
Lisez en ligne ici la chronique d’Emmanuelle Reungoat, notre correspondante toute cette semaine au forum social mondial 2009. Aujourd’hui : LA manif.
Une longue marche
souriante
C’est une manifestation souriante, puissante et dynamique qui a empli les rues de Belém au son des sifflets et des sambas hier. La foule était au rendez-vous et le FSM a pu faire montre de
sa force puisque pas moins de 100 000 personnes ont pris part à cette déambulation aux airs de carnaval. Autrement dit si cela se vérifie, Belém serait un
grand cru puisque Nairobi en 2007 avait reçu 50 000 participants.
Des larmes au rire
Colorée, rythmée, bruyante et dansante, c’est une manif indubitablement brésilienne, qui s’est déversée dans la ville. Noyées sous les trombes d’eau en début d’après-midi, les rues
centrales ont ensuite été submergées par une foule joyeuse, inondée de soleil à nouveau. Les militants ont rivalisé d’imagination pour donner de la couleur et de la voix à leurs causes au
rythme des batucadas et des fanfares. Ici malheurs et revendications sont traités par le rire et les cris. Les manifestants sont parfois tellement chamarrés qu’on n’a pas assez d’yeux pour
regarder. La manifestation est aussi très étendue, on a beau essayer de la remonter, impossible de saisir le bout de cet autre monde.
Si les brésiliens dominent en nombre, les délégation sud-américaines sont également importantes. L’autre monde est en marche et montre sa force et les différentes composantes du mouvement sont bien présentes : écologistes de tout poils, travailleurs de tous pays (ou presque), défenseurs des droits humains, syndicalistes et partis notamment sud-américains défilent (on a aperçu quelques vaillantes banderas de nos « alternatifs » dans la foule). Un bus discothèque se ballade à côté des brésiliens en lutte contre l’esclavage moderne au travail, particulièrement répandu dans les exploitations agricoles.
Les féministes, particulièrement présentes, ont été très remarquées. Venue en nombre et revendiquant une énergie sauvage les diverses organisations s’étaient regroupées derrière la marche mondiale des femmes. Elles se prêtent
à la revendication : information sur leurs diverses situations, éducation, droit à l’avortement ou reconnaissance de l’homosexualité par exemple en constituaient des thèmes forts.
Enfin c’est bien l’Amazonie (qui constitue thème de la 3è journée du Forum d’ailleurs) et ses luttes qui furent les plus omniprésentes : dénonciation de la déforestation, protection des populations, critique des conditions des travailleurs en étaient autant de déclinaison. Sans doute possible, les plus remarqués du défilé sont les indigènes. Leur marche toute particulière, en troupe serrée, plumes, peintures d’apparats et instruments artisanaux en main était à l’image de leur revendication : la défense de leur culture et de leurs modes de vie (souvent très autonome). Baignés dans la fumée d’un encensoir purificateur, ils ont fait forte impression sur les autres alters.
A 18H, l’obscurité commence à envelopper Belém et le cortège n’en finit pas de se dérouler, faisant crier les
klaxons de la métropole gonflée de bus et de taxis rongeant leurs freins aux carrefours. La nuit tombante s’annonce réparatrice pour beaucoup mais pas pour tout le monde, à l’intérieur des
bus, fanfares et passagers dansent parfois encore et semblent n’avoir aucune envie de s’arrêter. Le mot de la fin sera pour un socialiste portugais qui s’exclame en partant :
« Vraiment, une des plus belles manif que j’ai jamais faite ! Je crois que je ne voudrai plus jamais en faire d’autres en Europe, je les trouverai toutes fades ». On espère
qu’il se trompe.
Emmanuelle Reungoat pour humanite.fr Chercheuse en science politique à l’Université Paris 1, et membre de la Fondation Copernic.
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