Presse : Certaines inquiétudes ne sont pas levées…!
Presse. Nicolas Sarkozy choisit de suivre l’essentiel des recommandations des états généraux. Restent de nombreuses zones d’ombre pour assurer le pluralisme.
« Il n’y a pas de fatalité » à la crise de la presse, a affirmé hier le président de la République. Quinze
jours après la remise du livre vert issu des états généraux, Nicolas Sarkozy a choisi hier de se conformer aux conclusions des quatre groupes de travail. Dans un premier temps, l’État va
engager, sur trois ans, « un programme de modernisation et d’investissement dans le secteur de la presse, permettant de mettre en oeuvre des réformes structurelles d’importance ».
Sept chantiers sont ouverts dans tous les domaines, d’Internet à la distribution, en passant par le portage ou l’imprimerie.
Les nouveaux droits d’auteur
« Si la presse ne prend pas le virage d’Internet, elle n’aura aucune réponse à apporter aux générations natives du numérique, ni de solution face à l’évolution des modes de consommation
des médias », a insisté Nicolas Sarkozy. Même s’il n’existe toujours pas « de modèle certain de réussite en ligne », l’État « doit privilégier l’innovation et assurer la
neutralité juridique, fiscale et économique entre tous les supports technologiques ». Sera donc créé un statut d’éditeur de presse en ligne, fondé notamment sur « l’emploi de
journalistes professionnels et le caractère journalistique de l’information proposée à l’internaute ». Ces entreprises bénéficieront d’allégements de charges fiscales. Le chef de l’État
propose aussi un renforcement des aides publiques. Surtout, il propose, à la presse en ligne comme à la presse traditionnelle, de « mobiliser le mécénat ». « Des fonds, dont la
gestion serait assurée par la Caisse des dépôts ou par des fondations, auraient la possibilité de collecter des dons des particuliers, ouvrant droit à une réduction d’impôt de 66 %, et de
les reverser aux titres de presse. » « Il est aussi cohérent d’aider les journaux que d’aider leurs lecteurs à les aider », a commenté le président de la République. Il propose
aussi d’adapter le droit d’auteur des journalistes aux nouvelles technologies.
Autre point névralgique : la distribution.
Nicolas Sarkozy propose de renforcer le rôle des distributeurs de presse et d’améliorer leurs conditions de travail, « en développant l’assortiment, en plafonnant les invendus, en
permettant aux diffuseurs qui le veulent de créer du flux dans leurs points de vente en accueillant des présentoirs de gratuits, en informatisant le réseau, en particulier les kiosques. Il
propose aussi de mettre le réseau complémentaire de la presse quotidienne régionale au service de la presse quotidienne nationale, ce qui augmenterait le nombre de points de vente. « De
même, les éditeurs pourraient être autorisés à s’organiser eux-mêmes pour livrer certains points de vente complémentaires », a-t-il ajouté. La loi Bichet (voir encadré) ne sera pas
touchée, pour le moment, et ce dispositif sera expérimenté pendant six mois sous la conduite d’Arnaud de Puyfontaine. Ces mesures coûteraient 60 millions d’euros.
Encore beaucoup de zones d’ombre
Concernant les imprimeries, le chef de l’État propose d’entamer « un nouveau contrat social » avec « si nécessaire une personne chargée d’accompagner la négociation ».
« Il contribuera à l’investissement req uis, tout en demandant qu’un plan national de rationalisation et, quand c’est possible, de mutualisation des imprimeries soit mis en oeuvre, afin
d’optimiser les subventions publiques régulièrement engagées dans la modernisation des imprimeries ». Le chef de l’État souhaite que le coût de l’impression soit réduit de 30 % à
40 %.
Concernant la grande pauvreté de la presse française, Nicolas Sarkozy estime que « personne ne peut se résigner
au manque criant d’investissement au sein de la presse, du fait de la sous-capitalisation des entreprises et de cette absence de grands groupes ». Il propose de réorganiser les aides à la
presse, mais sans qu’aucun montant ni aucune piste ne soient encore lancés sur le sujet. Il veut « clarifier leurs objectifs, modifier leur gouvernance, contrôler leur utilisation ».
Il propose aussi de lever « par des conventions bilatérales, en particulier avec les pays francophones, le seuil maximal de 20 % de capital pour un investisseur non communautaire dans
une entreprise française de presse. Par ailleurs, des mesures plus ponctuelles sont destinées à augmenter le lectorat : abonnement de chaque jeune de dix-huit ans au quotidien de son
choix, développement de la lecture dans les écoles, obligation pour les entreprises à rendre publics leur mode de financement et leur actionnariat. Pour finir, l’accord avec La Poste, passé en
juillet dernier, est reporté d’une année. Bref, il reste encore beaucoup de zones d’ombre…
Caroline Constant
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