L’équipe de Promo-Soins accueille des personnes souvent marginalisées, qui n’ont pas recours au
système de santé classique.(Photo BI)
Depuis une quinzaine d’années, Promo-Soins accueille dans le Var des personnes qui, pour
diverses raisons, ne s’adressent pas au circuit habituel. Leur point commun : la précarité. Visite de l’Espace Santé Mirabeau à Toulon.
« Techniquement et juridiquement, le système de soins français est performant. Mais des gens en
restent toujours exclus », estime José Garcia, directeur de Promo-Soins, association varoise dont la vocation est de « permettre l’accès aux soins des plus démunis et de
favoriser leur insertion par la santé ».
« Les règles d’accès à la CMU font que des personnes, ayant pourtant de très faibles ressources, ne peuvent y prétendre. Cela concerne aussi des gens qui
travaillent et qui ne peuvent s’offrir une mutuelle digne de ce nom. Pour les personnes marginalisées, ce n’est pas constituer un dossier pour la CMU qui est compliqué, mais on
a du mal à les inscrire dans une démarche de soins. Leurs principales préoccupations sont de pouvoir manger et de savoir où elles vont dormir. Quand elles décident de se
soigner, c’est souvent dans l’urgence et parfois trop tard », poursuit-il.
Un
réseau de spécialistes en ville
Qu’elles soient en marge de la société, qu’elles aient un logement, un emploi, ou
pas, toutes les personnes qui se croisent à Promo-Soins ont un point commun : la précarité, voire la misère, est leur lot quotidien. Pour diverses raisons, elles ne s’adressent
pas au circuit habituel du système de santé. C’est ici qu’elles viennent, dans ce lieu qui a ouvert ses portes en 1993. Si l’association compte quelques salariés, ces exclus y
rencontrent de nombreux bénévoles - des professionnels de santé à la retraite ou tout simplement des personnes désireuses d’offrir un peu de leur temps.
Au rez-de-chaussée de l’Espace Santé Mirabeau à Toulon, les patients sont ainsi accueillis par des bénévoles qui les écoutent et échangent avec eux. A
l’étage, derrière son bureau, une dame trie les dossiers en fonction du professionnel concerné (médecin, dentiste, assistante sociale…). « C’est la tour de contrôle », indique
José Garcia. En s’avançant dans le couloir, on découvre une petite pièce qui tient lieu de pharmacie. Maurice Lafon, pharmacien à la retraite, « trie, range et gère les stocks
». Jusqu’à présent, les patients repartaient systématiquement avec les médicaments dont ils avaient besoin. Ce ne sera plus forcément le cas en raison de la disparition, en
janvier, de Cyclamed (circuit de recyclage des médicaments basé sur des dons de pharmaciens). Une nouvelle réglementation supposée être le résultat de « la pression exercée par
les laboratoires ». L’association, dorénavant forcée de posséder un agrément, devra formuler ses demandes à la pharmacie humanitaire internationale (PHI) de Nîmes. « Avant, il y
avait une PHI à Toulon et si nous avions besoin de quelque chose de manière urgente, nous l’achetions. A présent, les commandes à Nîmes s’effectuent une fois par mois »,
explique José Garcia.
En face de la pharmacie, une rangée de portes abrite les salles de consultation des médecins : cabinets dentaire et de médecine générale. Promo-Soins dispose
en outre d’un « réseau de quarante spécialistes en ville qui reçoivent gratuitement ».
Ancien chef de service à l’hôpital, ce médecin n’a pas raccroché son stéthoscope une fois à la retraite. Depuis quelques années, il officie en effet dans les
locaux de l’Espace Santé. S’il considère qu’il n’y a pas de maladies touchant de manière spécifique les personnes précaires, il observe en revanche que chez ces dernières « les
pathologies sont plus importantes. Notamment les maladies infectieuses qui sont plus marquées à cause de conditions de vie difficiles, en extérieur par exemple ».
