au moins iront-ils gratos. 
 

A l’eau, bande des 300 mètres dépassés, les 100 CV du vénérable moteur japonais font déjauger en souplesse la coque du semi-rigide. Planer comme ça sur le clapot croisé de la petite passe et c’est le bonheur immédiat. Du moins en été, le coin étant redoutable en mauvaise saison.
Cap sur la pointe du Bon Renaud. L’objectif du jour est de se tailler une partie de cabotage touristique autour de l’île, de tout vrai la plus belle et la plus riche (écologiquement parlant) de l’archipel hyérois, complété par Port-Cros, jolie mais extrêmement réglementée, et celle du Levant, austère, connue pour son camp de naturiste et moins gaiement au sud par le Centre d’essai de la Méditerranée (CEM), d’où la marine nationale tire ses missiles vers le large.
Du Bon Renaud au Cap des Mèdes, la côte nord n’est que succession de plages au sable fin et blanc. La plus fréquentée est aussi la plus vaste et la plus profonde. La plus populaire, aussi. Parce qu’elle est facilement accessible à pied ou à vélo depuis le port, les touristes fréquentent en masse durant juillet-août la célébrissime Plage d’Argent.
Notre première approche sera sur la plage du Renaud. Il faut faire vite pour déposer trois sacs de serviettes, la réglementation imposant aux navigateurs de mouiller derrière les bouées des 300 mètres. Le dernier à bord y restera pour ancrer… ou se tapera la distance à la nage. Nous y sommes.
A se demander si c’est la Corse ou les Antilles. Un océan limpide s’ouvre devant le masque, peuplé de poissons aux couleurs de douanier et auxquels nous ne sommes pas capables de coller un nom, malgré une certaine connaissance de la Mare.
Un gros monsieur traînant son tuba non loin de nous souffle son jet de baleine et résume le tableau : « J’ai pas vu de barracuda ni de requin mangeur d’hommes. C’est déjà ça » ! Il rigole et ajoute, posant son important fessier pour le massage au ressac, juste le sommet du ventre à l’air : « ç’a quand même du bon, le réchauffement des eaux » ! Mouais. Difficile de dire qu’il à tort, question sensualité halieutique.
Sur ces considérations hautement salées, nous décidons de repartir, de contourner les Mèdes, rochers austères mais impressionnants d’autorité, pour filer vers la Plage noire. Il nous faut doubler, sous un régime cette fois de haute mer (avec la houle qui monte et qui descend, je te vois je te vois plus) les « pointes » douces à l’oreille de leur petit nom : celle du Gros Mourre, de la Galère, du Gros et du Petit Sarranier, la pointe des gabians, du Rouffladour, de l’Oustaou de Diou, avant encore le Cap d’Arme, les Marmottes et les Carrières. Le nom de la crique est d’origine géologique. Ici, plus ou moins bizarrement et ça manque à notre culture, le sable est noir, les rochers sont noirs… tout est noir sauf la mer, obstinément translucide.
L’effet, connu des amateurs du coin, est saisissant comme en cuisine : la température de l’eau y est supérieure de deux degrés que partout ailleurs sur la côte. Les gosses adorent, qui s’abandonnent à la baille toute la journée sans un frisson tant la sauce est tiède.
Nous nous laissons tremper itou. Avec la désagréable surprise de subir une attaque aérienne. Le vrombissement insoutenable d’un hélicoptère nous éjecte de la torpeur. Rien de militaire, en ce pays où la marine de guerre et son aéronavale sont reines. Mais un appareil tout ce qui a de civil. C’est marrant comme au pays du « tout tourisme » les règles appliquées à tous sont épargnées aux gros portefeuilles : la Plage Noire est un effet flanquée d’un hôtel de luxe, de son héliport et, nous l’imaginons alors, d’une salle de jeu pour les soirées feutrées, quand la plèbe s’en est allée.
On marronne, allez, mais on oublie vite. Les rupins ont au moins la délicatesse de se cacher derrière les pins. On oublie parce qu’au fond on est chez nous.
Enfin… chez nous jusqu’à la prochaine rotation.

Reportage
Claude Gauthier
Photos Bruno Isolda


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Tag(s) : #Environnement
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