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Tribune libre - Article paru le 16 janvier 2009 dans l'Humanité

Gaza : Contagion ou alibi ?

Par Pierre Laurent, coordinateur national du PCF


On assiste ces derniers jours à une curieuse évolution des commentaires politiques et médiatiques à propos de la guerre menée par Israël à Gaza et des mobilisations qu’elles suscitent dans notre pays pour exiger son arrêt immédiat. À entendre ces commentaires, le danger prioritaire serait devenu celui de la « contagion » ou de l’« importation » de ce conflit dans notre pays. Alors que la guerre déclenchée par Israël fait rage, que la population palestinienne de Gaza est écrasée sous les bombes, que des ONG mettent en cause l’utilisation par l’armée israélienne de terribles bombes au phosphore, que le chiffre de mille morts est désormais dépassé, l’urgence ne serait plus à la solidarité avec les victimes de cette guerre, à l’exigence d’un cessez-le-feu immédiat, mais à la conjuration des dérives possibles de cette solidarité. Manifester dans la rue cette solidarité, ce serait inévitablement courir le risque d’alimenter cette contagion et de nourrir les tensions communautaires. Préserver les chances du vivre-ensemble dans notre pays devrait conduire à modérer la mobilisation pour en quelque sorte lui substituer une prudente neutralité, renvoyant les acteurs de ce conflit dos à dos.

Pour justifier cette posture de retrait face à la nécessaire solidarité, des amalgames scandaleux sont proférés ici ou là, comme ceux de Bernard-Henri Lévy dans le Point de cette semaine, osant parler de « l’axe nauséabond qui se constitue quand Mme Buffet, M. Besancenot et d’autres se voient rejoints en tête de cortège par le faurisonnien Dieudonné ou quand le compère de celui-ci, Jean-Marie Le Pen, vient unir sa voix à la leur pour comparer la bande de Gaza à un "camp de concentration". » Pitoyable mensonge, qui passe sous silence le rejet clair et net de toute forme de racisme et d’antisémitisme par les organisations appelant à ces manifestations, notamment le PCF.

Mais revenons au risque brandi de « contagion ». Le risque de tensions communautaires existe-t-il, puisque c’est cela que prétendent conjurer ceux qui agitent ce danger ? Oui, il existe, encore faudrait-il commencer par remarquer qu’il ne se manifeste aujourd’hui que de manière extrêmement minoritaire et qu’il est clairement rejeté par l’écrasement majorité de celles et ceux qui manifestent aujourd’hui dans notre pays leur solidarité avec le droit des Palestiniens à un État souverain.

Mais il convient surtout d’ajouter deux remarques plus fondamentales. Mener campagne contre le développement de la solidarité actuelle en parlant d’un « danger d’importation » et en assimilant ce danger aux dérives et aux tensions communautaires, c’est précisément cela qui les alimente. C’est donner une lecture fausse du conflit palestinien, c’est nier la cause nationale, le droit à un État, qui est à l’origine de ce conflit. C’est le réduire à un affrontement religieux et communautaire qu’il n’est pas, même si des forces, adeptes du « choc des civilisations », poussent de plus en plus à l’y réduire. On voit aujourd’hui dans quelle dramatique situation nous ont conduits les stratégies favorisant l’émergence du Hamas pour mieux repousser une solution politique juste et durable pour les deux peuples, palestinien et israélien. C’est au fond un moyen de détourner de la vraie question : la question de Palestine et des conditions d’une solution à l’impasse actuelle au Proche-Orient. Cette lecture religieuse du conflit est tout aussi dangereuse pour notre pays, car c’est elle qui pourrait nourrir des tensions en France au détriment de nos valeurs républicaines, laïques et démocratiques.

Vivre ensemble en France, comme partout dans le monde, c’est respecter partout et pour tous le droit et la justice. Or soyons clairs : ne pas transiger avec ces exigences universelles, avec les exigences de paix et de démocratie, avec les exigences d’une solution juste et durable mettant fin à l’humiliation faite au peuple palestinien, dans le respect du droit à la sécurité du peuple israélien, c’est aujourd’hui condamner fermement l’agression israélienne, exiger le cessez-le-feu, la fin du blocus et l’envoi d’une force de protection internationale. Brandir les risques de tensions ici pour mieux fermer les yeux sur les crimes commis à Gaza n’est pas digne. Nous conjurerons les tensions ici et là-bas en amplifiant encore la mobilisation pour de vraies solutions de paix.

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Tag(s) : #Politique
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