: Après les importantes manifestations de l’année dernière, les lycées s’apprêtent à se
remobiliser le 29 janvier(Photo BI)
A Toulon, les lycéens ne se font pas d’illusions quant à la tenue d’états généraux décidés par
le ministre Xavier Darcos. Et s’apprêtent à se mobiliser massivement le 29 janvier.
Si depuis quelques semaines, le mouvement lycéen connaît une certaine accalmie dans le Var, il est
loin d’être mort. Après les manifestations importantes qui on eu lieu l’année dernière, l’annonce de la suspension de la réforme Darcos et le renforcement de la présence
policière devant les lycées ont certes pu disperser un peu les troupes. « La préfecture a donné ordre de bloquer les lycées. On sent une forte répression voire de la violence
policière : lors de la dernière manifestation qui a eu lieu à La Seyne (le 8 janvier, Ndlr), il y a eu des affrontements entre lycéens et policiers. Un jeune a été interpellé »,
rapporte Thomas Roller, responsable départemental de l’UNL et élève au lycée Beaussier de La Seyne, l’un des établissements varois les plus actifs dans les mouvements
lycéens.
Mais l’absence d’action ces derniers jours s’explique aussi par l’appel interprofessionnel du 29 janvier, auquel les lycéens souhaitent participer massivement. Car bien que le
ministre de l’Education ait annoncé la tenue d’états généraux des lycées les 24 et 25 janvier, histoire de calmer le jeu, les lycéens ne sont pas dupes. « Il y a déjà eu des
états généraux à Paris, fin 2008. C’était une mascarade où les lycéens ne pouvaient pas poser les questions qu’ils voulaient. Là, un questionnaire a été envoyé à l’ensemble des
lycéens, mais les questions sont téléguidées et on ne leur donne pas d’information », explique Thomas Roller.
Manon, élève en terminale au lycée Beaussier et également syndiquée à l’UNL, a fait partie des 600 lycéens invités à participer à la précédente consultation, « lorsque la
réforme était prévue pour être appliquée en 2009 ». Elle devrait une nouvelle fois être appelée pour ces états généraux. « J’espère que cet avis servira de base pour une
nouvelle réforme et que ce n’est pas seulement un prétexte », commente-t-elle. Ceci dit, elle reste sceptique : « D’après Sarko, la réforme passera coûte que coûte. Et il y a
des rumeurs qui disent que cette consultation servirait à déterminer les lycées pilotes pour faire appliquer la réforme ».
La réforme Darcos cristallise les
critiques
Les lycéens semblent décidés à ce que la réforme Darcos, qui cristallise les critiques, ne passe pas
en l’état.
« Ce qui pose problème, c’est la mutualisation de certaines matières dans un tronc commun de 21 heures avec une réduction des heures pour les matières principales. D’autre
part, il y a les modules, cette mesure gadget de la réforme, dans laquelle on trouve tout et rien. En parallèle, on va supprimer les CIO (Centre d’information et d’orientation)
», dénonce Thomas. « Avec l’apparition des modules en classe de seconde, ce sera l’école à la carte. Sans que l’on sache quelles seront les incidences sur les programmes de
seconde, première, terminale et sur le Bac », poursuit Manon.
La suppression de plusieurs milliers de postes enseignants est aussi au cœur des préoccupations. « 13 500 postes supprimés en 2009 ! Les classes sont déjà surchargées, jusqu’à
37 élèves par classe en seconde. C’est absolument intenable pour les profs ! », reprend Thomas. « Dans le même temps, on va supprimer des classes. Ca va être dur à gérer au
niveau de la qualité de l’enseignement », continue-t-il.
Pour Manon, les suppressions de postes enseignants dans l’Education nationale sont paradoxales : « La réforme prône plus d’autonomie pour les élèves mais réclame un encadrement
deux fois plus important pour le suivi. Et à côté de ça, on supprime des profs, des surveillants, des conseillers d’éducation… Ce n’est pas comme ça que nous pourrons être mieux
encadrés ».
« Une
nouvelle mesure gadget »
Et la dernière mesure annoncée par le ministre, le 21 janvier, de créer 5 000 postes de « médiateurs
pour la réussite scolaire », a relancé la vague de mécontentement. « Le ministre se moquerait-il de nous ? », s’interroge Thomas. « Nous sommes étonnés, nous pensions que les
caisses de l’Education étaient vides ! Ces médiateurs ne sont qu’une nouvelle mesure gadget pour aider Xavier Darcos à se refaire une santé médiatique », juge-t-il. « De plus,
ce seront encore des emplois précaires, et nous voyons dans cette mesure un risque pour les métiers de surveillants et CPE (conseillers principaux d’éducation). En outre, on
nous parle de nous donner plus d’autonomie et d’autre part on décide de nous fliquer ! Cela manque de sens tout de même ! ». Selon lui, cette mesure n’empêchera pas
l’absentéisme « car l’élève peut se braquer et cela peut entraîner une phobie scolaire… ».
Et de conclure : « Une nouvelle fois M. Darcos s’est complètement planté. Peut-être un jour nous fera-t-il une réforme intelligente, qui sait ? ».
Témoignages
Marielle Valmalette
Photos Bruno Isolda
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