mercredi 4 février 2009 / "le Patriote"
Loi sur la réforme de l’audiovisuel public, Etats Généraux de la presse, incertitude sur le statut de l’AFP…Des
questions essentielles travaillent la société et finalement la vie quotidienne de chacun : concentration et pluralisme, technologie et communication, révolution numérique et libertés
publiques ? Un individu passe en moyenne 3h par jour devant la télévision. Il y a 30 ans, ni Internet, ni le portable n’existaient vraiment. Aujourd’hui la France compte 31 millions
d’internautes. Quelles transformations pour la presse écrite ? Loin d’être des questions seulement technologiques ou sociologiques, ce sont des questions de démocratie, d’enjeux
d’aliénation ou d’émancipation humaine. Elles le sont d’autant plus dans la France sarkozyste où la presse, la justice et les droits du Parlement notamment font l’objet de menaces ou
d’atteintes précises. La crise renforce la tentation autoritaire du pouvoir, lequel supporte de moins en moins l’existence indépendante de « contre pouvoir ». Raison de plus pour
développer une appropriation populaire et citoyenne de toutes ces questions. (1)
Le statut de l’AFP
L’AFP est une des trois grandes agences de presse mondiales, travaillant sur les cinq continents. Un statut, qui date de 1957, garant de son indépendance, en fait une société sans actionnaire,
administrée par des représentants de l’Etat, de la presse, et des personnels. L’apport financier de l’Etat se marque par exemple par le volume des « abonnements » à l’agence, soit 110
millions d’euros pour 2009. Elle est la seule agence mondiale non anglo-saxonne et regroupe deux mille salariés. Non seulement elle a cette dimension internationale, mais elle est également
très importante pour la presse nationale et régionale : les « dépêches AFP » étant une des sources d’informations et de premier décryptage pour des rédactions. Son indépendance
rédactionnelle est un enjeu en soi, importante en aval de toute la chaîne de l’information.
Or le pouvoir s’est donné l’objectif de « changer le statut de l’AFP », en clair lui donner « un statut de Société Anonyme en faisant entrer de nouveaux actionnaires ». Les dangers de privatisation, de mainmise des puissances d’argent sur cette source d’informations, sont palpables. D’autant que sur le plan politique, le travail de l’AFP a fait l’objet du courroux public de Frédéric Lefebvre, porte parole de l’UMP et porte flingue sarkozyste, préposé aux basses manœuvres.
Un vaste mouvement de résistance est engagé. Une pétition sur Internet [ www.sos-afp.org ] a recueilli déjà plus de
12.000 signatures. Des parlementaires, dont le sénateur communiste Ivan Renard, sont intervenus, contre un projet de réforme d’autant plus indéfendable que le statut actuel et les réalisations
de l’agence ont, au contraire, construit sa crédibilité.
Audiovisuel public
On connaît mieux maintenant le projet de loi portant réforme de l’Audiovisuel public et qui, à partir de la question de « la suppression de la publicité sur les chaînes publiques »,
met en place un mécanisme de contrôle renforcé du pouvoir sur France Télévision : par la nomination de son premier dirigeant par le Président de la République. Tout en aidant d’une
nouvelle manne publicitaire les Bouygues et autres Bolloré des chaînes privées. Les résistances, et notamment des personnels, ont permis certaines préservations d’un niveau de redevance
audiovisuelle pour 2009 et 2010. Mais les autres recettes, compensatoires à la suppression de la publicité, demeurent fragiles et insuffisantes. Les menaces contre France 3, tant au niveau de
la rédaction nationale que du devenir des « locales », demeurent.
Participe de cette remise au pas de l’audiovisuel public, le « plan de modernisation de RFI » (Radio
France Internationale) qui supprime 20% de ses emplois, dont une centaine de journalistes. Là encore c’est une possibilité de rayonnement de la France dans le monde qui est affectée, dans une
restructuration qui s’opère sous la double houlette de Christine Ockrent et d’Alain de Pouzillhac, PDG de la holding AEF. (qui regroupe France 24, TV5 Monde et RFI).
Des Etats Généraux de la Presse….
