Université : Qui soutient encore Valérie Pécresse ?
La conférence des présidents d’université a pris ses distances, hier, avec les réformes du gouvernement. Tandis que 400 chercheurs disaient leur refus du démantèlement du CNRS.
La tension est encore montée d’un cran entre le gouvernement et le monde universitaire. Cette fois, c’est la conférence des présidents d’université (CPU) qui a décidé de prendre clairement ses
distances avec les réformes en cours. Cette instance, qui réunit les présidents des 83 universités françaises, a publié, hier, un communiqué faisant part de ses « fortes réserves sur la
nature et la durée » de la médiation lancée hier par Valérie Pécresse, « qui ne répondent pas à l’urgence de la situation ».
La CPU estime que la concertation ne peut être engagée que si « un climat de confiance » est
« restauré dans la communauté universitaire ». Et pour les présidents d’université, cela ne peut passer, désormais, que par un « rétablissement des postes supprimés » dans
le supérieur (plus de 900 en 2009) et un report de 2010 à 2011 de la réforme de la formation des enseignants, défendue par le ministre de l’Éducation nationale, Xavier
Darcos.
« Pas besoin de discussions sibyllines »
Nouveau coup rude pour le gouvernement. Ces derniers mois, la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, avait présenté la CPU comme un allié, certes critique et divisé, mais un
allié tout de même, la majorité de ses membres soutenant la loi sur l’autonomie des universités (LRU) et les réformes qui en découlent. Las, depuis janvier, les présidents n’ont cessé d’alerter
sur le « malaise grandissant » dans les établissements. Et demandé au gouvernement de « prendre le temps de la réflexion », au risque, sinon, de « mettre le feu aux
poudres ».
Une requête superbement ignorée. Par le chef de l’État lors de son discours méprisant du 22 janvier. Mais aussi, hier, par son ministre de l’Éducation. Interrogé hier sur RMC, Xavier Darcos a repoussé d’emblée l’idée d’un report demandé par la CPU : « Il n’y a aucune raison aujourd’hui objectivement de repousser cette réforme (de la formation des enseignants). » Les universités sont censées rendre la semaine prochaine les « maquettes » de ces masters « formation des enseignants ». Ce que beaucoup refusent de faire. Les grévistes organisent d’ailleurs aujourd’hui, devant le ministère et les rectorats, une cérémonie de « non-remise » de ces maquettes.
Xavier Darcos balaie tout ça d’un revers de manche : « Moi, je n’ai absolument pas besoin d’entrer dans
des discussions sibyllines avec les préparateurs à mes concours. Je suis recruteur. Je définis les concours dont j’ai besoin. Je garantis la formation professionnelle des personnels que je
recruterai. Après, que chacun nous suive ou pas… » Mépris ? Vous avez dit mépris ?
Une Assemblée générale agitée au CNRS
Sur le terrain, la contestation, elle, s’étend à tout va. Hier matin, environ 400 chercheurs grévistes ont tenu une assemblée générale à Paris à l’appel de Sauvons la recherche et de plusieurs
syndicats. Furieux du discours « calomnieux » du chef de l’État, tous ont dénoncé la réforme visant au « démantèlement » du centre national de la recherche scientifique
(CNRS) que le gouvernement souhaite transformer en simple « agence de moyens ». En clair, un distributeur de crédits aux opérateurs de recherche qui seraient les
universités.
Au final, les chercheurs réclament un « changement d’orientation » de la politique gouvernementale, le
rétablissement de tous les postes supprimés dans le supérieur et l’annonce d’un « plan pluriannuel pour l’emploi ». En attendant, ils appellent au boycott de l’Agence d’évaluation de
la recherche et de l’enseignement (AERES) ainsi qu’à la grève des cours. Et se donnent rendez-vous dans la rue le 19 février, pour une nouvelle journée nationale de
mobilisation.
Laurent Mouloud (avec Ixchel Delaporte)
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)