Face à la crise
Obama confronté à une récession galopante !
La croissance a reculé de près de 4 % au dernier trimestre 2008. La tâche se complique pour lui qui doit faire face à l’écroulement du système bancaire.
L’activité économique s’est contractée de 3,8 % en rythme annuel aux États-Unis au dernier trimestre 2008. L’écroulement de la consommation provoqué par l’explosion du chômage et le gel du crédit est la première cause de cette plongée dans une récession très sévère. Les dépenses des ménages ont chuté de respectivement 3,5 et 3,8 % au cours des deux derniers trimestres de 2008. Sans surprise, c’est parmi les biens de consommation durable (ameublement et automobile) que le plongeon est le plus spectaculaire (- 22,4 % au 4e trimestre 2008).
Quant à la perspective d’un redémarrage grâce à un regain des exportations, elle s’envole, elle aussi, en même temps que se confirme l’effondrement de l’activité à l’échelle de la planète. Le FMI a baissé de nouveau ses prévisions et n’envisage plus désormais que 0,5 % de croissance mondiale en 2009. C’est dire combien les pays émergents, un temps présentés comme capables de jouer les nouvelles locomotives de la planète économique, vont être, eux aussi, très durement frappés.
La récession galopante place le président Obama, à peine élu, dans une situation très délicate. « Le désastre continue, la récession s’aggrave et l’urgence d’agir pour combattre la crise augmente », a-t-il indiqué aussitôt que les mauvais chiffres de l’activité aux États-Unis ont été rendus publics. Sa volonté de passer rapidement à l’acte après l’adoption par le congrès de son plan de relance de 825 milliards de dollars (près de 700 milliards d’euros) est manifeste. Toutefois, les résultats de ce plan qui entend notamment retendre les ressorts de la demande intérieure en jouant sur une réduction d’impôt standard de 500 dollars pour tous les contribuables, apparaissent loin d’être garantis d’avance. Tant les ménages confrontés à la multiplication des charrettes de licenciements et à la peur du lendemain pourraient décider d’épargner cette ristourne fiscale plutôt que de la remettre aussitôt dans le circuit économique.
Plus grave, la crise s’aiguise tous azimuts pour le nouveau locataire de la Maison-Blanche. Un front se rouvre ainsi du côté des banques dont la descente aux enfers est loin d’être terminée. Le régulateur états-unien du secteur (FDIC) a annoncé ce week-end deux faillites supplémentaires (1), ce qui porte à six le nombre de défaillances bancaires depuis le 1er janvier. Et les dominos promettent de continuer de tomber dans les semaines à venir compte tenu de la masse de « produits financiers dérivés » en déliquescence présents dans les comptes de la plupart des établissements.
Ces titres « pourris », adossés sur les créances irrécouvrables de l’immobilier (subprimes) ou d’autres échafaudages spéculatifs complexes, portent la marque de fabrique de la financiarisation pratiquée ces dernières années à grande échelle sous couvert de modernisation de l’économie. Leur montant global vient d’être réévalué. D’où la persistance de la crise de confiance qui paralyse le crédit. Pour y faire face, l’équipe Obama pourrait être conduite à rajouter quelque 2 000 milliards de dollars supplémentaires au plan Paulson de renflouement du système bancaire de l’ex-administration Bush.
Selon des indiscrétions dont se fait écho le Wall Street Journal, une « bad bank » (mauvaise banque) ou « structure de défaisance » pourrait être créée. À charge pour les contribuables de financer ce véritable dépotoir bancaire, réceptacle de tous les titres pourris qui plombent les bilans des établissements. Au total, l’équation s’avère extrêmement difficile. Jusqu’à quel niveau le surendettement de la puissance publique états-unienne est-il tenable sans se muer en une crise du dollar ? Et l’opinion ne risque-t-elle pas de se cabrer quant au bien-fondé d’une ambulance de luxe aux dimensions encore plus gigantesques pour sauver le système financier ? Du coup, une idée absolument incongrue aux États- Unis, il y a quelques mois encore, semble faire son chemin : celle d’une nationalisation, au moins temporaire, d’une immense partie du secteur bancaire. Sans qu’on sache bien jusqu’où et sur quels critères celle-ci pourrait être fondée.
(1) Il s’agit de la Suburban Federal Savings Bank (Maryland) et de la Bank of Essex
(Virginie).
Bruno Odent
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