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Mais pourquoi les Antilles sont-elles en ébullition ? La réponse s’impose dans le détail des
chiffres de la vie chère ou du chômage.
Yves Jégo doit très certainement se pauser des questions existentielles devant le non unanime, ou
presque, qui vient retoquer violemment ses propositions de sortie de crise. Après bientôt un mois de grève générale, le dialogue social apparaît dans l’impasse la plus folle. La
résultante sans doute d’une méconnaissance profonde des raisons de la colère. Plus inquiétantes, les nouvelles en provenance de Guyane et de la Réunion où les mêmes maux amènent
les mêmes revendications. Ce ne sera sans doute plus jamais l’Hymne à la joie mais désormais Like a rolling stone (1). Avec des différences de prix allant jusqu’à 60% par
rapport à la métropole, la colère est au plus haut, le moral au plus bas.
Haute
tension
Elie Domota, leader du collectif LKP, ne mâche pas ses mots dès lors qu’il s’agit
de dénoncer la folie des hausses de prix des produits de première nécessite. « Toutes les Antilles sont en survie. Les prix sont trop hauts, incroyablement trop hauts. Les
salaires sont bas, scandaleusement bas. Le gouvernement doit comprendre que ça ne peut plus durer. Le peuple antillais est plus mobilisé que jamais ».
Sur place, qu’il s’agisse de la Guadeloupe ou de La Martinique, le constat est éloquent. Partout on note des prix en forte hausse. Avec d’importants
différentiels vis-à-vis des prix pratiqués en France métropolitaine.
Sur l’essence sans plomb 95 la majoration peut atteindre +35 à +40 centimes d’euro. Sur le diesel +20 à +30 centimes. Ceci pour les Antilles. Car du côté de
La Réunion le surcoût peut atteindre 50 à 60 centimes. Le blocage des stations service est ainsi l’une des actions revendicatives les plus courantes. Ce qui explique
probablement la relative philosophie des usagers.
Pour l’alimentation c’est pire encore. Avec des prix allant du simple au triple, voire au quadruple dans certains hypermarchés montrés du doigt par les
dizaines de milliers de manifestants mobilisés par le LPK. Il faut par exemple débourser jusqu’à 6 euros pour un pack de quatre yaourts. Et 1,5 à 2 euros pour un litre de lait.
Quand à l’huile ordinaire elle s’arrache à 4 euros le litre. 4 euros aussi pour une petite boite de cornbeef. Quand au cochon, la viande favorite des insulaires, il a vu ses
prix au kilo flamber comme jamais avec + 44% pour le jambon. Une situation d’autant plus invraisemblable qu’il ne s’agit pas dans ce cas d’importation mais de production locale
typique.
Les œufs, la farine, le riz et les pâtes flambent aussi avec une moyenne de + 50%. De même que le gaz en bouteille et le pétrole domestique.
En fait, depuis plus d’une vingtaine d’années déjà, le différentiel de prix entre les îles et la métropole est jugé excessif. Il n’y a qu’à surfer sur les
sites internet de carnets de voyage pour se persuader que la crise vient de loin. Dès les années quatre-vingt, les touristes s’étonnent ou s’insurgent devant des tarifs en
moyenne supérieurs de 25 à 35%. Paradoxalement, cela ne freinera pas le tourisme mais compliquera essentiellement la vie d’insulaires confrontés à des prix plus élevés et des
salaires plus bas. Seuls favorisés, ou plutôt seuls non défavorisés, les fonctionnaires métropolitains en déplacement en Guadeloupe ou à La Martinique avec des salaires plus
élevés et des primes.
Une montée de l’intolérance et des inégalités
Rassemblant près d’une cinquantaine d’organisations, le LPK ( Liannag Kont
Pwofitasyon - Ensemble Contre les profiteurs) du héraut créole Elie Domota catalyse l’ensemble des revendications économiques, sociales et identitaires de populations
confrontées tout à la fois à la pauvreté et à l’humiliation. Une montée de l’intolérance et des inégalités signifiée tout à la fois par l’enrichissement scandaleux d’une
minorité et les revendications absurdes ce certains descendants d’esclavagistes blancs, les béké.
Le collectif contre l’exploitation dénonce ainsi la mainmise d’une minorité de privilégiés sur l’économie des îles. Une mainmise également dénoncée par nombre
de petits patrons et de politiques locaux.
Un argument repris par la députée guyanaise Christiane Tobira et même, paradoxalement, par la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, Rama Yade.
François Sauvadet, président du groupe Nouveau Centre à l’Assemblée nationale, a annoncé vouloir déposer un projet de résolution visant à la création d’une
commission d’enquête sur les hausses de prix.
Pour le PCF, qui dénonce la poudre aux yeux gouvernementale, il s’agit d’abord de répondre aux revendications légitimes, sans attendre le 10 mars prochain,
date à laquelle le secrétaire d’état à l’Outre-mer Yves Jégo fera discuter par le Sénat un projet de loi destiné à tout solutionner.
D’ici là, sera sans doute évoqué aussi le scandale constitué par les déclarations du béké martiniquais Alain Huygues-Despointes qui explique vouloir «
préserver sa race ».
Locataire d’un appartement de fonction appartenant à Alain Huygues-Despointes, le préfet de Martinique Alain Mancini, qui dirige par ailleurs les négociations
sur la grève, a annoncé qu’il allait quitter son logement.
(1) célèbre chanson de Bob Dylan
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