Les malades passent à la caisse !
santé . Le 1er janvier 2008, les franchises médicales entraient en vigueur. Le bilan est désastreux. Des patients renoncent à des soins, mais doivent payer leurs
dettes.
Quelques semaines avant la fin de l’année, Mme X a eu la très désagréable surprise de recevoir une lettre de sa
caisse d’assurance maladie l’enjoignant à régler, par chèque ou virement - au choix -, 82 euros de « participations forfaitaires », autrement dit de franchises médicales. Le
motif ? « Le remboursement de vos soins étant directement effectué aux professionnels de santé, dans le cadre de la procédure tiers payant, il ne nous est pas possible de vous
prélever cette somme. » Le courrier précise néanmoins que, si sa « situation financière » ne lui permet pas de régler sa « dette », elle peut lui adresser une
« proposition détaillée d’échelonnement de règlements dûment motivée ».
Le gouvernement persiste
Aussi honteuse et choquante soit-elle, cette lettre de créance illustre la supercherie des franchises médicales. À savoir que ce sont les malades eux-mêmes qui doivent payer. Roselyne Bachelot,
la ministre la Santé, a beau jeu de déclarer que les franchises « ne privent pas de soins les plus vulnérables », puisque « les plus démunis (les bénéficiaires de la CMU) en sont
exonérés ». C’est faux ! Alors que le seuil de pauvreté en France est de 817 euros, seules sont exemptées les personnes subsistant avec moins de 606 euros par mois. Les personnes qui
ne peuvent pas travailler du fait de leur pathologie et touchent une allocation adulte handicapée (AAH), qui est légèrement supérieure au plafond de la CMU, payent donc les franchises, ainsi
que les forfaits déjà existants sur les consultations médicales. C’est d’ailleurs le cas de Mme X, qui gagne 610 euros par mois.
Pourtant, le gouvernement persiste. Le premier rapport d’évaluation sur le dispositif des franchises, rendu public
il y a quelques semaines, rapporte en effet que la franchise sur les médicaments aurait notamment permis « de changer certains comportements », mais n’aurait pas eu « d’impact
sensible sur l’évolution des volumes de prestations couvertes ». Traduction : en dépit des 50 centimes prélevés sur chaque boîte de médicaments et chaque acte paramédical, ainsi que
les 2 euros retenus par trajet en ambulance, les assurés ont continué à se soigner. Le directeur de l’Union nationale des caisses d’assurance maladie, Frédéric Van Roekeghem, ancien cadre des
assurances privées, s’était d’ailleurs félicité de l’effet franchise et de la décélération des remboursements de la Sécu. Sauf que, dans les faits, des milliers de personnes sont amenées à
repousser certains soins, voire à y renoncer. À l’instar d’Éric Taillandier, malade résident dans le Loiret : « Je commence cette année avec un dû de 101 euros. Dès la fin avril, je
serai à 201 euros entre les prises de sang, les examens et mes médicaments. Pour cette année, hors de question de me faire soigner les dents ou de faire tout autre soin de confort (optique,
semelles orthopédiques). »
Le désarroi de Sandra
Autre exemple : celui de Sandra G. Cette jeune femme de vingt-neuf ans, domiciliée dans la Loire, a été reconnue en longue maladie par la Sécurité sociale suite à un cancer de la thyroïde
et un asthme grave. « Le déremboursement de centaines de médicaments, la participation forfaitaire et la franchise sur les médicaments m’empêchent de me soigner correctement, faute de
moyens », explique-t-elle, soulignant au passage que « l’application de la participation forfaitaire dépasse » le montant des franchises. En effet, les logiciels de la Sécurité
sociale n’étant pas étudiés pour suivre au cas par cas tous les dossiers, les usagers du système de soins en longue maladie se sont vu prélever bien plus que les 100 euros de
« plafond » du cumul des franchises. Plus de 50 000 malades seraient actuellement dans cette situation, où la Sécu leur doit des trop-perçus.
« Mon maigre salaire d’auxiliaire de puéricultrice (1 100 euros) suffit à peine à couvrir factures, loyer, crédits, moyens de locomotion pour aller travailler et frais médicaux. Je ne m’octroie aucun plaisir pour éviter d’être à découvert. Si je paie ces médicaments non remboursés (40 à 50 euros par mois), je sais que je serai à découvert. Dois-je être à découvert pour être correctement soignée ? Ou dois-je continuer dans ma décision de ne pas acheter ces médicaments, et donc voir mon état de santé se détériorer de jour en jour ? » raconte Sandra G., qui évoque le « désarroi » dans lequel elle se trouve.
Ce témoignage recoupe l’enquête IPSOS réalisée pour le Secours populaire français cet automne, qui faisait état de
39 % de Français ayant retardé ou renoncé à au moins un soin en raison de son coût. Une proportion qui monte à 52 % dans les foyers les plus pauvres. « Faut-il attendre que,
demain, des malades privés de soins meurent, comme aux États-Unis ? Au-delà de l’injustice et de l’immoralité de cette taxe sur la maladie, quelle est la pertinence financière et
économique de cette mesure ? Quelle en est l’efficacité ? » questionne Bruno-Pascal Chevalier, malade du sida, qui a observé une grève des soins pour protester contre les
franchises. Il rappelle que 70 % de Français sont opposés à cette réforme, comme en témoigne la pétition qui continue de rassembler des centaines de milliers de
signatures.
Alexandra Chaignon
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