Partant de réelles questions liées à la distribution, l’imprimerie, les équilibres économiques de la presse écrite, Nicolas Sarkozy avait profilé dès le printemps 2008 des « Etats Généraux
de la presse écrite ». Dénonçant « des coûts d’impression et de distribution trop élevés », un « manque d’assise financière des groupes de presse », il appelait à
« bousculer les immobilismes » et visait à « l’émergence de groupes de communication forts ». Déjà le ton était donné visant à privilégier la presse comme produit
économique, les autres dimensions devant s’arrimer à cette approche principale.
A l’automne, un rapport de Danièle Giazzi, responsable de l’UMP, et intitulé « les médias et le numérique » préconisait notamment d’assouplir « la législation sur la concentration » notamment entre différents types de médias. Des inquiétudes renforcées par la proximité entre des grands patrons de médias et le pouvoir présidentiel, qu’il s’agisse d’Arnaud Lagardère, de Serge Dassault, Martin Bouygues, Vincent Bolloré, ou Bernard Arnault.
Enfin des questions très vitales étaient en jeu. Et notamment les accords avec l’Etat et La Poste, alors même que la
convention avec La Poste prévoyait une augmentation forte des tarifs dès 2009. (24 millions d’euros et + 143 millions d’ici 2015). Ainsi que le devenir du système coopératif de distribution mis
en place pour la presse nationale (Loi Bichet) permettant de mutualiser les coûts de distribution entre éditeurs de presse. De même que le nombre de points de vente de la presse est une
question essentielle, alors que celui-ci a reculé de près de 25% en France depuis 1980.
…Aux résultats en demi teintes
Les mobilisations des sociétés et des syndicats de journalistes, des interventions visant à mettre en avant d’autres problématiques (comme le pluralisme de la presse, ou bien les questions de
contenu et de crédibilité de la presse), les contradictions entre les acteurs économiques de ce monde complexe aussi, auront permis aux Etats Généraux de la Presse de parvenir dans un Livre
Vert à des « conclusions » plus mesurées. Par exemple, le report d’un an de nouvelles tarifications avec La Poste. Ou bien le maintient de la loi Bichet pendant l’expérimentation de
nouvelles formes de distribution (portage, etc,…). Certaines dimensions liées à l’émergence des nouvelles technologies sont abordées avec la création d’un statut « d’éditeur de presse en
ligne » fondé sur l’emploi de journalistes professionnels.
Une autre réflexion
Une « autre réflexion » demeure indispensable, qui intégrerait les aspects économiques, mais sans qu’ils soient les tenants et les aboutissants de la réflexion.
Partant de la place de la communication dans les sociétés modernes, de la contradiction entre des technologies qui semblent multiplier les messages et les informations, (au point d’obliger le « lecteur » à devoir faire le tri et des choix dans une surabondance apparente d’informations et de sources d’informations) et l’uniformisation d’une « pensée unique » qui menace pourtant dans le « formatage » des messages. Partant aussi des contradictions entre l’immédiateté des informations multiples, et le temps de la réflexion et du décryptage. La question de la place de l’écrit et du support imprimé est aussi là. Que peut vouloir dire « traiter l’information en temps réel » comme on l’entend ici ou là parfois ?
Partant enfin de la crise de légitimité qui peut exister entre le peuple et les médias : souvenons nous de ces 80% de médias, comme ces 80% de parlementaires d’ailleurs, relayant doctement le « oui » au référendum de 2005, dans un pays construisant un « non » à 55%.
Alors les questions de l’économie de la communication pourront se poser en d’autres termes que de construire des
« géants de la communication ». A l’heure où des idées reçues comme la « presse payante fatalement mangée par les gratuits », (à l’heure où par exemple Métro en Espagne
vient d’interrompre sa parution), ou le « remplacement du papier par l’électronique », ne font pas le compte des questions posées. Ces questions économiques appellent des règles, y
compris déontologiques, des droits, des statuts et des moyens pour faire vivre le pluralisme, et travailler, avec tous les professionnels et tous les publics, les contenus et les supports pour
y accéder. Un défi qui reste à relever.
Jean Paul Duparc
(1) On rappellera ici l’intérêt de la brochure « Pour une appropriation populaire des médias » publiée par le collectif médias du PCF animé notamment par Pierre Musso, Jean François
Téaldi, Marcel Trillat, ….disponible sur le site du PCF www.pcf.fr
http://www.le-patriote.info/spip.php?article2625
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