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Forum social mondial 2009 : Belém, l'Anti-Davos !



La chronique d’Emmanuelle Reungoat, depuis le forum social mondial 2009. Aujourd’hui : entrez dans l’Histoire.

C’est une ambiance de fête populaire qui entourait le « Hangar » de Belém hier soir. Protection policière, écrans géants, pop corn et sandwitchs en tout genre encadraient la queue de plusieurs centaines de mètres de ceux qui cherchaient à entrer dans…l’histoire. Car à l’intérieur le meeting prend des airs d’exception : ce n’est pas moins de cinq chefs d’Etat qui vont se partager la tribune devant une salle comble et surchauffée. Evo Morales (Bolivie), Rafael Correa (Equateur), Fernando Lugo (Paraguay), Hugo Chavez (Venezuela) et évidemment le brésilien Lula vont se succéder à la tribune pour enflammer la salle en appelant à l’éviction du capitalisme, sous l’égide de l’unité, maître mot de la soirée.

C’est le président Bolivien, très applaudi, qui s’élance le premier, fort du succès de sa nouvelle constitution : « un verrou posé au capitalisme qui met fin à l’ordre ancien », ratifié par référendum la semaine passée. Car c’est bien à un autre monde « réuni ce soir » que l’orateur au profil indigène appelle, en insistant par exemple sur la nécessité de nouveaux indices d’évaluation où le degré de distribution des richesses d’un pays pourrait remplacer le PIB. Morales lance encore que ce Forum devra marquer le début d’une coordination permanente des mouvements sociaux. Le ton est donné et il ne baissera pas d’intensité. C’est bien à une mutation radicale du système que les différents leaders appellent.

El fin de « La longua et trista noche del liberalismo » « Companeras, companeros ! », comme le feront Lugo et Chavez, Correa insiste sur la possibilité d’une ère nouvelle : « Nous ne vivons pas une époque de changements mais un changement d’époque ». A la suite de ses camarades, Lula fustige le forum économique de Davos où « les responsables de la crise veulent de donner des leçons » et cherchent à sauver un système moribond. Pour Correa, « c’est la fin de la longue et triste nuit du libéralisme ! ». L’assemblée, presque exclusivement sud-américaine et plutôt jeune, est aux anges. Femmes et hommes, présents à part quasi-égales, écouteront jusqu’au bout des discours parfois fleuve. On parle de fonder le développement sur la qualité de vie plus que sur l’accumulation et on invoque la « pacha mama », la terre mère, symbole de la culture indigène mais aussi des valeurs de bien-être et de communauté avec le monde. Ca et là, les hochements de plumes dépassent de l’assemblée, côtoyant les casquettes rouges de la CUT, un des grands syndicats locaux.

A la fin de la soirée, le capitalisme en a pris plein la tête et le porte-monnaie. C’est tout le système qui veut être repensé pour créer « un socialisme du XXIè siècle », sur la base de coopérations locales et régionales, l’unité toujours, de planification nationales et de la suprématie du travail humain sur le capital. L’unité du Sud est un leitmotive alors que la réforme des institutions internationales, en particulier l’OMC et la Banque mondiale, son exigées. Tout comme la fin du veto au conseil de sécurité de l’ONU d’ailleurs. La mise en pratique de la Banque du Sud est valorisée. Cette nouvelle institution propre à l’Amérique latine et dirigée par un consortium des gouvernements devrai permettre la mise en place des projets communs, pour réaliser, comme le dit Chavez, une « économie en fonction des êtres humains » et non l’inverse.

Unidos, jamas seremos vincidos

Illustration de l’option « post-altermondialiste », dans le débat portant sur l’orientation stratégique à donner au FSM, l’offre d’alliance des mouvements sociaux avec les forces politiques présentée par ces leaders tout comme leur présence est aussi une reconnaissance et une force pour le forum, si celui-ci se montre capable de négocier sans y perdre son identité.

Dehors, il est minuit et la chaleur de la nuit brésilienne vous enveloppe. Certes, on n’a pas tout compris (on n’avait pas pensé à la traduction pour les non hispanophones…) mais on ressort avec des petits frissons. D’ailleurs ces étoiles que l’on aperçoit dans les yeux des latinos-américains donnent envie d’en être de cette grande expérience collective. Et on se prend à croire au changement de paradigme politique voire à être tenté communier avec la pacha mama. On en embrasserait presque un moustique.

Emmanuelle Reungoat pour humanite.fr.

_ Chercheuse en science politique à l’Université Paris 1, et membre de la Fondation Copernic.

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Tag(s) : #Monde
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