Regards citoyens sur la rétention !

« Ne nous laissez pas isolés et dans le silence. » Le 14 février, une vingtaine de retenus du Centre de rétention adminis- tra- tive (CRA) de Palaiseau (Essonne) se mettent en grève de la faim pour crier leur colère. Un mode d’action devenu presque banal dans ces centres où
sont retenus les sans— papiers dans l’attente de leur expulsion. Mais cette fois-ci, le cri d’alarme a franchi les murs de cette « prison pour étrangers ». « Ça se passe sous nos
yeux, dans notre ville. On s’est dit : "Que peut-on faire de l’extérieur ?" », raconte le Palaisien Serge Guichard (PCF et Collectif Gauche antilibérale unie). Après quelques
réunions entre partis de gauche, associations et simples soutiens, une cinquantaine de premiers volontaires décident de créer un observatoire citoyen du CRA de Palaiseau. Depuis la semaine
dernière, ils visitent les retenus deux fois par semaine. Alors que la situation dans les CRA est chaque jour un peu plus explosive, que la CIMADE, seule association habilitée à y entrer, est
sur la sellette, cette initiative pourrait mettre en débat un droit de regard sur les lieux d’enfermement des étrangers.
Enfermer plus pour expulser plus
Il existe actuellement vingt-six CRA en France (quatre autres sont en construction), où sont « retenus », selon les euphémismes du langage officiel, les « étrangers en situation
irrégulière » dans l’attente de leur « éloignement du territoire ». Ces centres sont devenus un maillon indispensable dans la politique de quotas d’expulsions mise en place par
Nicolas Sarkozy depuis 2005. Il faut enfermer plus, pour expulser plus… 35 008 « retenus » en 2007 (35 % de plus qu’en 2004), dont 242 enfants, pourtant inexpulsables.
« Avec la course aux chiffres, nous voyons arriver de nouveaux types de retenus, confirme Caroline Martin, de la CIMADE. Des familles mais aussi des malades avec des pathologies mentales
et des travailleurs, arrêtés directement sur les chantiers, qui arrivent au CRA en bleu de travail. »
Les mystères de Vincennes…
Conséquences directes de cette industrialisation de la rétention : automutilations, tentatives de suicide, incendies, révoltes sont quasi quotidiens. Chaque mois a désormais son centre
incendié : Bordeaux, en janvier, Toulouse, en février… L’incendie du centre de Vincennes, en juin dernier, a toutefois marqué un tournant. Le 21 juin 2008, après la mort d’un retenu, une
révolte éclate : le plus gros CRA de France part en fumée. Réponse du gouvernement : répression et désinformation. Les huit sans-papiers mis en examen au lendemain de l’incendie sont
toujours en détention préventive à Fresnes. Quant aux circonstances de la mort de Salem Souli, à l’origine de la révolte, elles ne sont toujours pas élucidées. Son corps a été rapatrié en toute
discrétion en Tunisie, en juillet. Son ex-compagne et son fils de treize ans, qui n’avaient plus de contacts avec la victime, ont appris sa mort par hasard, au mois d’octobre. Début janvier,
ils ont porté plainte, entre autres pour rétention d’information et homicide involontaire par manquements aux obligations de sécurité. « Cette affaire est révélatrice de ce qui se passe en
rétention, note Mouhieddine Cherbib, de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), qui s’est constituée partie civile. On nous dit : « Circulez, y a rien
à voir. » Mais à l’intérieur, ces gens n’acceptent pas d’être mis en prison alors qu’ils n’ont rien fait ! »
Silence, on enferme !
Dans ce contexte, la mise à l’écart de la CIMADE inquiète. Très critique vis-à-vis de la politique d’enfermement, l’association oecuménique d’entraide pourrait être remplacée par des
associations qui n’auront peut-être pas le même souci de témoigner… « Alors que l’Europe a adopté la directive retour qui monte à dix-huit mois la durée de rétention, il faut de la
transparence sur ce qui se passe dans ces centres », souligne Claire Rodier, de Migreurop. Début février, l’association a lancé une campagne pour exiger un droit de regard sur les lieux
d’enfermement. « Ce qui pose question, poursuit Claire Rodier, c’est la place que prend la rétention dans la gestion des flux migratoires. On est en train de banaliser complètement un
système qui crée de l’horreur. »
Marie Barbier
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