Gaza : « Le dialogue interpalestinien doit reprendre ! »
Rafah (bande de Gaza), envoyé spécial.
Est-ce vraiment une guerre contre le Hamas ou plutôt une guerre contre le peuple palestinien, que mène
Israël ?
Nafez Ghneim. Je suis contre l’utilisation du mot guerre. C’est une agression, car dans une guerre les deux parties ont des moyens identiques. Ce n’est pas le cas. Israël a planifié cette
offensive depuis longtemps mais, en rompant la trêve, le Hamas lui en a donné les moyens. C’est le Hamas qui est visé, mais c’est tout le peuple palestinien qui est touché. Israël veut
affaiblir le Hamas dans un but politique. Tel-Aviv a bien profité des divisions palestiniennes après le coup d’État du Hamas et la séparation politique entre la Cisjordanie et la bande de
Gaza. En accentuant cette division, Israël est parvenu à mettre fin à l’idée de la création d’un État palestinien.
En voulant affaiblir le Hamas, Israël ne s’occupe pas seulement de la branche militaire. Il s’intéresse à la
branche politique pour faire en sorte que le Hamas soit modelé à sa convenance, ce qui maintiendra la division palestinienne.
Comment contrer cette stratégie israélienne ?
Nafez Ghneim. En tant que PPP, nous sommes extrêmement inquiets de cette division. Nous voulons qu’un dialogue reprenne. Nous sommes inquiets aussi parce que cette agression d’Israël a révélé
le jeu et les divisions des pays arabes qui affaiblissent encore plus la cause palestinienne. Je déplore le fait que la position arabe soit si divisée, si faible, que les résolutions de l’ONU
ne soient pas appliquées. C’est ce qui permet à Israël de parvenir à un cessez-le-feu dans des termes qu’il aura lui-même choisis. Israël n’a pas arrêté tant qu’il n’était pas parvenu à cela.
On voit d’ailleurs que ça se met en place avec les accords de sécurité conclus, vendredi, entre la secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, et la ministre israélienne des Affaires
étrangères, Tzipi Livni. Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas de traiter la question sécuritaire avec la seule considération des territoires palestiniens. C’est toute la sécurité
régionale qui est en train d’être remodelée.
Est-il possible de développer une autre voie ?
Nafez Ghneim. Cela fait longtemps que le PPP est impliqué dans le dialogue interpalestinien. Nous avons souvent servi d’interface entre le Fatah et le Hamas. C’est ce qui nous a d’ailleurs
fait regretter que le Hamas n’ait pas participé aux dernières réunions. Il est d’autant plus important d’oeuvrer à cette unité que la situation du peuple palestinien est catastrophique. La
division n’a pas lieu d’être dans un tel cas. Mais cela ne dépend pas de nous seulement. C’est un travail nécessaire pour toutes les factions palestiniennes. Nous, nous voulons justement
aider au rapprochement des différentes factions. La meilleure solution est de se conformer au plan de dialogue interpalestinien mis en place sous l’égide de l’Égypte, que nous soutenons
entièrement.
Est-ce que la création de comités populaires d’urgence, au niveau local, entre dans ce
cadre ?
Nafez Ghneim. Nous avons, en tant que PPP, oeuvré à la mise en place de tels comités pendant l’offensive israélienne. Bien qu’il y ait des différences politiques très importantes, il fallait
voir comment on allait faire face à l’agression. Toutes les factions se sont assises autour d’une même table. Nous sommes arrivés à nous mettre d’accord, en nous réunissant dans les locaux du
PPP. Je ne dis pas que ça a été facile de réunir ensemble Hamas et Fatah, mais nous y sommes arrivés. Le but premier était de trouver une position politique. Il fallait montrer à Israël que,
pendant l’agression, il y avait une union politique palestinienne. Mais c’était aussi une adresse au peuple palestinien. Cela nous a également permis de montrer au leadership du Fatah et du
Hamas qu’il était possible de s’entendre.
Entretien réalisé par P. B.
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