« Xavier Darcos a menti ! »

« Darcos a menti sur la carte scolaire, s’emporte un prof. Et on en paye le prix. » Ce matin encore, la
moitié des enseignants du collège Robert-Doisneau, à Paris (20e), seront en grève. Comme depuis une semaine. Un mouvement digne du ras-le-bol de l’équipe éducative, vent debout contre la baisse
continue des moyens affectés à leur établissement. Selon le projet de dotation horaire du rectorat, Robert-Doisneau devrait perdre 51 heures hebdomadaires à la rentrée 2009, après en avoir déjà
perdu 70 l’année précédente ! Un comble pour cet établissement des hauteurs de Ménilmontant, situé en zone d’éducation prioritaire (ZEP)…
Cercle infernal
« Cela va se traduire par la suppression de deux postes pour l’année prochaine, auxquels s’ajoutent les deux de cette année, déplore Éric Watteau, professeur d’histoire-géographie et
représentant du SNES-FSU. En clair, cela veut dire moins de dédoublements de classe, moins d’heures de soutien et peut-être aussi la suppression de la sixième de consolidation, que l’on avait
créée pour les élèves en difficulté. » Au rectorat, on réplique avec un unique argument : la baisse continue des moyens accompagne la baisse continue des effectifs. Point
final.
Ce discours horripile les enseignants de Robert-Doisneau. Pour cause : cette fonte du nombre d’élèves est la
conséquence directe de l’assouplissement de la carte scolaire, voulue par le gouvernement, et qui permet l’augmentation des dérogations. « Le plus haut niveau de l’État encourage
implicitement les familles à fuir les établissements qui n’ont pas bonne réputation », s’agace Anne Baudonne, une prof de français. Résultat : chaque année, le collège perd des élèves
- souvent les meilleurs -, le rectorat supprime des heures, les conditions d’enseignements se dégradent et… la réputation baisse encore !
Un cercle infernal. Qui se double d’une fermeté du rectorat à rebours des discours de Xavier Darcos. Sur l’assouplissement de la carte scolaire, le ministre de l’Éducation nationale a en effet
toujours tenu des propos mielleux : « Les établissements qui perdront des élèves en raison de la suppression de la carte scolaire conserveront leurs moyens et les mobiliseront pour
améliorer la réussite de leurs élèves », répète-t-il à l’envi. « Nous sommes la preuve du contraire », assène Anne.
Reçue hier matin par l’inspecteur d’académie, la délégation d’enseignants et de parents d’élèves a pu mesurer l’ampleur de l’entourloupe. La dotation horaire est calculée en fonction du nombre
d’élèves. Plus précisément, l’administration attribue un coefficient horaire par élève (H/E) en fonction des difficultés de l’établissement. Plus la situation de ce dernier est compliquée, plus
le coefficient est élevé. Classé niveau 5 (le maximum), le collège Robert-Doisneau a droit à 1,35 heure par élève. « Inflexible, l’inspecteur d’académie nous a expliqué que le maintien des
moyens signifiait le maintien de ce coefficient de 1,35 heure par élève, et non pas le maintien du nombre de postes ! On a tous éclaté de rire… » À défaut d’en
pleurer.
Désormais, les enseignants de Robert-Doisneau ont les yeux rivés sur la commission technique paritaire (CTP). Celle-ci se tient demain, au rectorat de Paris, et tranchera définitivement sur les
dotations horaires des établissements de la capitale. Caroline, une prof de maths, soupire : « Et dire que l’on est classé "ambition réussite" ! Enfin… je crois
… »
Laurent Mouloud
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