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Travailleurs sociaux : « Une rénovation qui efface toute notion de solidarité ! »


mercredi 4 février 2009 / "le Patriote"


Les salariés du monde associatif social sont sous le régime de la convention collective 66. Une remise en cause sérieuse de cette dernière par les syndicats employeurs ébranle les travailleurs sociaux. Première victime désignée : la solidarité.

« Se battre pour nous, c’est aussi se battre pour eux ! ». Un argument qui pèse lourd dans le combat que mènent les employés du secteur social pour défendre leurs acquis, mais aussi et avant tout pour sauvegarder la qualité de leur mission. Le 12 janvier, les syndicats employeurs décident d’ouvrir les négociations en vue de rendre « plus attractive » la convention collective du 15 mars 1966 (CCNT 66). C’est dans une démarche de « moderniser et adapter les règles collectives du travail aux évolutions et spécificités du secteur » qu’une proposition de réforme est alors présentée aux associations salariales. La réaction des syndicats ne se fait pas attendre : une déclaration intersyndicale est écrite le jour même. Puis, le 29 janvier à Nice, une assemblée générale à la CGT réuni près de cent employées de plus d’une dizaine d’établissements du département (ADAPEI, ADSEA, Montjoye, PEP, ALC…). Le mot d’ordre est désormais de ressembler au maximum pour créer un rapport de force équilibré avec les syndicats employeurs. Le projet, loin d’être avant-gardiste en matière d’avancée sociale, s’interprète plus aisément comme un plan de réduction des frais de fonctionnement. Certainement dans l’optique de faire face à une baisse conséquente des financements publics « en ces temps de crise ». Premier domaine propice aux économies selon le patronat serait donc celui de la masse salariale. Pour Pascal Ledru, éducateur spécialisé à l’ADSEA (Association Départementale pour la Sauvegarde de l’Enfant à l’Adulte), ce raisonnement se révèle être une aberration : « C’est une des meilleures conventions nationales qui existent. Elle satisfait aussi bien les salariés que les bénéficiaires. Alors pourquoi la remettre en question ? ».


Plus que 1900 euros bruts en fin de carrière


Le projet patronal prévoit, entre autres, la réduction des congés trimestriels à cinq jours consécutifs par an (contre 18 jours actuellement), ainsi que la suppression des jours de congés d’ancienneté. L’ancienneté, justement, est particulièrement dans le collimateur des syndicats employeurs. Actuellement un éducateur social exerçant depuis 28 ans gagne environ 2500 euros bruts, avec la limite fixée à 15% (contre 58% à 78% aujourd’hui) il ne gagnera plus que 1900 euros en fin de carrière. Autre proposition : la remise en cause des qualifications, des diplômes nationaux et des métiers reconnus dans la branche. À travers la création de six filières (management, administration gestion, éducation et intervention sociale, soin, formation) et de trois critères de rémunération (technicité, autonomie, responsabilité) c’est les métiers du management qui se taillent une part belle dans le secteur dit du social. Un contresens selon Christian Bonet, travailleur social à l’ADSEA : « Jusqu’à maintenant cette convention était garante de l’éthique du monde associatif dans le secteur social. Mais désormais les directions sont dans une logique comptable. Elles intègrent le terme de techniciens pour faire disparaître celui de travailleur social, comme pour effacer toute notion de solidarité ». La convention collective 66 concerne 240 000 salariés en France dont 2500 dans les Alpes-Maritimes.


Rentabilité plutôt que solidarité


Dès 1966 sont créés les premiers diplômes d’État relatif à ce secteur. Des formations dorénavant appeler à disparaître comme le déplore Christian Bonet : « Les diplômes requis pour notre activité n’ont plus aucune importance dans le recrutement ni dans la rémunération. A la place on nous propose l’individualisation des salaires. C’est celui qui saura le mieux se vendre et le mieux négocier qui se verra embaucher. Ca sera la fin du concept de collectif ». Du côté des salariés, le constat est sans ambiguïté : plus qu’une réforme c’est la désintégration pure et simple de la convention collective. La fin de la durée légale du travail et des 35 heures, désormais négociables au sein de chaque établissement, ouvre la porte à toutes sortes d’abus. « C’est simplement du travailler plus pour gagner moins », constate non sans cynisme Farouk Mahnane, éducateur spécialisé à Cannes. La méritocratie s’invite donc dans un secteur ou rentabilité et compétitivité n’ont rien à faire. 5% de la masse salariale de chaque structure pourrait à l’avenir être consacrée à récompenser les meilleurs salariés. Les salaires seront d’ailleurs à la discrétion de l’employeur. Exit la grille de paye transparente et visible par tous. Le risque latent est une mise en concurrence entre les salariés tout à fait désastreuse pour la cohésion des équipes. Des parallèles se créent entre le secteur commercial et le secteur du social : une vision du travail social que les syndicats d’employeurs ne tentent donc même plus de dissimuler. « Ce qui est profondément mis en cause c’est la prise en charge et l’action sociale. La mission même de notre secteur », déplore Ingrid de la CGT.


Miriam Berger

http://www.le-patriote.info/spip.php?article2616

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Tag(s) : #Société
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