Autre constat du médecin, conforme aux différentes études menées sur le sujet : « Les plus défavorisés ne sont pas en état de maigreur ». Au contraire puisque
ceux-ci sont plus sujets à l’obésité : « L’alimentation qui entraîne l’obésité coûte moins cher ». Pourtant, ce phénomène ne relève pas à son sens de la fatalité mais « d’un
problème d’information ». Le médecin plaide ainsi pour davantage « d’éducation » : « Par exemple, certains légumes ne coûtent pas cher. Mais, encore faut-il apprendre aux gens à
se nourrir correctement ». José Garcia ajoute pour sa part que la DDASS a récemment édité un guide recensant des menus sains et équilibrés pour petits
budgets.
Souffrance psychique
A l’étage du dessous, ce sont des « maux de l’âme » dont on s’occupe.
Siloë, qui a vu le jour en 1998, est une structure quasi-unique en France. La principale singularité de cette « interface pour la santé mentale » réside dans le fait qu’elle
voit « travailler main dans la main le sanitaire et le social », souligne José Garcia. Aux côtés des intervenants de Promo-Soins, le centre hospitalier de l’aire toulonnaise a
en effet détaché, sur la base du volontariat, un psychiatre et quatre infirmiers, tous à mi-temps. Après une longue expérience en tant qu’infirmier en psychiatrie, cet infirmier
a fait ce choix il y a six ans. Six années professionnelles quelque peu différentes de celles vécues auparavant : « Les gens que nous recevons ici sont plus désociabilisés. Ils
n’envoient pas les mêmes signaux, les symptômes ne se traduisent pas de la même façon. On peut ainsi prendre de la souffrance psychique pour une maladie mentale et inversement
». Il explique en outre que les pathologies des patients de Siloë sont principalement « des addictions associées à un mode de vie : celui de la rue (Siloë ne suit que des
personnes sans logement, ndlr), comme l’alcoologie et la toxicomanie. On constate beaucoup de souffrance psychique, favorisée par les conditions d’existence ».
« Le rendu
du soin est plus difficile lorsque les gens vivent dans la rue»
La difficulté majeure étant que « le rendu du soin est plus difficile lorsque les gens vivent dans la rue. Les traitements sont parfois interrompus. Pour les
calmants par exemple, certains refusent d’en prendre de peur d’être endormis et de ne pouvoir se défendre ». Une violence à laquelle sont d’ailleurs fréquemment confrontés ces
professionnels.
Quant à savoir pourquoi ces patients se dirigent plus facilement vers Siloë que vers l’hôpital, il y voit plusieurs explications : la difficulté d’obtenir
rapidement un rendez-vous, par exemple. « Il y a aussi que l’hôpital leur fait peur. La façon de recevoir les gens est différente ».
Les activités menées par Promo-Soins dépassent les murs de l’Espace Santé Mirabeau. Outre ses différentes interventions avec d’autres partenaires en d’autres
lieux, l’association a notamment mis en place en décembre 2007 une nouvelle structure nommée : « Lits halte soins santé ». L’objectif est d’y recevoir des personnes, là encore
sans logement, durant leur période de convalescence.
Deux chambres de deux lits ont ainsi été prévues à cet effet dans le foyer géré par l’association Saint-Louis et situé dans le quartier toulonnais de Claret.
Deux professionnels pour ces « lits halte soins santé » : une assistance sociale et un médecin coordinateur, qui bénéficient du concours de l’équipe du foyer. José Garcia ajoute
qu’une convention a été signée avec un cabinet d’infirmiers qui effectue deux passages quotidiens : le matin et le soir.
« Il ne s’agit pas d’un hôpital, c’est plus rustique », annonce le Dr Molinari, médecin coordinateur. Pas question donc d’accueillir « des patients qui
auraient besoin de soins urgents, d’une perfusion, etc. ». Il s’agit surtout de gens que l’hôpital « renvoie généralement à la maison après une intervention. Dans le service de
chirurgie orthopédique par exemple, dès que le geste est fait, les lits ne doivent pas être occupés trop longtemps ».
Comme diverses associations dans nombre de domaines, Promo-Soins tente ainsi de pallier les failles d’un système qui laisse sur le carreau les plus
vulnérables. Dans un contexte où l’hôpital public - pilier du système de santé - subit une offensive sans précédent, elle risque de voir s’amplifier le nombre de
sollicitations.
Reportage
Agnès Masseï
Photos Bruno Isolda
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