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Politique - Article paru le 26 décembre 2008 dans l'Humanité

 

La Banque centrale européenne craint la déflation !



Conjoncture . Dans sa stratégie pour contrer le risque de faible inflation, la BCE évoque une éventuelle baisse des taux directeurs, éludant la question des salaires.

La flambée inflationniste du début d’année s’est largement calmée, sous l’effet du ralentissement économique mondial et de la chute du prix des matières premières, au point qu’un autre fléau, la déflation, inquiète à présent les économistes. Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a laissé entendre, mardi, lors d’une conférence de presse, que la BCE agirait pour l’éviter.


Période de baisse des prix


La spectaculaire envolée des prix du pétrole et des matières premières, amorcée fin 2007 jusqu’en juin 2008, avait fait bondir les indices mondiaux d’inflation à des niveaux jamais atteints depuis des années : 5,4 % aux États-Unis, 4 % dans la zone euro, 8,7 % en Chine. Mais cette spirale inflationniste s’est inversée pendant l’été, après l’explosion des bulles spéculatives, pour laisser la place à une « désinflation », un ralentissement de la hausse des prix. Si l’inflation reste supérieure au niveau visé par les banques centrales (4,9 % aux États-Unis, 3,2 % en zone euro, 4,6 % en Chine, 13 % en Afrique du Sud…), elle devrait poursuivre son reflux, laissant craindre une déflation, à savoir une longue période de baisse des prix consécutive à la baisse de la demande. Même si la déflation, conséquence du marasme économique, peut, a priori, sembler favorable aux consommateurs, celle-ci s’accompagne d’une hausse du chômage, donc d’une pression à la baisse des salaires. Un problème bien connu des Japonais dont l’économie avait été rongée par la déflation entre 1997 et 2006, après l’éclatement, au début des années 1990, d’une bulle spéculative immobilière et boursière. Depuis, le Japon peine à retrouver le chemin d’une croissance soutenue.

Dans la zone euro, « l’inflation devrait tomber violemment de 4 % à 2 %, et sous les 2 % en 2009 », pronostique Charles Wyplosz, professeur d’économie à l’Institut des hautes études internationales de Genève. La Commission européenne prévoit, elle, 2,2 % pour l’année prochaine. « Si on a une croissance nulle ou négative pendant un an », comme l’anticipent les nombreuses prévisions qui ont été rendues publiques au cours au mois de décembre, « cela va enlever un ou deux points supplémentaires d’inflation. Donc on n’est plus très loin de zéro », poursuit Charles Wyplosz.


Modération salariale


Interrogé, mardi, sur une éventuelle nouvelle baisse des taux à la rentrée pour lutter contre la déflation, Jean-Claude Trichet a refusé de se prononcer, tout en insistant sur le fait que la BCE ferait « ce qui était nécessaire pour continuer à oeuvrer pour la stabilité des prix », soit une inflation inférieure, « mais proche de 2 % ». « Je le répète : proche de 2 % », a-t-il insisté. Une manière de souligner que la BCE ne voulait pas d’une inflation trop basse, et surtout pas d’une déflation. Certes la baisse des taux favorisera le crédit qui est rendu moins cher, et par contrecoup l’investissement et la consommation, et in fine limitera la baisse des prix. Mais cette politique monétaire devrait s’accompagner, pour être réellement efficace, d’une revalorisation des salaires. Une mesure complètement éludée par le président de la BCE, fervent défenseur de la « modération salariale ».


Clotilde Mathieu

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Tag(s) : #Economie
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