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Politique - Article paru le 24 février 2009 dans l'Humanité

 

Un lourd climat de défiance pèse sur le pouvoir !




ÉLYSÉE . La désaffection d’un électorat initialement conquis par les promesses de Nicolas Sarkozy s’approfondit de jour en jour.

Candidat de la rupture, Nicolas Sarkozy entendait, dès l’ouverture de son quinquennat, aligner la France sur le modèle économique et social anglo-saxon. « Libérer l’économie, la croissance » fut un temps le credo d’une droite « décomplexée », à la tête de laquelle le chef de l’État fustigeait pêle-mêle l’archaïsme des syndicats et l’immobilisme de son prédécesseur, Jacques Chirac. La brutalité des réformes engagées et l’absence de concertation tenant lieu de volontarisme politique, Nicolas Sarkozy ironisait devant ses partisans sur les grèves en France « dont plus personne ne s’aperçoit ». La gauche décomposée et en état de sidération pendant des mois après la victoire de la droite devait, par son apathie, faciliter le passage en force des contre-réformes libérales. « Le modèle social français est (…) un compromis entre gaullistes et communistes. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance », résumait en octobre 2007 l’ancien vice-président du syndicat patronal (CNPF), Denis Kessler, dans un éditorial du magazine Challenges.

Une ambition freinée par le surgissement d’une crise du capitalisme qualifiée d’« historique » à droite. De fait, la réaction de Nicolas Sarkozy volant au secours des banques en leur promettant en septembre 40 milliards de refinancement et 320 milliards de garantie d’État aggraveront la désaffection d’un électorat initialement conquis par les promesses de l’autoproclamé « président du pouvoir d’achat » de « réhabiliter le travail ». Les salariés, en partie convaincus par le chef de l’État lui-même que les caisses étaient « vides » en janvier 2008, vont progressivement s’organiser pour exprimer leur hostilité à la politique menée par la droite. Jusqu’à la mobilisation record du 29 janvier dernier, que le gouvernement tentera vainement de réduire à « une inquiétude légitime » sans rapport avec de quelconques revendications sociales ou politiques.

Les secteurs de l’éducation, de la santé, de la recherche, que le gouvernement Fillon entend démanteler pour « faire des économies », les travailleurs du secteur privé, qui se voient refuser toutes revalorisations salariales, réputées « négatives » pour l’économie, partagent le même mécontentement, le même sentiment d’injustice.

Un climat de défiance aggravé par la gestion désastreuse de la crise guadeloupéenne. En renvoyant dos à dos les grévistes du collectif Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) et le patronat des Antilles, le gouvernement est apparu comme fuyant ses responsabilités face à l’extrême tension sociale qui s’est installée dans les îles. Au total, 62 % des personnes interrogées, selon l’enquête IFOP pour le JDD du week-end dernier, se disent désormais « mécontentes » de la politique conduite par Nicolas Sarkozy.

Conséquence de ce désaveu : des dissensions inédites gagnent la majorité de droite. Travail du dimanche, refonte des collectivités territoriales, libertés publiques, retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN sont quelques-uns des sujets qui suscitent des crispations dans ses rangs.

Dans un tel contexte, l’obsession de Nicolas Sarkozy de maintenir son cap politique coûte que coûte risque de faire du 19 mars prochain, journée de mobilisation programmée par les syndicats, un rendez-vous dont « on s’aperçoit » en France.


Frédéric Durand

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Tag(s) : #Chronique présidentielle
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