Face à la crise
Inoxydables à la crise, les profits du CAC 40 tiennent bon !
À l’exception de PSA, l’impact de la crise sur les bénéfices des entreprises du CAC 40 reste très limité. Les actionnaires toucheront encore de copieux dividendes.
Ma grande entreprise française ne connaît pas la crise… En 2008, les patrons des principaux groupes du CAC 40 auraient pu entonner ce refrain. Malgré un quatrième trimestre profondément
dégradé, les stars de la Bourse devraient réaliser d’énormes bénéfices : environ 84,6 milliards d’euros, selon les analystes de Factset, malgré la crise, et après une année 2007 record.
Hier, quatre poids lourds de l’indice CAC 40 ont publié leurs comptes annuels. ArcelorMittal et Sanofi-Aventis ont enregistré de très bonnes performances. Si le groupe pharmaceutique a dégagé
un bénéfice en croissance de 3,2 % par rapport à 2007, le géant de l’acier a tenu ses objectifs de résultat en affichant 9,4 milliards de dollars (6,4 milliards d’euros), en repli de
9 %. Avec le retournement brutal du marché de l’automobile, le groupe automobile français, PSA Peugeot-Citroën annonce avoir accusé en 2008 une perte nette de 343 millions d’euros, la
première depuis dix ans. Quant au groupe Danone, il fait état d’un bénéfice net de 1,3 milliard d’euros en 2008. Dans l’ensemble, de bons résultats qui contrastent avec les difficultés dans
lesquelles se débattent nombre d’entreprises non cotées et la profonde dégradation du climat économique mondial au quatrième trimestre.
Quid de La règle des trois tiers ?
Les raisons ? Tout d’abord, elles ont connu un premier semestre 2008 excellent. Ensuite, ces entreprises soumises à la loi des marchés financiers, se sont restructurées en mettant en place
des programmes de réductions de coût, en limitant les augmentations salaires, les investissements, en ayant recours au chômage partiel, le tout sur fond de diminution des effectifs, afin, au
bout du compte, de ne pas priver les actionnaires de leurs rentes. Pour le moment, aucune entreprise n’a gelé son dividende, au mieux elles l’ont modéré. Même des groupes qui ont enregistré des
pertes, comme PSA-Citroën, n’ont pas voulu se mettre à dos leurs actionnaires. Pourtant, depuis le début de la crise, Nicolas Sarkozy ne cesse de marteler sa vision d’un nouveau partage du
profit. « Comment on arbitre entre le souhait légitime des actionnaires de gagner de l’argent avec les entreprises et la demande des salariés d’être associés aux bénéfices des entreprises
dont ils ont contribué à créer la richesse ? » s’est interrogé le président de la République lors de son émission télévisée la semaine dernière, jugeant qu’en la matière « le
compte n’y est pas ». « Je n’ai cessé de dire que la règle des trois tiers : 1/3 pour les salariés, 1/3 pour les actionnaires et 1/3 pour les investissements, me paraissait une
bonne idée. »
Ainsi, appliquée aux groupes du CAC 40, cette règle devrait les amener à distribuer près de 28 milliards d’euros à
leurs salariés, soit l’équivalent du produit de la taxe professionnelle dont le chef de l’État souhaite la disparition. Un pactole non négligeable pour des salariés plus que jamais soumis à la
« modération salariale » . Or, dans l’esprit de Nicolas Sarkozy, il ne s’agirait pas de modifier le partage des profits en augmentant les salaires, comme le montre son rejet de la
revendication des Guadeloupéens. Mais plus probablement de développer l’intéressement et la participation, formes de rémunération flexibles et dont seuls 7 millions de salariés - en priorité
dans les grandes entreprises - bénéficient. (15 milliards d’euros ont été distribués par les entreprises au titre des divers dispositifs d’épargne salariale en 2006, selon la DARES.)
Sur ce sujet, le gouvernement a déjà légiféré avec la loi sur les revenus du travail, votée en décembre dernier. Alors qu’on connaît un vrai problème de demande, que la France doit faire face à « la crise du siècle », au dire de Nicolas Sarkozy, une
augmentation des salaires, car immédiate, relèverait à la fois de la justice sociale et de l’efficacité économique. Encore faudrait-il que le pouvoir politique, au-delà des discours
« anticapitalistes », ait le courage de mettre en cause les privilèges d’une petite minorité et cesse de renvoyer tout effort pour les salaires au jeu des « partenaires
sociaux ».
Clotilde Mathieu
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